Depuis le bouclage de la Bande de Gaza par les autorités israéliennes en juin 2007, la situation des Palestiniens s’est singulièrement dégradée sur le plan humanitaire, des dizaines de milliers de familles vivant dans un dénuement complet. Le Croissant-Rouge palestinien a mobilisé ses volontaires et ses équipes d’urgence afin de procurer une aide essentielle à certains des plus vulnérables dans le cadre de ses services médicaux, de ses centres de santé, de son programme pour les enfants handicapés et de ses services psychosociaux. Les volontaires de l’organisation effectuent des visites à domicile pour évaluer les besoins et distribuent des produits de première nécessité tels que couvertures, bougies, articles d’hygiène, matelas, eau et lampes.
Bien qu’opérant avec le soutien de la Fédération internationale, du Comité international de la Croix-Rouge et d’autres Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le Croissant-Rouge palestinien se heurte à de grosses difficultés pour secourir les habitants de Gaza, du fait des restrictions très sévères qui frappent les mouvements transfrontaliers des personnes et des marchandises, ces dernières étant limitées aux produits les plus basiques.
Pendant presque toute l’année 2007, des biens et équipements destinés à des projets administrés par des organismes d’assistance nationaux et internationaux ont été bloqués aux frontières de la Bande de Gaza, de même que des pièces de rechange et des matières premières indispensables au fonctionnement des industries locales. Les habitants de ce minuscule territoire de 365 km2 à la population très dense souffrent cruellement de l’isolement et de la misère.
Selon le Programme alimentaire mondial, environ 80 000 d’entre eux ont perdu leurs emplois depuis juin 2007, portant le taux de chômage à 44 pour 100 de la population active. De nombreuses entreprises ont dû mettre la clé sous la porte et la décision prise il y a quelques jours par Israël d’imposer un blocus total sur la Bande de Gaza, interdisant même l’entrée des produits les plus vitaux, n’a fait qu’aggraver la crise. Faute de combustible, les habitants ont été privés d’électricité et les hôpitaux ont dû recourir aux génératrices de secours, ce qui met en danger la survie de nombreux patients comme les bébés prématurés en incubateurs.
Dans l’intervalle, la tension a continué de s’accentuer entre les deux communautés à cause des obus tirés par des groupes d’activistes palestiniens sur les villages israéliens proches de la frontière.
De leur côté, les 1,5 million d’habitants de Gaza s’enfoncent chaque jour un peu plus profondément dans la misère et voient s’effondrer leurs espoirs en un avenir meilleur. Avec des bougies pour seul éclairage et pratiquement plus aucun moyen de chauffage par des nuits pluvieuses et glaciales, on se croirait revenu au 19e siècle. Dans de telles conditions, les affections respiratoires et autres maladies infectieuses font des ravages. Effarés par l’impact du blocus et de nombreuses années de restrictions, le Croissant-Rouge palestinien, mais aussi les agences des Nations unies et le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, sonnent l’alarme pour tenter d’éviter une tragédie humanitaire.
Il y a quelques jours, telle une bulle qui éclate, la moitié de la population de la Bande de Gaza s’est précipitée par dessus les barbelés découpés et les blocs de béton jetés à bas par des explosions afin de se procurer des articles essentiels sur les marchés égyptiens. Près de 700 000 personnes ont ainsi franchi la frontière pour respirer un instant l’air de la liberté.
