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Les Sociétés de la Croix-Rouge de Moldavie et d’Ukraine confrontées aux pires inondations depuis 200 ans
4 août 2008
Joe Lowry à Chisinau, Moldavie
“Je travaille depuis 40 ans à la Croix-Rouge et je n’ai jamais rien vu de tel, ni personne que je connaisse, y compris parmi les vieilles générations”, affirme Alexandra Biltsan. De fait, le spectacle qui nous entoure est dantesque. La présidente de la Croix-Rouge locale est debout sur la crête solidifiée d’une coulée de boue qui a balayé en bas de la colline le village de Tchernohusi, en Ukraine occidentale, faisant un mort et des dizaines de blessés dont cinquante ont dû être hospitalisés. Et cette communauté n’est qu’une parmi les centaines qui ont été touchées par les pires inondations enregistrées depuis deux siècles en Europe orientale. 

Au total, le bilan s’établit à plus de 30 morts, des dizaines de disparus et plus de 1 milliard d’euros de dommages en Ukraine et en Moldavie. La Fédération internationale a déjà débloqué 600 000 francs suisses de son Fonds d’urgence pour les secours en cas de catastrophe afin de pourvoir aux besoins les plus pressants – eau, nourriture, vêtements – des habitants les plus vulnérables d’une des régions les plus pauvres du continent européen. Un appel international de plus de 1 million de francs suisses sera publié dans les jours à venir en vue de fournir une assistance à quelque 36 000 sinistrés. 

La catastrophe a éprouvé tout particulièrement les personnes âgées et démunies. Village après village, nous recueillons des témoignages plus déchirants les uns que les autres. Hannah Savtchuk, une habitante du hameau de Dubvitsi âgée de 77 ans, nous raconte comment elle a dormi trois nuits durant dans son grenier avec ses poules au milieu des eaux qui bouillonnaient sans relâche autour de la maison. Elle fond en larmes à l’évocation de ses volailles retrouvées noyées à son retour, après avoir passé les deux nuits suivantes chez des voisins. 

A quelques pas de là, Yaroslav Narozhnyak, un robuste retraité de 62 ans, ancien mineur et conducteur d’engin en Sibérie, se tient dans son jardin, les quelques biens qu’il a pu sauver de l’inondation – une guitare, quelques appareils photo de collection – éparpillés au sol ou empilés sur une table à l’intérieur de la maison. Atterré, il fixe le trou béant où se dressait le pignon de sa maison. Ayant perdu pratiquement tout ce qu’il possédait, il va devoir se débrouiller jusqu’à la fin de ses jours avec une retraite d’à peine 65 euros par mois. 

Il y a aussi Hannah Berelyak, 70 ans, qui contemple, accoudée à la clôture, son jardin dévasté. Tous les légumes qu’elle aurait mis de côté en vue de l’hiver, long et rigoureux dans la région, ont été détruits, la laissant démunie pour la prochaine saison froide. 

Les temps sont difficiles pour les personnes âgées, mais aussi pour les mères. Nous sommes maintenant dans un petit village appelé Kosovanka, éloigné de tout. Le goudron de la route a cédé la place aux pierres, les pierres à la boue pour dessiner une vague piste qui aboutit à côté de la maison de Valentina Lopan, 64 ans. Sa fille Zita, enceinte de son troisième enfant, patauge jusqu’aux cuisses dans une eau saumâtre pour ramener ses quelques biens chez sa mère. L’air est imprégné d’odeurs d’égouts et de déjections animales exacerbées par la chaleur d’un soleil implacable. 

Les sentiments des habitants se partagent entre le chagrin, la frustration et la colère. Nadia Lupan, une grand-mère de 38 ans, s’est réveillée le ventre vide tout comme son mari, leurs cinq enfants et leurs deux petits-enfants, sur le sol d’une maison voisine. Elle a emprunté un peu de pâtes et est retournée dans sa maison inondée pour cuire le petit déjeuner. Ses plus jeunes enfants et ses petits-enfants marchent pieds nus dans la boue. “Nous avons tout perdu”, raconte-t-elle. “Tout: nos vêtements, nos draps, nos chaussures, nos casseroles, notre vaisselle... Nous n’avons plus rien.” 

