En juin 2007, S.S Mahan ne voyait pas son avenir d’un œil optimiste. Ce jeune homme de 26 ans vient de rentrer dans son village d’Uriyankaddu, qui est situé dans la péninsule de Vaharai, dans le district nord-est de Batticaloa, au Sri Lanka.
Il y a cinq mois, Mahan et sa famille avait fui devant les assauts menés par les forces gouvernementales pour reprendre la zone occupée par les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Après avoir vécu des mois dans une tente, dans un camps de personnes déplacées, il a pu reprendre le chemin de son village pour constater que sa maison avait été détruite et que les habitants avaient déserté.
Pendant une année, il a vécu, avec sa femme et son nouveau-né, dans la chaleur étouffante d'une petite cabane en tôle. Les opportunités de travail étant limitées, la famille était dépendante des rations de nourriture distribuées par le gouvernement et de l’aide apportée par les ONG. Aujourd’hui, un an plus tard, la situation est très différente pour Mahan et ses voisins.
Développement d’une économie locale
Les rues de Uriyankaddu ne sont plus tristes et désertes. Des maisons ont jailli de toute part, une école a été ouverte et un marché de fruits, de légumes et d'ustensiles en plastique a été créé qui a permis de dynamiser l'économie locale. «Aujourd’hui, nos enfants peuvent aller à pied à l’école et si vous êtes malade, il y a un service d’ambulance qui peut vous emmener à l’hôpital de Batticaloa», indique Mahan.
Il y a deux semaines, Mahan a démonté sa cabane en tôle et emménagé avec sa famille dans une confortable maison de deux chambres construites, à l’instar de 58 autres, dans le cadre du programme de relèvement mis en œuvre par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge au Sri Lanka. Le Mouvement finance la construction de près de 30°000 nouvelles maisons le long de la côte. Le chantier d’Uriyankaddu n'a pas été le plus simple à réaliser.
«La sécurité a été le principal problème », explique Kefa Owino, délégué à la construction à la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Surmonter les difficultés
«Le projet a été suspendu pendant près d'une année lorsque les combats ont commencé en 2006. Nous avons toujours des difficultés à convaincre les ouvriers de l’extérieur de venir travailler sur le chantier ; ils craignent que les LTTE soient toujours actifs dans la zone», explique-t-il. Nous avons également été confrontés à une pénurie d'artisans qualifiés, «la plupart des habitants de la régions sont des pêcheurs ou des ouvriers occasionnels. Il a été difficile de trouver de bons charpentiers ou plâtriers désireux de travailler ici.»
Malgré ces obstacles, 21 familles d’Uriyankaddu ont emménagé dans leur nouvelle maison. Tandis que les ouvriers mettent la dernière main aux maisons restantes, les travaux de construction de puits communautaires et d’une route d’accès ont commencé.
La pêche au crabe et aux crevettes permet aujourd’hui à Mahan de bien gagner sa vie. Avant le tsunami, il avait son propre bateau et des filets de pêche, qui ont été engloutis par les vagues, tout comme sa maison.
Une activité lucrative
Les bons jours, pendant la haute saison, il peut pêcher jusqu’à 10 kilos de fruits de mer. La pêche est une activité saisonnière mais le marché à l’exportation est très florissant en ce qui concerne les crevettes, un mets très prisé dans des pays comme le Japon. Une fois la saison terminée, Mahan travaille sur l'un des bateaux qui partent la nuit pêcher le thon. Les conditions de vie des pêcheurs restent difficiles. Du fait des restrictions de sécurité, ils ne peuvent avancer de plus d’un kilomètre dans la mer, ce qui les empêche d’accéder aux lagons situés en dehors de cette zone.
À quelques kilomètres au sud de Batticaloa se trouve le village nouvellement construit d'Ontachimadam, un site sur lequel la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont construit 80 maisons qui sont aujourd’hui occupées par les familles dont les habitations, situées près de la plage, ont été détruites par le tsunami.