Commentant la situation à laquelle est confrontée sa Société nationale, Younis Al-Khatib, président du Croissant-Rouge palestinien, a déclaré : “Le bouclage et son impact dévastateur sur la situation humanitaire dans les Territoires occupés, tout particulièrement dans la Bande de Gaza, font peser une charge accrue sur les épaules du Croissant-Rouge palestinien et des autres agences humanitaires nationales et internationales. Nos volontaires et nos employés travaillent sans relâche pour atténuer les souffrances des Palestiniens dont les besoins sanitaires, sociaux et humanitaires ne cessent de croître en raison des mesures israéliennes. Notre priorité actuelle consiste à assurer la circulation sans restriction de l’aide humanitaire et à protéger les vies de familles confrontées à de très dures épreuves. S’agissant de la communauté internationale, elle devrait forcer la puissance occupante à se conformer au droit international humanitaire et à garantir le libre accès des agences humanitaires à Gaza. ”
Tranches de vie
Dans l’hôpital Al Quds du Croissant-Rouge palestinien, Yasser, 10 ans, est maintenu en vie par un respirateur. Touché à la poitrine durant les affrontements interpalestiniens il y a près d’un an, il est resté hospitalisé depuis lors, d’abord en Israël, puis à Gaza ces quatre derniers mois. Les médecins n’ont pas réussi jusqu’à présent à lui redonner une existence normale auprès de sa famille et de ses camarades. Son avenir reste entièrement lié à cette machine. Réduit à communiquer avec ses visiteurs en chuchotant à travers des tuyaux, Yasser confie qu’il rêve de posséder son propre respirateur pour pouvoir rentrer à la maison, plutôt que d’être confiné dans un hôpital jusqu’à la fin de ses jours. Ce qu’il ne sait pas, c’est que sa machine pourrait bien s’arrêter de fonctionner en cas de manque de combustible nécessaire pour faire tourner la centrale électrique.
Mohamad Al Zrei’I, Abdelaziz Abou Sha’ib et Abdallah Mahmoud Washah ont beaucoup en commun, s’agissant de leurs conditions d’existence. Tous trois vivent dans des camps de réfugiés dans le centre de Gaza, sont au chômage et confrontés en permanence au défi de devoir satisfaire les besoins de leurs nombreuses familles, y compris sur le plan médical.
Mohamad, 65 ans, a sept enfants, un frère grabataire affecté par de graves troubles psychologiques, une mère très âgée et une femme qui souffre d’asthme et d’hypertension. Ses traits sont marqués par les privations et les épreuves. Lui-même malade du diabète, il partage une minuscule maison avec quatorze personnes qui survivent tant bien que mal grâce à l’assistance de l’UNRWA, du Croissant-Rouge palestinien et de voisins mieux lotis. Les bougies sont depuis longtemps l’unique source de lumière et de chaleur pour cette famille, y compris durant les longues nuits froides de l’hiver.
Le bouclage total de la Bande de Gaza n’a fait qu’exacerber ses souffrances. “Bien sûr, cela a eu un sérieux impact sur ma vie et sur la santé de mes proches”, confie Mohamad, “surtout à cause des coupures quasi permanentes de courant et du manque d’argent qui m’empêche d’acheter des bougies en suffisance. Je peux supporter de vivre dans l’humiliation et le dénuement, mais, ce qui me mine, c’est d’être dans l’incapacité d’assurer des soins médicaux adéquats à ma mère et à mon frère et de nourrir convenablement mes enfants.”
Une route rongée de nids de poule et parsemée de débris de bois conduit à la petite maison qu’Abdelaziz, 70 ans, partage avec les treize membres de sa famille, dont quatre enfants handicapés. L’habitation ne comprend que deux chambrettes et tout le monde dort à même le sol, avec pour unique protection contre le froid hivernal des couvertures pour s’envelopper. Dans une des pièces, deux petits garçons dorment tête-bêche, serrés l’un contre l’autre pour se tenir chaud. Une bougie diffuse une vague lueur dans la cuisine, laissant entrevoir de la vaisselle ébréchée et quelques morceaux de pain sec.
Abdelaziz, qui souffre de diabète et d’hypertension, consacre le peu d’argent dont il dispose à payer les études universitaires de deux de ses enfants. Après que l’équipe du Croissant-Rouge palestinien lui a remis des couvertures, des bougies et autres secours, il explique comment l’embargo sur la Bande de Gaza a affecté son existence. “Je suis sans emploi et j’ai quatre enfants handicapés à charge. Je n’ai même pas de quoi acheter des bougies pour leur donner de la lumière, sans parler de payer leurs frais médicaux ou de les nourrir à leur faim. Nous dépendons de la charité de nos voisins et de l’aide alimentaire fournie par l’UNRWA. Notre logement et nos quelques meubles sont délabrés, mais le pire, c’est quand le moment est venu d’aller se coucher. L’espace est si réduit que nous avons le choix entre nous entasser les uns contre les autres ou dormir à tour de rôle. Ma femme a même trouvé des insectes et de petits rats dans nos placards et nos vêtements.” Remerciant l’équipe de gestion des catastrophes du Croissant-Rouge palestinien, il ajoute: “Dieu vous bénisse. Vous nous avez offert un précieux soutien moral et un témoignage de solidarité humaine qui nous aideront à préserver notre dignité.”
