Si les secours d’urgence demeurent vitaux pour les rescapés du cyclone Nargis, un soutien de plus longue haleine est indispensable dans le delta de l’Ayeyarwady. Les villageois démunis du Myanmar s’endettent pour tenter de reconstruire leurs vies dévastées. Dans son récent appel révisé, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge met l’accent sur la restauration des moyens de subsistance.
Durant le long voyage en bateau entre son village côtier et la ville de Labutta, Aung Kyaw Thu ne pouvait s’empêcher de s’interroger: “Pourquoi nous?”
En moins de trois ans et demi, son village a été frappé par trois catastrophes. Après le tsunami de l’Océan Indien, il y a eu Mala – le cyclone de 2006 qui a balayé les côtes du Myanmar avec des vents de 185 km/h –, puis le pire de la série: Nargis.
A l’époque, la communauté de Poe Laung tenait encore debout. Tant bien que mal. Mais, dans le coin sud-oriental du delta de l’Ayeyarwady (Irrawaddy), Nargis a pratiquement rayé toutes les agglomérations de la carte. Sur 780 familles, on a dénombré 305 morts et seule une douzaine d’habitations a résisté, non sans subir de très lourds dommages.
Les ravages ont été beaucoup plus terribles que ceux causés par le tsunami. “Le tsunami n’a pas duré. D’énormes vagues ont brutalement déferlé, puis se sont retirées tout aussi soudainement”, explique Aung Kyaw Thu. “Avec Nargis, l’océan déchaîné continuait sans relâche ses assauts.”
Alors que l’avenir de son village restait suspendu à un fil, ce volontaire de la Croix-Rouge du Myanmar, âgé de 30 ans, est parti pour Labutta en quête de secours. Un peu d’aide était arrivée, des abris rudimentaires avaient été bâtis avec les débris des anciennes maisons et des bâches goudronnées, et les habitants avaient reçu juste assez de nourriture pour survivre. Mais cela ne suffisait pas. La communauté avait besoin de davantage de matériaux pour se protéger contre les pluies de mousson, et de quantités plus importantes d’autres produits de première nécessité.
“Il me faut des bâches goudronnées et des ustensiles de cuisine”, a dit Aung à ses collègues de l’entrepôt de la Croix-Rouge à Labutta.
Les unes et les autres étaient en stock, mais réservés pour des distributions planifiées. D’autres étaient attendus de Yangon et Aung pourrait en prendre une partie. Mais il devrait patienter quelques jours.
“Puis-je être utile à quelque chose, en attendant?”, a-t-il demandé.
Dès le lendemain matin, Aung Kyaw Thu remontait la rivière à bord d’une barque pour une distribution de secours dans le village de Shwe Pyi Tha. Son expérience s’avérait très précieuse pour l’équipe de Labutta, soumise à une énorme pression.
Durant le trajet, il parla très peu, l’esprit absorbé par son inquiétude pour ses amis et voisins de Poe Laung. De nombreux habitants avaient été profondément traumatisés par le décès de membres de leurs familles et l’économie du village était anéantie. Agriculteurs, pêcheurs, commerçants avaient tout perdu, y compris Aung, dont les deux barques et les filets avaient été emportés par l’ouragan.
“Pour le moment, nous en sommes réduits à survivre grâce à l’aide alimentaire”, commente-t-il.
A Shwe Pyi Tha, petite communauté de 335 familles établie au bord de la rivière, les gens ont pu faire un peu mieux. Quelque 200 foyers avaient été détruits ou gravement endommagés par le cyclone, mais on a manifestement déjà beaucoup reconstruit. Néanmoins, les secours d’urgence demeurent vitaux et les villageois se pressent sur la jetée où Aung et ses collègues de la Croix-Rouge procèdent à la distribution.
Reconstruire de simples habitations est une chose. C’en est une autre que de remettre sur pied les existences et les moyens de subsistance, et, sous un semblant de retour à la normalité, un autre tableau se dessine: loin de progresser, certains villageois s’enfoncent dans la misère en s’endettant pour tenter de se relever du désastre. Comme Poe Laung, Shwe Pyi Tha illustre bien pourquoi l’appel d’urgence révisé de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge met l’accent sur le soutien aux moyens de subsistance, parmi d’autres priorités de longue haleine.
La longue rue principale du village affiche certains signes de relèvement. De petites échoppes semblent avoir retrouvé un minimum d’activité, mais il est toutefois peu probable qu’elles puissent prospérer au sein d’une communauté dont la nourriture est entièrement assurée par le Programme alimentaire mondial à Labutta.
A l’évidence, Than Aye lutte pour sa survie, en vendant des légumes sur le pas de porte de l’abri familial provisoire. De l’autre côté de la route, sur le front de mer, son ancienne maison hébergeait un commerce prospère, mais tout a disparu sous l’effet du vent et des vagues.
Avec son mari, elle a entrepris de reconstruire. On distingue déjà un vague squelette d’habitation, mais guère plus. “Nous devons prendre notre mal en patience, nous ne pouvons pas nous permettre d’aller plus vite”, explique-t-elle. Than Aye estime avoir besoin de l’équivalent de 1000 dollars des Etats-Unis pour remplacer les biens de la famille, et la menue monnaie gagnée en vendant les légumes est entièrement absorbée par les nécessités quotidiennes.
Elle a emprunté de l’argent auprès d’amis et de parents pour les quelques travaux déjà réalisés. Elle remboursera sa dette quand elle le pourra.
La hausse des prix ne facilite pas les choses. Suite à l’explosion de la demande, celui des poteaux et des panneaux de palmes utilisés pour aménager des huttes ont doublé depuis le passage du cyclone. Quelques-uns s’enrichissent en investissant dans ces matériaux, mais c’est au détriment de l’immense majorité des rescapés.
Plus tard, ce même jour, cependant qu’Aung distribue des secours dans un autre petit village, un journalier dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour raconte qu’il a emprunté 60 dollars à un propriétaire terrien pour rebâtir son modeste logement. Il est à juste titre fier de son travail, effectué de ses propres mains avec des poteaux et des palmes récupérés dans les décombres.
Mais il ignore comment il pourra rembourser son emprunt. Probablement en louant ses bras, ce qui ne fera qu’accentuer sa dépendance.
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Durant le long voyage en bateau entre son village côtier et la ville de Labutta, Aung Kyaw Thu ne pouvait s’empêcher de s’interroger: “Pourquoi nous?”. (p17905)
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Si les secours d’urgence demeurent vitaux pour les rescapés du cyclone Nargis, un soutien de plus longue haleine est indispensable dans le delta de l’Ayeyarwady. (p17903)
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Reconstruire de simples habitations est une chose. C’en est une autre que de remettre sur pied les existences et les moyens de subsistance. (p17904)
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Les villageois démunis du Myanmar s’endettent pour tenter de reconstruire leurs vies dévastées. (p17900)
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A l’évidence, Than Aye lutte pour sa survie, en vendant des légumes sur le pas de porte de l’abri familial provisoire. (p17901)
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