Toute
crise offre l’occasion de changer certaines choses. Les
catastrophes naturelles ne font pas exception. Lorsqu’un
pays ou une communauté est frappée par une calamité,
ses faiblesses sociales, politiques et institutionnelles sont
impitoyablement révélées. Les défaillances
structurelles, le manque de préparation, les lacunes
en matière d’alerte, la mort d’hommes, de
femmes et d’enfants qui auraient pu être évitées
– tout cela apparaît alors au grand jour.
Cela vaut également pour l’efficacité de
la réponse immédiate et à long terme des
gouvernements et des organisations locales et internationales,
ainsi que pour leur aptitude à protéger les communautés
vulnérables contre de futurs tremblements de terre, ouragans,
inondations et autres désastres. Plus grande est la catastrophe
et plus la mobilisation humanitaire, le courage et le dévouement
de ses protagonistes sont mis en valeur – mais plus évidentes
apparaissent aussi les carences et les erreurs.
La meilleure façon d’honorer la mémoire
des victimes du tsunami de décembre 2004 consiste donc
à tirer la leçon des erreurs et à faire
en sorte que les efforts de reconstruction et de relèvement
soient aussi fructueux que possible. Partant de là, la
Fédération Internationale des Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge doit se concentrer sur
trois aspects primordiaux.
Premièrement, les communautés reconstruites doivent
être plus sûres qu’auparavant. Nous ne saurions
accepter que des enfants retournent dans des écoles qui
risquent de s’effondrer sur eux au prochain tremblement
de terre, que de nouveaux villages soient balayés par
de futurs glissement de terrain ou inondations, que leurs habitants
ne soient pas pleinement avertis des risques qui les menacent
et ne sachent pas comment s’y préparer. La population
doit connaître non seulement les dangers auxquels elle
est exposée, mais aussi les mesures à prendre
lorsqu’ils se concrétisent. Si nous ne prenons
pas le temps d’intégrer tous ces paramètres
vitaux dans nos efforts de relèvement, nous aurons trahi
les attentes légitimes des communautés affectées
par le tsunami. Il ne saurait y avoir de compromis en matière
de sécurité.
Il faut un investissement global significatif en matière
de réduction des risques. La Croix-Rouge et la Croissant-Rouge
estiment que un dollar américain dépensé
pour des mesures de prévention – protection des
cotes, enseignement de base sur les tremblements de terre ou
encore campagne d’information et d’éducation
– pourrait permettre d’économiser 10 dollars
américains sur les opérations de relèvement.
Si la communauté internationale adoptait une démarche
proactive en matière d’assistance humanitaire,
si nous répondions aux catastrophes avant qu’elles
ne se produisent, des millions de vies pourraient être
sauvées.
Deuxièmement, le relèvement après le tsunami
doit être de qualité. A Aceh, au Sri Lanka, on
aurait reconstruit des maisons sur des terrains inadaptés
ou dont les toitures fuient; dans le même temps, on déplore
la lenteur du processus de reconstruction. Le fait est que le
relèvement de communautés comptant des milliers
de foyers, avec les services et l’infrastructure nécessaires
– une tâche d’une ampleur sans équivalent
depuis les ravages de la Deuxième Guerre mondiale –
réclame un engagement de longue haleine pour planifier
les travaux, résoudre les problèmes fonciers et
mobiliser les ressources adéquates.
Certes, tout doit être mis en oeuvre pour accélérer
le processus, mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation.
Si les sinistrés disposent d’abris temporaires
convenables et si leurs besoins les plus pressants sont satisfaits,
ils pourront vivre la phase de relèvement dans la dignité
et, de notre côté, nous pourrons prendre le temps
de faire notre travail correctement. Tout l’argent si
généreusement donné par des gens du monde
entier ne peut rien à cette réalité: la
qualité exige du temps.
Troisièmement, toutes nos actions doivent être
marquées du sceau de la redevabilité. Les donateurs
ont placé leur confiance en nous, les communautés
sinistrées et leurs gouvernements ont fait de nous leurs
partenaires. Nous avons le devoir de répondre à
leur confiance non pas seulement en faisant état de nos
succès, mais aussi en restant ouverts aux défis
et problèmes qui se présentent et en contribuant
à leur trouver des solutions appropriées. Cela
suppose également de promouvoir la coopération
et les partenariats avec d’autres organisations en vue
d’optimiser nos compétences et capacités
respectives, de façon à éviter tout gaspillage
des ressources. Honnêteté et sens de la responsabilité
doivent continuer d’être au coeur de toute notre
communication après deux ans d’efforts de reconstruction.
Sécurité des communautés vulnérables,
qualité du relèvement et de la reconstruction,
transparence vis-à-vis de toutes les parties prenantes:
telles doivent être nos exigences fondamentales alors
que nous célébrerons avec les populations endeuillées
la mémoire des disparus du 26 décembre 2004. C’est
seulement ainsi que nous leur rendrons l’hommage qu’ils
méritent.
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Johan
Schaar, représentant spécial de la Fédération
internationale des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge pour l’opération tsunami
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