Abdallah Washah, 57 ans, doit subvenir aux besoins de sa femme et de ses onze enfants dont huit sont scolarisés, les trois autres étant âgés de moins de six ans. Il a travaillé autrefois en Israël, mais est au chômage depuis dix ans. Il souffre d’hypertension, d’asthme et de psoriasis chronique, mais n’a pas les moyens d’acheter des médicaments. La famille dépend étroitement de l’assistance fournie par l’UNRWA. Comme si les choses n’étaient pas assez dures déjà, la maison a été récemment détruite par un incendie et il a fallu se séparer pour chercher refuge auprès d’amis et d’autres parents. “Le 8 janvier, vers 11 heures du soir, j’ai été réveillé par les cris de mes enfants et par des voisins qui cognaient à la porte”, raconte Abdallah. “Une épaisse fumée noire emplissait la maison. Nous nous sommes tous précipités dehors. Le feu avait été déclenché par une petite bougie. Debout sous la pluie, nous avons regardé notre foyer se faire dévorer par les flammes en quelques minutes.”
La bougie fatale était l’unique source d’éclairage de la famille, le courant ayant été coupé plus d’une semaine auparavant. Abdallah n’a pas les moyens de réunir sa famille, même dans une simple cabane, mais il continue vaille que vaille son combat quotidien pour subvenir aux besoins de chacun.
Pour atténuer un peu la détresse qui frappe la plupart des habitants vulnérables de Gaza, le Croissant-Rouge palestinien a distribué à des familles vivant dans les camps de réfugiés de Deir al Balah et d’Al Breij des couvertures, de l’eau, des bougies, des lampes à pétrole, de l’isolant pour les fenêtres, des ustensiles de cuisines, des articles d’hygiène et autres produits de première nécessité.
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Les 1,5 million d’habitants de Gaza s’enfoncent chaque jour un peu plus profondément dans la misère et voient s’effondrer leurs espoirs en un avenir meilleur. Avec des bougies pour seul éclairage et pratiquement plus aucun moyen de chauffage par des nuits pluvieuses et glaciales, on se croirait revenu au 19e siècle. Les volontaires du Croissant-Rouge palestinien effectuent des visites à domicile pour évaluer les besoins et distribuent des produits de première nécessité tels que couvertures, bougies, articles d’hygiène, matelas, eau et lampes. (p17111)
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Mohamad, 65 ans, a sept enfants, un frère grabataire affecté par de graves troubles psychologiques, une mère très âgée et une femme qui souffre d’asthme et d’hypertension. Ses traits sont marqués par les privations et les épreuves. Lui-même malade du diabète, il partage une minuscule maison avec quatorze personnes qui survivent tant bien que mal grâce à l’assistance de l’UNRWA, du Croissant-Rouge palestinien et de voisins mieux lotis. Les bougies sont depuis longtemps l’unique source de lumière et de chaleur pour cette famille, y compris durant les longues nuits froides de l’hiver. (p17113)
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Dans l’hôpital Al Quds du Croissant-Rouge palestinien, Yasser, 10 ans, est maintenu en vie par un respirateur. Touché à la poitrine durant les affrontements interpalestiniens il y a près d’un an, il est resté hospitalisé depuis lors, dans la complète dépendance d’un appareil alimenté par le courant électrique. A sa mère et à ses autres visiteurs, Yasser dit son rêve de posséder son propre respirateur pour pouvoir rentrer à la maison, plutôt que d’être confiné dans un hôpital jusqu’à la fin de ses jours. (p17112)
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