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Tout projet de réduction des risques ou de relèvement est voué à l’échec s’il ne tient pas compte de la perception locale du risque, affirme un rapport de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

Publié: 16 octobre 2014

Cette année, le Rapport sur les catastrophes dans le monde aborde des questions complexes et délicates: pourquoi la culture n’est-elle pas systématiquement prise en compte dans les efforts de réduction des risques, et comment les catastrophes et les risques influent sur la culture.

Les projets de réduction des risques et de relèvement sont moins efficaces s’ils ne tiennent pas compte de la manière dont la culture influe sur la perception du risque, note le Rapport sur les catastrophes dans le monde 2014, publié aujourd’hui par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

Les auteurs s’interrogent sur ce qu’il convient de faire, par exemple, quand des sinistrés imputent des inondations (crue de la rivière Kosi, Inde, 2008) ou des éruptions volcaniques (Mont Merapi, Indonésie) à la colère des dieux. Au lendemain du tsunami de 2004, de nombreux habitants d’Aceh, en Indonésie, étaient convaincus qu’il s’agissait d’un châtiment divin pour avoir laissé se développer le tourisme ou le forage pétrolier; à l’autre bout du monde, suite au passage de l’ouragan Katrina, certains ont fait une lecture similaire de la catastrophe, l’interprétant comme une punition pour les péchés commis par des habitants ou des visiteurs de la Nouvelle-Orléans.

Aujourd’hui, dans un autre contexte encore, tous les efforts déployés pour enrayer l’épidémie d’Ebola seront vains si nous ne faisons pas la part des préjugés et des croyances locales en menant des campagnes efficaces de mobilisation sociale et d’incitation à changer de comportements.

Considérant que le changement climatique entraînera une augmentation du nombre de personnes vulnérables ainsi que de la fréquence et/ou de la gravité des événements météorologiques extrêmes, le Rapport sur les catastrophes dans le monde 2014 plaide pour une nouvelle approche tenant compte de la façon dont les gens et les institutions pensent, se comportent et agissent en relation avec le risque.

«Une chose est sûre, c’est que l’impact de nos efforts ne sera guère durable si nous ne prenons pas sérieusement en considération le rapport entre, d’une part, la culture, les croyances et les coutumes et d’autre part, la perception du risque, et si nous ne nous appuyons pas sur les connaissances et capacités locales. Confrontés au changement climatique qui va lourdement frapper les moyens de subsistance et accroître la vulnérabilité, ainsi que la fréquence et la gravité des catastrophes, il nous faut de toute urgence régler cette question», commente Elhadj As Sy, secrétaire général de la FICR.

 

Les priorités des gens leur imposent souvent de s’installer dans des environnements à haut risque, parce que c’est là que s’offrent à eux des possibilités de revenus. Des centaines de millions d’individus vivent dans des endroits dangereux comme les flancs des volcans, les zones de failles sismiques ou les côtes exposées aux ouragans et aux tsunamis, parce qu’ils présentent de précieuses opportunités à cet égard. Les terres alluviales et volcaniques sont très fertiles, les bandes côtières propices à la pêche et à l’agriculture, et les zones de failles sismiques des régions arides sont souvent privilégiées du point de vue de l’approvisionnement en eau.

 

Les stratégies de réduction des risques doivent prendre en considération les raisons qui poussent les gens à s’exposer à des dangers et la façon dont des comportements et attitudes liés à la culture influent sur la perception et la gestion du risque. Elles devraient mettre l’accent sur la consolidation et la sécurisation des moyens de subsistance existants et, le cas échéant, sur leur remplacement. De même, les interventions de santé publique doivent impérativement tenir compte des croyances et pratiques locales. La perception des risques sanitaires est le produit combiné des coutumes, des traditions et des normes sociales. Il est absolument crucial pour le succès de toute intervention que la perception locale des risques sanitaires soit bien comprise et intégrée dans les initiatives de santé publique.

 

Ce rapport paraît à un moment critique, le Cadre d’action de Hyogo ‘Pour des nations et des collectivités résilientes face aux catastrophes’ arrivant à échéance en 2015.

«Le Cadre d’action de Hyogo a initié une approche mondiale visant à intégrer le développement de la résilience communautaire dans la gestion des risques de catastrophes» note M. Sy. «Aujourd’hui, la prise en compte de la culture et des connaissances locales est plus cruciale que jamais, les risques comme la vulnérabilité étant amplifiés par le changement climatique. Les conséquences sociales, physiques et économiques de cette évolution précipitent notre monde dans une nouvelle ère de danger. Pour élaborer les réponses les plus efficaces à ces changements, il est indispensable de prendre en considération les causes sous-jacentes du risque. Cela ne peut être fait sans tenir compte du rôle central joué par la culture. Dans le cadre des discussions qui dessineront l’après-Hyogo, nous devrons insister sur la nécessité d’investir dans des approches de la réduction des risques plus sensibles aux facteurs culturels et davantage focalisées sur l’élément humain.»

 

Les catastrophes en 2013

Le Rapport propose ses traditionnelles données annuelles sur les catastrophes.

En 2013, près de 100 millions de personnes ont été affectées, dont 87% en Asie.

Les inondations restent le type de catastrophe naturelle le plus fréquent, devant les tempêtes. En 2013, les inondations ont compté pour 44% des décès dus à des catastrophes naturelles et les tempêtes pour 41%. Les plus violentes ont été le typhon Haiyan aux Philippines, avec 16 millions de personnes affectées, et le cyclone Phailin en Inde, avec 13 millions.

Le nombre de personnes affectées par des catastrophes technologiques a été inférieur de 26% à la moyenne de la décennie (6711 morts en 2013 contre 7594 de moyenne pour la décennie). L’événement le plus meurtrier a été l’effondrement d’une fabrique de vêtements au Bangladesh, avec 1127 morts.

Les catastrophes naturelles ont causé en 2013 des dommages estimés à US$ 118,6 milliards, ce qui correspond au quatrième rang par ordre croissant pour la décennie. Ce chiffre inclut des inondations en Allemagne avec des pertes estimées à près de US$ 13 milliards et le typhon Haiyan qui aurait coûté US$ 10 milliards.

 

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