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Pakistan : situation critique pour les enfants déplacés
30 juin 2009
Texte et photos par Mubashir Fida, Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Pakistan
Les affrontements dans le nord-ouest du Pakistan ont entraîné le déplacement de 2,5 à 3,5 millions d’habitants. Plus de 235 000 sont hébergés dans des camps, les autres ayant été accueillis par des parents ou amis vivant à l’écart des zones de combats. Près de la moitié sont des enfants, particulièrement vulnérables en raison de la promiscuité et des conditions d’hygiène très précaires.

Les réseaux de soutien sont proches du point de rupture et beaucoup de gens sont confrontés à d’énormes difficultés liées au manque de nourriture et d’eau potable ainsi qu’à tout un éventail de problèmes de santé. Pour les familles d’accueil, le fardeau est extrêmement lourd à porter.

Jahangir Khan, 15 ans, a fui avec sa mère et cinq jeunes frères et soeurs. Son père est resté sur place pour veiller sur la maison dans le sud-est de la vallée de Swat.

“La route était bloquée à cause des combats, ce qui nous a obligés à emprunter un sentier de montagne”, raconte-t-il. “Nous avons marché deux jours avant de trouver une camionnette dont le chauffeur nous a conduit chez mon oncle. Là, nous sommes restés quelques jours, mais il a fallu repartir parce qu’il n’y avait pas assez de place pour tout le monde.”

Jahangir vit à présent dans une grotte avec sa famille, qui reçoit une aide de son oncle Taj Maluk. Pour ce dernier, qui héberge dix autres familles, la charge est insupportable. Il ne gagne qu’une cinquantaine de dollars par mois comme ouvrier agricole, ce qui lui permet à peine de subvenir aux besoins de sa propre famille de dix personnes.

“Cela devient de plus en plus difficile pour moi d’aider tous ces gens”, explique cet homme de 40 ans. “J’ai déjà dû vendre une vache pour avoir un peu d’argent.”

Jahangir se fait du souci pour son père. “Cela fait dix jours que je ne l’ai pas vu et que je n’ai aucune nouvelle de lui.”

Muhammad Zubair, 13 ans, a eu moins de chance dans son malheur. Sa famille loge dans une ferme d’élevage de volaille abandonnée, nettoyée et mise à la disposition des déplacés par les habitants du village d’Ichrian dans le district de Mansehra, une zone épargnée par les hostilités.

Elève d’une madrassah (école coranique) de Mingora, la capitale de la région de Swat, Zubair a dû interrompre ses études et fuir avec sa famille quand la violence s’est déchaînée.

“Ma maison et mes amis me manquent”, confesse-t-il. “Je ne suis pas heureux, ici. Avec mes amis, je pouvais jouer au cricket et à d’autres sports traditionnels. La vie était agréable.”

Les nuits sont froides dans cette ferme et, parfois, la puanteur des carcasses de volailles qui émane des fermes environnantes est insoutenable. Quelque 500 personnes s’entassent dans les bâtiments. Les villageois leur viennent en aide, mais il faudrait bien plus que leurs maigres ressources pour assurer un minimum d’hygiène et de confort à ces malheureux.

“Les enfants vivent dans des conditions d’hygiène déplorables”, souligne le docteur Umar Riaz, membre de l’équipe d’évaluation conjointe du Croissant-Rouge du Pakistan et de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. “La plupart n’ont pas même de savon pour se laver les mains.”

Le docteur Umar ajoute que les violences et l’exode ont entraîné de sérieux traumatismes psychologiques chez les enfants. “Pour surmonter cette pénible expérience, il faut qu’ils puissent s’adonner au sport et à d’autres activités sociales.”

Pour le Croissant-Rouge et la Fédération internationale, la santé et le bien-être de ces enfants figurent en tête des priorités de l’appel d’urgence lancé en juin au bénéfice des populations pakistanaises déplacées. D’un montant de 23,9 millions de francs suisses (USD 22,44 millions / EUR 15,76 millions), celui-ci vise à aider le Croissant-Rouge du Pakistan à étendre son assistance à quelque 140 000 personnes hébergées par des familles d’accueil en dehors des zones de combats.

Avec l’appui de la Fédération internationale, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et d’autres partenaires du Mouvement, la Société nationale prévoit de secourir au total 400 000 personnes déplacées, soit 50 000 regroupées dans des camps provisoires et 350 000 vivant parmi des familles d’accueil.

Pour plus d’informations sur l’appel de la Fédération internationale, se connecter au lien suivant: http://www.ifrc.org/cgi/pdf_appeals.pl?09/MDRPK003.pdf.

Pour plus d’informations sur le travail du CICR au Pakistan: http://icrc.org/web/eng/siteeng0.nsf/html/pakistan-update-170609
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