Lorsque l’on descend les rues d’argile rouge qui parcourt le village, on sent que les personnes qui y vivent se sont rapidement adaptées à leur nouvel environnement. Dans une maison, dont la porte est grande ouverte, une télévision diffuse la bande sonore, suffisamment fort pour que tout le voisinage l’entende, d’un célèbre film de Bollywood. Un commerçant local tente de faire entendre sa voix, extrayant des poissons de la boîte située à l'arrière de sa bicyclette. Il est immédiatement entouré par des femmes venues acheter le produit de sa pêche.
Des activités florissantes
Bien que les membres de la communauté tamoule d’Ontachimadam apprécient de vivre à proximité les uns des autres, chaque maison est protégée des regards curieux par une clôture faite de feuilles de tôle ondulées ou de palmier. Derrière les portes closes, des activités florissantes ont vu le jour. Thavamani, 47 ans, gagne sa vie en fabriquant des paniers tissés avec des feuilles de palmiers locaux. Chaque jour, aidée de sa mère, elle fabrique deux paniers qui pourront être vendus 300 roupies (3 dollars américains) sur le marché.
«Nous avions l’habitude de nous asseoir sur le sol poussiéreux de notre abri temporaire pour tisser nos paniers, aujourd’hui nous avons de l’espace et le sol est propre», précise-t-elle.
Le voisin de Thavamani, V. Palanithamby, est forgeron. Il a installé une petite force à l'intérieur de sa maison où il fabrique des machettes et des outils agraires qu’il vend aux commerçants locaux. «Les affaires marchent bien, mais une fois que j'aurai suffisamment d'argent, je prévois de m’installer dans la rue principale plus animée », confie-t-il. « La vie est plus agréable ici que dans mon ancienne maison qui était située au bord de la plage, à l’écart. Ici nous vivons tous ensemble.»
Des commandes régulières
Avant le tsunami, Kadir Thamby, 84 ans, était un orfèvre très connu qui recevait régulièrement des commandes de colliers et de bracelets des bijoutiers locaux. La perte de sa femme et de ses deux filles dans la catastrophe l’ont durement touché. Aujourd’hui, il est l’un des nombreux orfèvres qui travaillent dans le village d’Ontachimadam.
La maison de sa voisine, Shanthi Yogalingam, est aussi l'unique magasin d'alimentation du village. On y trouve de tout, notamment du riz, du poisson séché et du coca-cola frais. Dans la principale zone d’habitation, elle a également ouvert un commerce de couture où elle crée des vêtements pour femmes. «Avant le tsunami, j'avais un grand magasin où j'employais quatre personnes. Dans quelques mois, j’espère pouvoir ouvrir un autre commerce près de la route pour attirer plus de clients », dit-elle.
«Les nouvelles maisons ont apporté une certaine stabilité à des milliers de personnes », indique Tissa Abeywickrama, présidente du groupe de travail de la Croix-Rouge sur les opérations de relèvement. «Pour autant, de nombreuses personnes n’ont pas encore repris le dessus après la perte de membres de leur famille mais, dans un sens, cette expérience a permis de rapprocher les communautés.»
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Après avoir vécu pendant un an dans un camps de personnes déplacées, Mahan et sa famille ont emménagé dans une maison permanente à Uriyankaddu. (p18568)
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Parmi les nombreuses familles qui vivent dans les maisons construites par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge à Uriyankaddu, nombreuses sont celles qui ont conservé leur abri temporaire et les utilisent comme espace de rangement. (p18569)
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| V. Palanithamby gagne bien sa vie en fabriquant des outils agraires dans la forge qu’il a installée en dehors de sa nouvelle maison à Ontachimadam. (p18571) |
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| Depuis la construction de nouvelles maisons, qui abritent les personnes qui vivaient auparavant près de la plage, le village d'Ontachimadam a repris vie. (p18572) |
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| Shanthi Yogalingam a ouvert un magasin d’alimentation dans sa nouvelle maison à Ontachimadam. Son activité est florissante ; elle cherche à s'agrandir.
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