Alors que nous célébrons la Journée mondiale du paludisme ce 25 avril, 3000 enfants vont mourir de cette maladie dans les prochaines vingt-quatre heures. Cette année, le paludisme – encore appelé malaria - tuera plus d’un million d’individus. Face à ces chiffres effarants, on pourrait aisément se sentir impuissant et en conclure que le paludisme n’est qu’un problème de plus dont l’ampleur et la complexité nous dépassent. La réalité est toute autre: on peut prévenir le paludisme, tout simplement en évitant la piqûre du moustique.
A la fin des années 90, la communauté internationale a pris la résolution de remporter la bataille contre le paludisme. Au titre des objectifs du Millénaire pour le développement et du partenariat ‘Halte au paludisme’, gouvernements, organisations internationales et ONG se sont engagés à réduire la morbidité et la mortalité associées à la maladie de moitié d’ici 2010, ainsi qu’à intensifier de façon spectaculaire les programmes de traitement et de protection au bénéfice des populations à risque. Ces ambitions sont réalisables et, déjà, d’énormes progrès ont été accomplis mais il faut encore accentuer l'effort.
Les moustiques vecteurs du paludisme piquent et transmettent ainsi l’infection entre le crépuscule et l’aube, quand les groupes les plus vulnérables – notamment, les enfants de moins de cinq ans – sont couchés. Par conséquent, les moustiquaires imprégnées d’insecticide constituent la défense la plus efficace, pour un coût très modeste.
Depuis 2002, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge, en partenariat avec d’autres organismes, ont distribué plus de 12 millions de moustiquaires en Afrique subsaharienne et en Asie. Ces protections ont sauvé quelque 280 000 vies. Au Rwanda, par exemple, l’introduction de traitements performants et les distributions massives de moustiquaires ont réduit la morbidité et la mortalité associée au paludisme de deux tiers en deux ans seulement.
Djeneba Sou est l’un de ces volontaires. En décembre dernier, il figurait parmi les 2500 volontaires de la Croix-Rouge du Mali spécialement formés en vue d’une distribution de moustiquaires. Le rôle des volontaires est très simple, mais crucial. Dans un premier temps, ils doivent convaincre les bénéficiaires de l’efficacité de ces protections qui leur sont fournies gratuitement. Après la distribution, ils visitent les familles à domicile afin de leur montrer comment utiliser la moustiquaire, puis répètent ce travail au début de chaque saison des pluies, époque où l’incidence du paludisme atteint son pic.
En l’espace d’une semaine seulement, Djeneba et ses camarades volontaires ont ainsi touché plus de 2,8 millions d’enfants maliens.
Or, une étude effectuée récemment en Sierra Leone à l’issue d’une distribution de moustiquaires à l’échelle nationale a révélé une augmentation du taux d’utilisation de vingt-trois pour cent après une seule visite de volontaire communautaire. Cela prouve que les interventions, très simples, des volontaires implantés au sein même des communautés locales ont un impact considérable.
Aujourd’hui, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge appellent la communauté internationale à accroître son soutien à de telles campagnes. Le coût d’une moustiquaire n’est que de 7 dollars américains environ, distribution et visites de suivi inclues.
Toutefois, si nous ne dégageons pas les ressources nécessaires, le prix à payer en termes économiques et humains continuera d'être énorme. Dans les pays où le paludisme est endémique, cette maladie représente près de quarante pour cent des dépenses de santé publique.
Nous savons comment lutter contre le paludisme. Nous pouvons vaincre cette terrible maladie. Nous sommes en mesure de sauver des milliers de jeunes vies humaines chaque année et de libérer les économies nationales du fardeau du paludisme pour consacrer leurs ressources à la multitude des autres défis qui continuent d’entraver le développement en Afrique. L’enjeu est limpide: demain, 3000 enfants dans le monde vont mourir du paludisme, alors qu'il pourrait en être autrement.
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Juan Manuel Suàrez del Toro, président de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
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