Nous franchissons la frontière moldave. La campagne d’un vert profond est détrempée. Dans les arbres et sur les murs, on distingue des marques qui révèlent que l’eau est montée jusqu’à plus d’un mètre au-dessus de la route. La principale rivière de la région, la Prut, a dépassé de neuf mètres son niveau normal. Les maisons, dont les murs sont essentiellement bâtis en torchis, se sont littéralement dissoutes et effondrées comme des châteaux de cartes. 

La Croix-Rouge de Moldavie a vidé ses réserves de secours pour fournir une aide d’urgence à environ 500 familles particulièrement éprouvées. A l’extérieur du centre de distribution du village de Drepkauts, une foule de gens attend patiemment par une température de 36 degrés. Très peu sont disposés à parler. “Nous sommes encore trop déprimés, en état de choc”, explique en se détournant une jeune femme. “Qu’est-ce que je vais devenir?”, répète inlassablement un homme. “Qui m’aidera à reconstruire ma maison? Comment vais-je faire?” 

Lara Nyamtu, 55 ans, habitait à 800 mètres de la rivière. “L’eau est montée plus haut que le toit”, nous raconte-t-elle. “Tout a été abîmé.” Quand nous lui demandons quel est son besoin le plus pressant, la réponse est simple: de quoi manger. Sa retraite mensuelle équivaut à 25 euros. 

A l’intérieur du bâtiment, les volontaires de la Croix-Rouge distribuent sans relâche du riz, du sucre et des pâtes, du détergent, du shampooing et du savon. Il y a aussi des couvertures, des draps et des vêtements. “Nous enregistrons l’aide alimentaire, mais, pour les vêtements, nous laissons les gens prendre ce dont ils ont besoin”, explique Galina Bzovaya, la responsable locale. 

L’opération d’assistance montera en régime dans les jours à venir, aussitôt qu’on disposera de fonds suffisants pour acheter les milliers de colis alimentaires, ustensiles de ménage, pièces de literie et articles d’hygiène qui font cruellement défaut à travers toute la région. Des équipes mobiles seront en outre déployées pour effectuer des réparations rudimentaires dans les habitations des plus affectés, en particulier les personnes âgées vivant seules et les familles nombreuses. Dans les deux pays, les infirmières visiteuses apporteront leur concours pour assurer des services de soutien psychologique. 

Le risque d’inondations supplémentaires reste très présent, les cours d’eau étant toujours en crue et le sol dans l’incapacité d’absorber davantage de liquide. Les sections Croix-Rouge des régions sinistrées sont en état d’alerte maximale et elles s’emploient à préciser l’étendue des dommages et des besoins.
Lara Nyamatu, une habitante de Drepkauts dans le nord de la Moldavie, attend de recevoir des secours Croix-Rouge dans un centre de distribution aménagé dans son village. Quand nous lui demandons quel est son besoin le plus pressant, la réponse est simple: de quoi manger. (p17979)
Lara Nyamatu, une habitante de Drepkauts dans le nord de la Moldavie, attend de recevoir des secours Croix-Rouge dans un centre de distribution aménagé dans son village. Quand nous lui demandons quel est son besoin le plus pressant, la réponse est simple: de quoi manger. (p17979)
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Zita Lopan, enceinte de son troisième enfant, patauge jusqu’aux cuisses dans une eau saumâtre pour ramener ses quelques biens chez sa mère. L’air est imprégné d’odeurs d’égouts et de déjections animales. (p17977)
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Un aperçu de la coulée de boue qui a balayé en bas de la colline le village de Tchernohusi, en Ukraine occidentale, faisant un mort et des dizaines de blessés dont cinquante ont dû être hospitalisés. Cette communauté n’est qu’une parmi les centaines qui ont été touchées par les pires inondations enregistrées depuis deux siècles en Europe orientale. (p17981)
Un aperçu de la coulée de boue qui a balayé en bas de la colline le village de Tchernohusi, en Ukraine occidentale, faisant un mort et des dizaines de blessés dont cinquante ont dû être hospitalisés. Cette communauté n’est qu’une parmi les centaines qui ont été touchées par les pires inondations enregistrées depuis deux siècles en Europe orientale. (p17981)
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