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“Les blessures psychologiques sont aussi graves que les blessures physiques”, affirme la directrice du Centre de référence de la Croix-Rouge pour le soutien psychosocial
7 avril 2008
Le soutien psychosocial est un élément clé de la plupart des opérations d’urgence menées à travers le monde par les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, car la réponse aux blessures psychologiques des victimes de catastrophes est aussi importante que le traitement des blessures physiques et que la prise en compte des pertes matérielles. Pour aider les communautés sinistrées à surmonter les traumatismes résultant de n’importe quel désastre ou conflit, les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge peuvent s’appuyer sur la Centre de référence de la Fédération internationale pour le soutien psychosocial. Ifrc.org a demandé à Nana Wiedemann, directrice du centre, d’en expliquer les activités.

Aux défis permanents qui se posent dans les domaines de la santé et du développement vient s’ajouter la multiplication des catastrophes naturelles et des conflits à travers le monde entier. Comment le Centre de référence pour le soutien psychosocial travaille-t-il pour tenter de répondre à ces problèmes?

Désastres, épidémies et conflits causent de graves blessures psychologiques et minent les structures sociales. Bien qu’invisibles, ces atteintes mentales sont aussi réelles que les blessures physiques et, souvent, beaucoup plus longues à guérir. Les programmes de soutien psychosocial aident les communautés affectées à surmonter leurs traumatismes et à rebâtir les liens sociaux. En étroite collaboration avec les Sociétés nationales et avec d’autres partenaires Croix-Rouge et Croissant-Rouge, nous nous efforçons d’assurer un soutien psychosocial aux populations sinistrées pendant et après une catastrophe. L’expérience montre qu’un soutien psychosocial précoce et adéquat aide à surmonter la crise et empêche que certaines formes de détresse et de souffrance n’évoluent en problèmes psychologiques graves.

Il y a dix ans, les connaissances dans le domaine du soutien psychosocial étaient limitées. Depuis le milieu des années 1990, ce secteur d’activité suscite un intérêt croissant. Comment expliquez-vous cette évolution?

Je pense qu’elle découle d’une prise de conscience plus aiguisée de l’importance du soutien psychosocial tant de la part des organisations internationales qu’au sein du monde occidental en général. De fait, ce sujet a été inclus dans les directives du projet Sphere en 2004 et, en 2007, le Comité permanent inter agences a publié des directives spécialement axées sur le soutien psychosocial. En outre, la sensibilisation a eu pour effet d’augmenter les financements disponibles pour ce type d’activités.

La première intervention humanitaire à avoir intégré un élément psychosocial clairement défini a été celle de la guerre des Balkans dans les années 1990. A mon avis, l’intégration du soutien psychosocial permet de développer une approche élargie de l’aide d’urgence, garantissant la prise en compte non pas seulement des dommages physiques et matériels, mais aussi de l’impact émotionnel et mental des situations de crise. Après des catastrophes naturelles comme le tsunami de 2004 ou le récent cyclone Sidr au Bangladesh, par exemple, les destructions massives affectent durablement les moyens de subsistance des sinistrés et, dans de telles circonstances, un soutien psychosocial aide ces derniers à reprendre espoir et à se projeter dans l’avenir.

Le centre a été créé à l’initiative de la Fédération internationale, mais en tant qu’entité délocalisée, en vue de renforcer les capacités des Sociétés nationales à répondre aux besoins psychosociaux. De quelle manière leur dispensez-vous votre soutien?

Le centre a été établi afin d’aider les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à acquérir les capacités requises pour assurer des services psychosociaux dans le contexte de catastrophes naturelles ou d’origine humaine, y compris les conflits. Hébergé par la Croix-Rouge danoise à Copenhague, il relève sur le plan organisationnel du département de la santé et de l’assistance aux personnes du secrétariat et, à ce titre, il travaille en étroite concertation avec des collègues de la Fédération internationale aussi bien à Genève que sur le terrain.

Sur le plan pratique, nos activités ciblent essentiellement les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge que nous aidons à mettre en place des programmes de soutien psychosocial. Cet appui est assuré soit directement par le personnel du centre, soit par le truchement de membres de notre groupe d’experts que nous mandatons sur le terrain. Après le siège de l’école de Beslan en 2004, par exemple, un membre de ce groupe a aidé la Croix-Rouge russe et la délégation de la Fédération internationale à mettre sur pied un programme psychosocial, puis, dans un deuxième temps, à en évaluer le fonctionnement et les résultats.

