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Vingt-et-une nuits dans le delta sous des trombes d’eau : quelle solution pour les sans-abri du Myanmar?
23 mai 2008
Markku Niskala, secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Nuit après nuit, la situation précaire de centaines de milliers de rescapés du cyclone devient plus désespérée et, chaque jour, le débat sur la question de l’accès se fait plus orageux. Le défi consiste à éviter que, dans le feu des discussions, les sans-abri du Myanmar ne se retrouvent abandonnés à leur sort. Il faut impérativement élaborer des solutions adaptées au contexte. Nous devons prendre du recul vis-à-vis des approches traditionnelles et éprouvées et trouver les moyens d’obtenir l’accès dont nous avons besoin – dont les sinistrés du Myanmar ont besoin.  

A ce jour, plus de un million et demi de rescapés du cyclone sont toujours privés de toit, beaucoup d’entre eux ont faim, sont affaiblis, malades ou épuisés. La pluie qui tombe sans discontinuer apporte au moins un bienfait: les gens peuvent recueillir de l’eau potable. Mais, d’un autre côté, elle exacerbe la crise en multipliant les risques de maladies.

Parmi les 2,4 millions de personnes affectées au total, selon les estimations des Nations unies, les sans-abri sont particulièrement éprouvés par les trois semaines écoulées depuis que le cyclone Nargis a balayé le Golfe du Bengale et ravagé le delta de l’Irrawaddy en poursuivant sa course vers le nord-est. Les nuits sont spécialement dures et chacune plus que la précédente, d’où la nécessité de plus en plus pressante d’une assistance.

Jour après jour, à mesure que la situation se dégrade, les frustrations s’accentuent et le débat s’enflamme parmi les gouvernements et les organismes de secours du monde entier.

Le danger, toutefois, est que ces frustrations et ce débat ne finissent par prendre le pas sur la réalité qui les inspirent, qu’ils ne deviennent une fin en soi plutôt qu’un moyen. C’est quelque chose que nous ne pouvons pas permettre. Nous n’avons pas le droit de marquer le pas.

Aujourd’hui, comme tout au long des vingt jours passés, des milliers de volontaires de la Croix-Rouge du Myanmar seront à pied d’oeuvre dans les zones les plus durement touchées du delta, faisant tout leur possible avec leurs maigres ressources pour aider des communautés dévastées. Ces volontaires, qui bénéficient d’une liberté de mouvement refusée aux organisations internationales et à leurs personnels, continuent de distribuer nos secours vitaux, d’assurer des services de premiers secours, d’effectuer des évaluations qui orienteront notre action.

“Il y a de nombreuses communautés du secteur de Bogale auxquelles nous n’avons pas encore pu accéder”, rapportait un volontaire de la Croix-Rouge à son retour à Yangon en début de semaine. “J’ai pu atteindre une vingtaine de villages par bateau. Dans l’un d’eux, on recensait plus de 15 000 habitants avant la catastrophe. Il n’en reste plus que 2600 environ.”

L’aide continue d’arriver dans le pays et, cette semaine, celle de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge – notamment, des matériaux pour abris d’urgence – va augmenter de façon substantielle. Plus de 30 avions se sont déjà posés à Yangon, apportant plus de 540 tonnes de produits de première nécessité. Quelque 200 tonnes supplémentaires ont été approuvées pour cette semaine et d’autres vols sont confirmés de jour en jour.

Toutefois, nous restons engagés dans une véritable course contre la montre et les défis logistiques sont exacerbés par la pluie. L’acheminement des secours disponibles vers les zones ravagées par le cyclone demeure très lent et les quantités sont insuffisantes. L’effort devrait augmenter dans des proportions massives.

A cet effet, flexibilité, innovation – et diplomatie – sont indispensables. La Croix-Rouge envisage de mettre en place un système de roulement dans le cadre duquel les volontaires distribueraient des matériaux pour abris dans un secteur, puis évalueraient les besoins dans un autre avant de retourner à Yangon. Ils repartiraient alors avec de l’aide sur les lieux de leur évaluation, et ainsi de suite.

Nous examinons également la possibilité d’intégrer la fourniture de matériaux et d’autres secours. Ainsi, les distributions dans les petits hameaux qui parsèment le delta pourraient combiner des produits de base tels que couvertures, matelas et ustensiles de cuisine avec les kits pour aménager des abris. Dans cette perspective, nous avons entrepris de constituer des équipes qui opéreront à partir de centres de liaison disséminés à travers le delta. Le rôle de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge consistera à soutenir ces équipes, à les former, à leur procurer des ressources et des conseils.

Mais, encore une fois, le temps presse. Vingt-et-une nuits se sont déjà écoulées depuis la catastrophe, vingt-et-une nuit de pluie incessante pour des sinistrés privés de toit, d’eau potable, de nourriture et de services de premiers secours essentiels. Nous devons de toute urgence trouver les moyens d’aller de l’avant.

“Il y a de nombreuses communautés auxquelles nous n’avons pas encore pu accéder”, rapportait le volontaire de la Croix-Rouge à son retour à Yangon.
Markku Niskala, secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Markku Niskala, secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
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