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Prix des denrées alimentaires: le cauchemar de l’Afrique
22 avril 2008
Markku Niskala, secrétaire général, Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
L’annonce faite la semaine dernière par le gouvernement des Etats-Unis qu’il débloquait 200 millions de dollars d’aide d’urgence afin de réduire les pénuries chroniques de denrées alimentaires mérite d’être saluée. Grâce à cette contribution, le Programme alimentaire mondial des Nations unies pourra en effet procurer de la nourriture à ceux qui en ont le plus  besoin, une mission qui avait été gravement compromise par des prix globalement multipliés par deux.

Ceci étant, il nous faut néanmoins nous pencher de près sur le problème et ses implications, en nous gardant de considérer la situation actuelle comme une  « crise ». En la qualifiant ainsi, nous suggérerions que les difficultés ne sont que momentanées et que tout devrait rentrer dans l’ordre. Tel n’est pas le cas.

Premièrement, les facteurs qui concourent à cette hausse des prix ne vont pas disparaître.

La pression démographique et l’augmentation de la demande dans des économies émergentes comme l’Inde et la Chine vont continuer d’augmenter. Leurs populations vont consommer de plus en plus – même si la hausse des prix affecte bien évidemment aussi les communautés vulnérables de ces mêmes pays.

Le changement climatique va s’accélérer également dans les décennies à venir, avec un risque accru de mauvaises récoltes et, par voie de conséquence, la multiplication des personnes nécessitant une aide alimentaire. En Australie, par exemple, cinq années de sécheresse ont fait chuter de moitié la production annuelle de froment. De même, en Afrique subsaharienne, sécheresses et insuffisance des précipitations saisonnières rendront de plus en plus de gens dépendants des pouvoirs publics et des organismes d’assistance pour leur alimentation de base.

L’accroissement de la demande ira ainsi de pair avec une baisse de la production.

Deuxièmement, la ‘normale’ – la situation antérieure à la hausse des prix – était tout sauf acceptable. Bien que la communauté internationale se soit engagée à réduire de manière spectaculaire l’insécurité alimentaire au titre des objectifs du Millénaire pour le développement, la malnutrition a continué de s’aggraver en Afrique et dans d’autres parties du monde sous les effets combinés de la pauvreté, du VIH, du changement climatique, des conflits et d’une démographie galopante.

Alors, que faut-il faire? La vérité impose d’admettre qu’il n’existe pas de solution miracle. Avant toute chose, il importe de mobiliser une réponse efficace au niveau mondial. A cet égard, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge se félicitent du soutien apporté par la Banque mondiale et par les Etats-Unis au Programme alimentaire mondial, ainsi que de la proposition exprimée par le Premier ministre britannique, Gordon Brown, d’inscrire la question à l’ordre du jour du prochain sommet du G8 au Japon.

Des enjeux à plus long terme doivent aussi être pris en compte. Ainsi, les objectifs en matière de biocarburants doivent être révisés, les termes des échanges commerciaux doivent être reconsidérés et des banques alimentaires plus importantes et plus performantes doivent être mises en place afin de pouvoir préserver l’aide des fluctuations schizophrènes du marché.

Par ailleurs, ces macro-interventions doivent aussi être assorties d’actions au niveau local. La récente hausse des prix n’est que le dernier en date d’une longue liste de chocs brutaux qui réclament de la part de la communauté humanitaire d’adopter une approche davantage proactive et développementale de l’assistance.

Nous pensons qu’en renforçant la capacité des communautés à produire ou à se procurer localement leur nourriture, on diminuera leur dépendance vis-à-vis de l’aide alimentaire et leur vulnérabilité à la hausse des prix. Certes, l’agriculture est en mutation et certaines communautés ont de moins en moins d’eau à disposition pour irriguer leurs champs. Néanmoins, la situation n’est pas désespérée.

Récemment, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a lancé une stratégie quinquennale de sécurité alimentaire ciblant 15 pays africains. Dotée d’un budget de 45 millions de francs suisses (EUR 28,5 millions / USD 43,5 millions), elle vise à minimiser l’impact de certains des facteurs qui contribuent à l’insécurité alimentaire – les mêmes qui rendent les communautés vulnérables aux forces du marché – à un échelon très localisé.

Nos volontaires travailleront avec les communautés concernées en vue d’établir des pratiques agricoles durables, d’identifier les méthodes et techniques appropriées, de constituer des banques de semences et d’améliorer la gestion des nutriments des sols. Ils mettront également en place des projets de micro-financement, des réseaux locaux d’irrigation et des systèmes communautaires de surveillance de la sécurité alimentaire.

Cette approche localisée et très pragmatique peut donner d’excellents résultats. Au Lesotho, la Croix-Rouge et ses partenaires ont aidé des communautés vulnérables à créer des jardins potagers plantés autour de réservoirs remplis de déchets organiques et arrosés par les eaux ménagères usées. Les fluides hautement nutritifs qui s’échappent de ce compost rendent ces jardins à la fois très productifs en toute saison, quel que soit le volume des pluies, et très faciles à entretenir, d’où leur intérêt tout particulier pour des familles vulnérables et démunies.

Il est réconfortant de constater que la sécurité alimentaire fait désormais l’objet d’une attention prioritaire de la part de la communauté internationale. Toutefois, si nous voulons agir de manière réellement efficace, nous devons impérativement commencer par envisager cette question comme un enjeu de longue haleine, dont nous n’avons pas su mesurer jusqu’à présent toute la gravité. Nous devons nous fixer pour but ultime de promouvoir des communautés suffisamment fortes pour résister à tout choc futur. Les marchés fluctuent, mais les gens ne devraient jamais souffrir de la faim.
Markku Niskala, secrétaire général, Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
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