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Honorer la mémoire des disparus
27 novembre 2006
Johan Schaar, représentant spécial de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour l’opération tsunami
Toute crise offre l’occasion de changer certaines choses. Les catastrophes naturelles ne font pas exception. Lorsqu’un pays ou une communauté est frappée par une calamité, ses faiblesses sociales, politiques et institutionnelles sont impitoyablement révélées. Les défaillances structurelles, le manque de préparation, les lacunes en matière d’alerte, la mort d’hommes, de femmes et d’enfants qui auraient pu être évitées – tout cela apparaît alors au grand jour.

Cela vaut également pour l’efficacité de la réponse immédiate et à long terme des gouvernements et des organisations locales et internationales, ainsi que pour leur aptitude à protéger les communautés vulnérables contre de futurs tremblements de terre, ouragans, inondations et autres désastres. Plus grande est la catastrophe et plus la mobilisation humanitaire, le courage et le dévouement de ses protagonistes sont mis en valeur – mais plus évidentes apparaissent aussi les carences et les erreurs.

La meilleure façon d’honorer la mémoire des victimes du tsunami de décembre 2004 consiste donc à tirer la leçon des erreurs et à faire en sorte que les efforts de reconstruction et de relèvement soient aussi fructueux que possible. Partant de là, la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge doit se concentrer sur trois aspects primordiaux.

Premièrement, les communautés reconstruites doivent être plus sûres qu’auparavant. Nous ne saurions accepter que des enfants retournent dans des écoles qui risquent de s’effondrer sur eux au prochain tremblement de terre, que de nouveaux villages soient balayés par de futurs glissement de terrain ou inondations, que leurs habitants ne soient pas pleinement avertis des risques qui les menacent et ne sachent pas comment s’y préparer. La population doit connaître non seulement les dangers auxquels elle est exposée, mais aussi les mesures à prendre lorsqu’ils se concrétisent. Si nous ne prenons pas le temps d’intégrer tous ces paramètres vitaux dans nos efforts de relèvement, nous aurons trahi les attentes légitimes des communautés affectées par le tsunami. Il ne saurait y avoir de compromis en matière de sécurité.

Il faut un investissement global significatif en matière de réduction des risques. La Croix-Rouge et la Croissant-Rouge estiment que un dollar américain dépensé pour des mesures de prévention – protection des cotes, enseignement de base sur les tremblements de terre ou encore campagne d’information et d’éducation – pourrait permettre d’économiser 10 dollars américains sur les opérations de relèvement. Si la communauté internationale adoptait une démarche proactive en matière d’assistance humanitaire, si nous répondions aux catastrophes avant qu’elles ne se produisent, des millions de vies pourraient être sauvées.

Deuxièmement, le relèvement après le tsunami doit être de qualité. A Aceh, au Sri Lanka, on aurait reconstruit des maisons sur des terrains inadaptés ou dont les toitures fuient; dans le même temps, on déplore la lenteur du processus de reconstruction. Le fait est que le relèvement de communautés comptant des milliers de foyers, avec les services et l’infrastructure nécessaires – une tâche d’une ampleur sans équivalent depuis les ravages de la Deuxième Guerre mondiale – réclame un engagement de longue haleine pour planifier les travaux, résoudre les problèmes fonciers et mobiliser les ressources adéquates.

Certes, tout doit être mis en oeuvre pour accélérer le processus, mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Si les sinistrés disposent d’abris temporaires convenables et si leurs besoins les plus pressants sont satisfaits, ils pourront vivre la phase de relèvement dans la dignité et, de notre côté, nous pourrons prendre le temps de faire notre travail correctement. Tout l’argent si généreusement donné par des gens du monde entier ne peut rien à cette réalité: la qualité exige du temps.

Troisièmement, toutes nos actions doivent être marquées du sceau de la redevabilité. Les donateurs ont placé leur confiance en nous, les communautés sinistrées et leurs gouvernements ont fait de nous leurs partenaires. Nous avons le devoir de répondre à leur confiance non pas seulement en faisant état de nos succès, mais aussi en restant ouverts aux défis et problèmes qui se présentent et en contribuant à leur trouver des solutions appropriées. Cela suppose également de promouvoir la coopération et les partenariats avec d’autres organisations en vue d’optimiser nos compétences et capacités respectives, de façon à éviter tout gaspillage des ressources. Honnêteté et sens de la responsabilité doivent continuer d’être au coeur de toute notre communication après deux ans d’efforts de reconstruction.

Sécurité des communautés vulnérables, qualité du relèvement et de la reconstruction, transparence vis-à-vis de toutes les parties prenantes: telles doivent être nos exigences fondamentales alors que nous célébrerons avec les populations endeuillées la mémoire des disparus du 26 décembre 2004. C’est seulement ainsi que nous leur rendrons l’hommage qu’ils méritent.

Johan Schaar, représentant spécial de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour l’opération tsunami
Johan Schaar, représentant spécial de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour l’opération tsunami
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