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Indonésie: de zéro à héros
1 février 2008
Par Ahmad Husein, coordinateur de communication de la Fédération internationale en Indonésie
Photos de Melda Hura/Croix-Rouge indonésienne
Sur l’île de Nias, une initiative de la Croix-Rouge indonésienne a mobilisé et formé plus de 800 nouveaux volontaires en à peine dix mois.

Lorsque, en mars 2007, un programme communautaire de premiers secours a été lancé sur l’île de Nias, en Indonésie, nul n’imaginait qu’il allait devenir un des plus gros succès de l’histoire de la Croix-Rouge.

“Au départ, nous n’avions aucun volontaire sur place – il a donc fallu créer le programme à partir de rien”, raconte Mariani Gulo, un membre du département de la santé de la Croix-Rouge indonésienne qui a travaillé pour la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à l’élaboration de ce projet.

Aujourd’hui, plus de 800 volontaires locaux enseignent les techniques de premiers secours dans trente-neuf villages à travers toute l’île, touchant des personnes dans le besoin jusqu’au cœur des communautés les plus reculées.

Si l’on considère l’éloignement géographique de Nias, c’est une formidable réussite pour les deux organisations. Avant même d’être frappée par le tsunami de décembre 2004, puis ravagée en mars 2005 par un séisme qui a fait près de 800 morts et des dizaines de milliers de sans-abri, l’île était déjà confrontée à de nombreuses difficultés.

Ainsi, des milliers de familles de villages isolés souffraient en permanence de problèmes de santé parce qu’elles étaient dans l’incapacité de se rendre à l’hôpital ou dans les centres médicaux régionaux. C’est cette situation qui a incité la Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale à mettre sur pied dans plusieurs régions un programme communautaire de premiers secours, de manière à ce que les habitants puissent faire face aux urgences quotidiennes quand les professionnels de la santé étaient trop éloignés ou surchargés.

Afin de garantir la viabilité du projet, les deux organisations ont entrepris de recruter des volontaires sur place, y compris des “anciens” démobilisés faute d’activités dans lesquelles s’engager. Au début, cinq volontaires seulement se sont investis dans le projet, mais leur nombre est rapidement passé à trente-cinq.

La Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale ont alors fait en sorte que tous soient formés conformément aux normes nationales et qu’ils comprennent bien la nature de leur engagement volontaire.

Relever le défi de la mobilisation

Une fois les volontaires formés, les chefs communautaires ont été invités à sélectionner de nouveaux secouristes potentiels au sein de chacun des trente-neuf villages visés par le programme.

L’emplacement de nombre de ces villages a posé un sérieux défi supplémentaire. Dans bien des cas, il fallait près de quatre heures aux volontaires pour parvenir à certaines communautés inaccessibles même en moto.

Afin de ne pas gaspiller de temps ni d’énergie, la Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale ont décidé que tous les volontaires devraient rester trois jours dans chaque région visée par le programme afin de fournir des modules aux volontaires locaux et de mettre en place les activités communautaires.

Cette décision a été très appréciée des villageois qui ont exprimé leur gratitude aux volontaires pour les efforts consentis.

Des horaires sur mesure

Les volontaires communautaires en premiers secours doivent suivre une formation minimum de 52 heures. La plupart étant des paysans ou des commerçants très accaparés par leur travail, il a fallu trouver une solution adaptée à leurs disponibilités.

Une nouvelle approche a donc été élaborée. Pour commencer, le module de formation a été divisé en six parties étalées dans le temps. Chaque module couvre des sujets particuliers comme les maladies vectorielles (paludisme et fièvre de dengue), les affections diarrhéiques résultant de la précarité des conditions d’hygiène, la nutrition, les premiers secours. Ces connaissances, combinées à des notions de préparation et d’intervention en cas de catastrophe, devraient favoriser la création d’équipes d’action communautaires et rendre de précieux services dans les situations d’urgence. Les volontaires ont également reçu une initiation sur la Croix-Rouge indonésienne et son travail, ainsi que sur les Principes fondamentaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

“Nous nous adaptons autant que possible aux horaires des villageois”, explique le docteur Eka Airlangga, responsable du programme de santé de la Fédération internationale à Nias.

Cette flexibilité a permis d’enseigner certaines notions de premiers secours durant les services religieux. Le docteur Airlangga précise que les instructeurs mettent également à profit certains événements importants dans la culture locale, comme la Maena (assemblée communautaire axée autour du chant et de la danse), pour dispenser la formation. Les volontaires ont eux-mêmes organisé un concours et formulé un message de santé qui a été mis en scène et en musique par des groupes de chant et de danse.

Afin d’entretenir les connaissances des volontaires locaux, ceux-ci participent régulièrement à des séances de formation aux premiers secours destinées à des publics spécifiques comme les élèves des écoles primaires, les enseignants et les personnes âgées.

De zéro à des centaines

Le programme a produit des résultats impressionnants durant les dix mois qui ont suivi son lancement.

“Ce qui est particulièrement appréciable, c’est que la formation dispensée aux volontaires est conforme aux standards de la Croix-Rouge indonésienne, voire supérieure dans certains cas”, souligne le docteur Jeyathesan Kulasingam, délégué à la santé de la Fédération internationale pour l’opération tsunami à Aceh.

Les villageois sont bien entendu les premiers bénéficiaires. L’été dernier, quand Nias a été touchée par une flambée de diarrhée, les communautés couvertes par le programme de premiers secours ont moins souffert que les autres.

“Dans la plupart des cas, nous pouvons désormais économiser l’argent que nous coûtait auparavant le trajet jusqu’à l’hôpital de la ville”, note Faolozisokhi Zega, volontaire coordinateur du village de Lolo’ana’a lolomoyo, dans le district de Gunung Sitoli Utara. “Mieux encore”, ajoute-t-il, “les villageois sont désormais capables de réagir rapidement et efficacement lorsqu’un membre de leur famille ou un voisin tombe malade ou est victime d’un accident.”
Un volontaire secouriste communautaire du village d’Onomamolo participe à un exercice de formation. (p17114
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Deux volontaires de la Croix-Rouge indonésienne expliquent différentes techniques de premiers secours aux villageois du district de Gunung Sitoli Selatan, à Nias. (p17115)
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Un groupe de volontaires participe à la fête Maena, une cérémonie de chant et de danse, dans le district de Gunung Sitoli Selatan, à Nias. La Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale tirent parti des manifestations culturelles locales pour diffuser des messages de santé et d’hygiène. (p17116)
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Au moyen de simples illustrations, un volontaire secouriste communautaire dispense des notions de santé et d’hygiène à des élèves d’une école primaire du district de Gunung Sitoli Selatan, à Nias. (p17117)
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Ces volontaires de la Croix-Rouge indonésienne doivent faire deux heures de marche avec tout leur équipement pour atteindre le village de Hiligodu Hulu, dans le district de Gunung Sitoli Selatan, à Nias. De nombreux villages de l’île sont très écartés et difficiles d’accès. (p17118)
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