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« Briser le silence » sur les violences de nature sexuelle en Argentine
7 mars 2008
Un des buts du plan stratégique récemment développé par la Croix-Rouge argentine consiste à relever les défis liés à la mutation socio-économique du pays. Un des projets mis en œuvre pour faire face à cette situation s’appelle « Briser le silence : une approche intégrée des violences sexuelles », sur les violences de nature sexuelle. La coordinatrice de ce projet s’appelle Gabriela Luna.

La province de Salta, où vit Gabriela, souffre d’une grande pauvreté, d’un taux élevé de mortalité, de perspectives de développement limitées, d’un chômage important résultant, entre autres, de la fermeture de nombreuses usines, et d’un net recul de la production agricole. Tous ces facteurs contribuent à alimenter la violence.

Gabriela Luna est née il y a 36 ans à Rosario de la Frontera, une ville d’environ 30 000 habitants située dans le nord de l’Argentine. Elle travaille comme volontaire à la section locale de la Croix-Rouge depuis huit ans. Depuis 2004, elle dirige ce projet et a répondu à nos questions.

Pourquoi la Croix-Rouge argentine a-t-elle lancé ce projet?

“Sur la base d’une analyse préliminaire de la situation, nous avons lancé un projet pilote qui nous a permis de nous attaquer plus directement aux problèmes de la violence et de la discrimination. Au départ, nous avons choisi un groupe de femmes qui avaient déjà participé à un autre projet destiné aux victimes de violences domestiques. C’est alors que nous avons réalisé à quel point cette forme de violence reste cachée derrière des portes closes et qu’il était urgent de briser le silence et de donner aux femmes le pouvoir d’agir.

Neuf volontaires de la section Croix-Rouge de Rosario de la Frontera sont engagées dans le projet qui est financé par la Fédération internationale grâce à une contribution de la Croix-Rouge suédoise. À ce jour, il a bénéficié à 750 personnes, en majorité des filles et des femmes, mais aussi à quelques hommes et garçons.”

Quelles sont les activités menées dans le cadre du projet?

“Le projet a été mis en oeuvre dans une série de communautés particulièrement pauvres et vulnérables. Diverses organisations ont été invitées à unir leurs efforts à travers des débats, des tables rondes, des activités éducatives pour les jeunes et les familles, des cours de formation organisés avec le concours des institutions locales, et des campagnes de sensibilisation. Ainsi, des liens ont été établis en vue de promouvoir des services de prévention, de soutien, de conseils et d’assistance au profit des femmes visées par le projet.

Dans le cadre de forums de soutien, les participantes ont pu exprimer leurs besoins, partager leurs problèmes et discuter librement de leurs expériences. Elles ont aussi été encouragées à apporter leurs conseils à d’autres femmes. L’analyse des rôles et des stéréotypes sexuels, ainsi que des systèmes de pouvoir et de résolution des conflits au sein de la famille a aidé les participantes à mieux comprendre comment se déclenche et se perpétue la violence. Dans les ateliers, les femmes ont traité de sujets tels que les droits de la femme, l’estime de soi, la sexualité, l’hygiène et la façon de reconnaître l’agressivité et la violence dans une relation. Le projet comportait également la fourniture d’un soutien psychologique et juridique dans le contexte de violences domestiques. Les femmes concernées sont notamment conseillées sur la manière de porter plainte dans de telles circonstances.”

Quels ont été les résultats?

“Grâce à ce projet, les gens viennent souvent à la Croix-Rouge pour poser des questions et demander conseil sur des problèmes relatifs à l’égalité des sexes. Le projet a été très enrichissant pour nous-mêmes, car il nous a permis d’acquérir une perception beaucoup plus claire de ces problèmes.

Les femmes qui ont participé au projet ont mis en évidence la possibilité qui leur avait été donnée de partager leurs expériences avec d’autres femmes, ce qui les a aidé en retour à changer leurs existences. Le processus s’articulait autour du dialogue, de l’écoute et de l’initiation aux droits fondamentaux. Le fait de mieux connaître leurs droits les a aidées à briser le silence. Elles ont réussi à surmonter la séparation traditionnelle des rôles entre hommes et femmes et participent désormais de façon plus équilibrée aux prises de décisions importantes au sein de leur couple et de leur famille.

Un des principaux résultats du projet – qui n’avait d’ailleurs pas été envisagé à l’origine – a été la création par les autorités du Conseil municipal des femmes. Cet organe, qui a pour mission de s’attaquer au problème de la discrimination envers les femmes, est le premier de son genre dans la ville. La section locale de la Croix-Rouge en est un membre actif et elle siège au Conseil d’administration.

Nous avons pu constater que la communauté est très désireuse de poursuivre ces efforts. Le projet a d’ailleurs été élargi, dans le cadre d’une approche similaire, aux jeunes, dont un grand nombre sont les enfants des hommes et femmes qui ont participé à la première phase.”

Quels sont les principaux défis qui restent à relever?

“Etant donné que nous nous attaquons à des problèmes profondément enracinés dans la culture et la société, il est impératif de travailler étroitement avec la communauté. Ces efforts doivent être poursuivis sur une base permanente, sans interruption. Cela n’a pas de sens de travailler aujourd’hui avec la communauté si nous ne sommes plus là un mois plus tard.”

Pouvez-vous nous parler d’une expérience personnelle en relation avec ce projet?

“Avant ce projet, la Croix-Rouge était déjà présente au sein de cette communauté à travers un atelier de remise en état et de vente de vêtements usagés. Certaines des participantes à cet atelier ont été interrogées lors de l’étude d’évaluation. Pendant nos entretiens, elles ont évoqué des aspects de la violence dont nous n’avions aucune idée, alors que nous connaissions ces femmes depuis longtemps déjà. C’était très douloureux et choquant pour nous de les entendre raconter ce qu’elles avaient enduré.”
Journée Internationale de la Femme, 8 mars 2008. (p17382)
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Gabriela Luna est née il y a 36 ans à Rosario de la Frontera, une ville d’environ 30 000 habitants située dans le nord de l’Argentine. Elle travaille comme volontaire à la section locale de la Croix-Rouge depuis huit ans. Depuis 2004, elle dirige ce projet et a répondu à nos questions. (p17381)
Les femmes qui ont participé au projet ont mis en évidence la possibilité qui leur avait été donnée de partager leurs expériences avec d’autres femmes, ce qui les a aidé en retour à changer leurs existences. Le processus s’articulait autour du dialogue, de l’écoute et de l’initiation aux droits fondamentaux. Le fait de mieux connaître leurs droits les a aidées à briser le silence. (p17378)
Neuf volontaires de la section Croix-Rouge de Rosario de la Frontera sont engagées dans le projet qui est financé par la Fédération internationale grâce à une contribution de la Croix-Rouge suédoise.
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