On sait que, quand une catastrophe se produit ou quand des gens sont déplacés à cause d’un conflit, ce ne sont pas seulement les personnes directement touchées qui souffrent. Le personnel humanitaire est lui aussi éprouvé sur le plan émotionnel par la situation à laquelle il cherche à porter remède. Que faites-vous pour préserver son bien-être psychologique? 

Si on est aujourd’hui assez largement convaincu de la nécessité d’assurer un soutien psychosocial aux individus directement touchés par des événements dramatiques, les choses sont moins claires en ce qui concerne ceux qui leur portent assistance. Or, nos employés et nos volontaires travaillent essentiellement parmi des personnes affectées par des crises et, dans bien des cas, ils sont eux-mêmes directement touchés par les événements qui justifient leur intervention. Nous devons être plus attentifs aux besoins de nos propres collègues et faire en sorte qu’ils reçoivent tout le soutien nécessaire. En Afrique australe, la prise de conscience du stress subi par les employés et les volontaires engagés dans les activités d’aide à domicile au profit des personnes vivant avec le VIH/sida a conduit à développer des procédures particulières et à mettre en place diverses activités destinées à préserver leur bien-être psychologique. J’espère que l’intérêt pour cette question va continuer de croître et que nous serons reconnus comme une organisation qui prend soin aussi de ses membres.

Veillez-vous à ce que les personnes qui sont plus gravement affectées par ces événements bénéficient d’une aide spécialisée?

Répondre aux besoins des personnes souffrant de troubles psychologiques est une priorité, hélas trop souvent négligée et insuffisamment dotée en ressources. S’il arrive que des individus mentalement perturbés se présentent dans des centres de soins de santé primaires, beaucoup restent à l’écart à cause de l’isolement ou de l’opprobre, par crainte, parce qu’ils négligent leur propre bien-être ou à cause de difficultés d’accès. Ces gens sont doublement vulnérables, à cause de leurs troubles et parce que la situation de crise peut entraîner une rupture des réseaux habituels de soutien social, les laissant abandonnés à leur sort.

La Fédération internationale assure ses activités de soutien psychosocial principalement dans le cadre d’interventions communautaires visant la population générale. Toutefois, nous nous efforçons d’adresser les individus qui ont besoin d’une aide professionnelle au système de santé local ou à d’autres organisations spécialisées dans ce domaine.

Vous n’êtes pas le seul acteur engagé dans ce secteur. Comment coordonnez-vous votre travail avec les autres intervenants à l’intérieur et à l’extérieur du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge afin de garantir le meilleur soutien possible à ceux qui en ont le plus besoin?

En 2007, le Comité permanent interagences a publié des directives sur le soutien psychosocial dans les situations d’urgence. Le centre a pris une part active au groupe de travail chargé d’élaborer ces directives, lequel comprenait quelque 35 organisations. Durant les bombardements au Liban en 2006, ledit groupe a publié une note technique énonçant des recommandations sur la manière de répondre aux problèmes psychosociaux dans ce contexte particulier.

Une des principales leçons à retenir est que la coordination entre les différents acteurs est cruciale pour garantir des services rapides et efficaces aux communautés qui en ont besoin. La collaboration avec les autorités sanitaires locales est également essentielle, car ce sont elles qui sont officiellement responsables de la santé des populations en crise. Les lacunes éventuellement identifiées peuvent être comblées par le biais d’une intervention locale ou internationale ciblant les besoins non couverts.
Pour aider les communautés sinistrées à surmonter les traumatismes résultant de n’importe quel désastre ou conflit, les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge peuvent s’appuyer sur la Centre de référence de la Fédération internationale pour le soutien psychosocial. Ifrc.org a demandé à Nana Wiedemann, directrice du centre, d’en expliquer les activités. (p17487)
Pour aider les communautés sinistrées à surmonter les traumatismes résultant de n’importe quel désastre ou conflit, les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge peuvent s’appuyer sur la Centre de référence de la Fédération internationale pour le soutien psychosocial. Ifrc.org a demandé à Nana Wiedemann, directrice du centre, d’en expliquer les activités. (p17487)
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