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Rapport sur les catastrophes dans le monde : vivre et mourir dans l’ombre

Publié: 14 décembre 2006

En 2005, le monde a répondu plus généreusement que jamais aux besoins des populations touchées par des crises humanitaires. Au total, l’aide d’urgence a dépassé les 17 milliards de dollars américains, un montant sans équivalent à ce jour.

Pourtant, des millions de sinistrés ont manqué d’une assistance vitale, parce que l’essentiel des fonds mobilisés a été affecté à des catastrophes hautement médiatisées, au détriment d’une multitude d’autres crises négligées. Tel est le constat dressé par la nouvelle édition du Rapport sur les catastrophes dans le monde, lancée aujourd’hui (14 décembre) par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Le Rapport révèle que les gouvernements ont versé en 2005 plus de 12 milliards de dollars d’aide humanitaire bilatérale, le montant le plus élevé depuis les premières statistiques de 1970. En outre, le public a donné plus de 5,5 milliards de dollars au bénéfice des rescapés du tsunami de l’océan Indien, soit plus que les ONG du monde entier n’avaient jamais collecté en un an. Au total, l’aide aux victimes du tsunami s’est chiffrée à plus de 14 milliards de dollars, contributions privées et publiques confondues.

Cependant, la répartition de l’assistance demeure très inégale. Le tsunami a été la catastrophe la mieux financée, avec un minimum de 1241 dollars d’aide humanitaire par bénéficiaire, soit 50 fois plus que les catastrophes les moins bien financées. Les appels d’urgence pour le Tchad, la Guyane, la Côte d’Ivoire, le Malawi et le Niger, par exemple, ont recueilli en moyenne moins de 27 dollars par bénéficiaire.

Pour le président de la Fédération internationale, de telles disparités sont inacceptables. “La généreuse réponse enregistrée en 2005 montre bien que les individus comme les gouvernements ont à coeur d’aider les communautés en crise. Maintenant, il nous faut faire en sorte que l’aide soit distribuée sur la base des seuls besoins, sans être biaisée par des considérations politiques, de sécurité ou médiatiques”, déclare Juan Manuel Suárez del Toro.

La couverture médiatique est elle aussi déséquilibrée. Pourquoi l’ouragan Katrina, qui a fait quelque 1300 morts, a-t-il généré 40 fois plus d’articles de presse que Stan, qui a fait près de 1600 morts au Guatemala peu de temps après?

Le Rapport sur les catastrophes dans le monde analyse les causes et effets de ces disparités. Quelles sont ces crises de l’ombre dont les victimes sont négligées par les médias, les organismes d’assistance, les donateurs et même par leurs propres gouvernements? Pourquoi certaines catastrophes mobilisent-elles l’attention des journalistes, l’argent des donateurs, les pages des bases de données internationales, alors que d’autres restent ignorées? Quel est l’impact humain de cette négligence et que peut-on faire pour y remédier?

Markku Niskala, secrétaire général de la Fédération internationale, appelle à une meilleure compréhension des causes sous-jacentes des catastrophes. “Pour une multitude de gens, la vie quotidienne contient les germes des crises à venir. En négligeant leur vulnérabilité, on permet que le risque présent aujourd’hui aboutisse à la catastrophe de demain.”

Pour illustrer le thème des crises négligées et mettre en lumière le sort de leurs victimes, les auteurs du Rapport se penchent sur l’insécurité alimentaire en Afrique, la mortalité maternelle en Asie du Sud, la spirale infernale des catastrophes à répétition dans les Amériques, les migrations clandestines vers l’Europe et les inégalités de traitement entre hommes et femmes. Ils montrent comment les bonnes réponses peuvent aider à empêcher que des crises chroniques ne dégénèrent en urgences humanitaires.

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La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge constitue, avec ses 190 Sociétés nationales membres, le plus vaste réseau humanitaire du monde. En tant que membres du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous sommes guidés dans notre travail par sept Principes fondamentaux: humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité.