IFRC


Rapport oral du secrétaire général à l’Assemblée générale

Publié: 12 novembre 2013

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de direction, Mesdames et Messieurs les délégués à l'Assemblée générale, chers membres du personnel et chers volontaires,

C'est un grand plaisir et un honneur pour moi d'être ici avec vous et de vous présenter mon rapport oral final.

Vous avez reçu mon rapport écrit, qui décrit les progrès réalisés dans la mise en œuvre des programmes, le renforcement des capacités, la diplomatie humanitaire et les services d’appui.

Nous vous avons également communiqué d'autres rapports importants, dont le document de travail sur le Cadre relatif au développement des Sociétés nationales et les études de consultants sur la décentralisation et les abris, rapports pour lesquels nous aimerions connaître votre avis et vos commentaires. L’équipe dirigeante est prête à répondre à vos questions et à mettre en œuvre vos souhaits et décisions lors d’une prochaine étape.

Sur la base des informations contenues dans les rapports communiqués, je souhaite maintenant saisir l'occasion qui m'est offerte pour m'exprimer sur ce que nous avons réalisé ensemble, sur les défis que notre Fédération doit relever aujourd'hui et demain, et vous faire part de mes réflexions après cinq ans et demi au poste de secrétaire général.

Aujourd'hui, je vais vous parler du chemin parcouru ensemble et dans lequel je distingue trois parties importantes.

Premièrement, ce que j'appelle les activités de la Fédération. Il s'agit des domaines bien connus ou qui pourraient apparaître dans nos activités, à savoir nos services aux personnes vulnérables, notre action collective visant à renforcer les capacités de toutes les Sociétés nationales, notre rôle en termes de leadership éclairé et de sensibilisation, et tout ce qui concerne la gestion du changement interne. Toutes ces activités sont menées pour que l'organisation soit réceptive à l’environnement en mutation dans lequel nous travaillons.

Deuxièmement, le positionnement mondial de l'organisation par rapport à nos partenariats et à la coordination avec les pouvoirs publics et les acteurs externes, ainsi qu'au sein du Mouvement et de notre propre structure de gouvernance. Il s'agit de la nature de la concurrence qui s’exerce au sein de notre Mouvement et de la manière dont nous devons nous repositionner pour assurer une meilleure collaboration, donner une plus grande portée à notre action et avoir un plus grand impact.

Troisièmement, comprendre les tendances mondiales et réagir face aux schémas d’évolution de la vulnérabilité et des besoins. Quels sont les scénarios possibles pour l'avenir de notre organisation et les leçons à tirer de mes expériences dont je peux vous faire part en tant que secrétaire général.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de commencer par une histoire que vous aurez, comme je l'espère, plaisir à entendre.

Il y a quatre ans, l'Assemblée générale approuvait la Stratégie 2020. Cette Stratégie comprenait un volet Renforcement des capacités pour le développement des Sociétés nationales. Un des outils mis à disposition était la Base de données et le système de compte rendu à l'échelle de la Fédération, qui a incité les Sociétés nationales à fournir des données au regard de sept indicateurs.

Ces quatre dernières années, le nombre de Sociétés nationales participantes a augmenté, et, aujourd'hui, 178 parmi vous ont contribué à alimenter cette base de données. Les Sociétés nationales ont présenté 138 plans stratégiques, 132 états financiers – 69 ont fait l’objet d’une vérification externe – et 130 rapports annuels.

Je tiens à vous remercier tous, parce qu'aujourd'hui, pour la première fois de notre histoire, nous avons une idée précise de nos réalisations dans le monde entier. Permettez-moi de les remettre pour vous dans leur contexte.

Sur l’ensemble du réseau mondial de la Fédération internationale, notre effectif comprend plus de 415 000 personnes rémunérées et nos Sociétés nationales comptent plus de 160 000 sections et unités locales.

En 2010, nous avons établi que la Fédération internationale, organisation fondée sur le volontariat, comptait 13,1 millions de volontaires. Aujourd'hui, nous savons qu'il y a en fait près de 15,5 millions de volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui sauvent des vies et transforment les conditions de vie.

À combien de personnes ces courageux et dévoués volontaires viennent-ils en aide chaque année ? Prenons l’année 2012.

  • Plus de 77 millions de personnes ont été secourues à la suite d'une catastrophe et ont bénéficié d'un programme de relèvement précoce dans le monde.
  • Plus de 77,2 millions de personnes au total ont bénéficié d'un programme de développement à long terme dans le monde.
  • Ce qui fait plus de 154 millions de personnes aidées pour la seule année 2012, dont la moitié l’a été par nos activités de développement, une preuve statistique que nous sommes une organisation de développement importante.
  • De plus, les données que vous nous avez fournies, vous les Sociétés nationales, montrent que plus de 115,4 millions de personnes ont accès aux programmes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge relatifs à la préparation aux catastrophes et à la réduction des risques de catastrophe. Par ailleurs, 33,9 millions de personnes ont donné leur sang au service de transfusion sanguine des Sociétés nationales partout dans le monde.

Pour la seule année 2012, les recettes totales du réseau mondial s'élèvent à plus de 31,4 milliards de francs suisses, et les dépenses totales représentent à peine plus de 31,1 milliards de francs suisses. Pour moi, il s'agit là de services remarquables offerts par les Sociétés nationales à la population de leur pays.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

Ces chiffres sont une preuve concrète de la portée et de l'importance du réseau de la Fédération internationale dans le monde en mutation d'aujourd'hui. Forts de cette évidence, nous pouvons – à titre individuel et collectivement – ouvrir de nouvelles portes d'influence et débloquer de nouvelles sources de financements pour élever le niveau de nos programmes et de nos activités, niveau qui reflètera mieux notre expérience, notre envergure et le potentiel énorme de nos activités.

Au cours des cinq dernières années et demie, nous avons mené des interventions efficaces dans des situations de catastrophe et de crise. Nous avons fait entendre la voix des victimes de catastrophes mondiales silencieuses et oubliées et joué un rôle moteur dans la réponse apportée aux besoins immédiats des personnes touchées par les grandes catastrophes de notre époque. Dans tous les contextes et par notre exemple, nous nous sommes illustrés en tant que champion d’une action humanitaire fondée sur des principes.

Nous sommes le fer de lance dans le secteur humanitaire par l’utilisation innovante de l'argent liquide dans les situations d'urgence et nous le sommes aussi dans la communication avec les bénéficiaires, domaines dans lesquels nous fixons de nouvelles normes en donnant aux personnes touchées par une catastrophe l'accès à l'information et la possibilité de choisir la manière dont elles utilisent les fonds et les articles de secours que nous pouvons mobiliser en leur nom.

Malgré tout ce que nous réalisons, nous avons encore beaucoup à faire pour combler les lacunes constatées dans les interventions en cas de catastrophe au niveau mondial et exploiter le potentiel de nos interventions en réseau. Nous sommes de plus en plus limités par un manque de financement, la distribution inéquitable des fonds disponibles et les problèmes de l'accès humanitaire.

Il existe entre les donateurs et les récipiendaires une relation de pouvoir inégale qui se reflète trop souvent dans nos propres relations entre les Sociétés nationales qui fournissent une aide et celles qui la reçoivent, et entre les Sociétés nationales et leur Secrétariat.

L'augmentation des interventions bilatérales dans les situations d'urgence au sein de notre Fédération accroît la pression en termes de coordination sur les Sociétés nationales des pays touchés par une catastrophe et porte atteinte au mandat de la Fédération internationale qui consiste à intervenir de manière multilatérale. De nombreuses Sociétés nationales se sentent impuissantes ou hésitent à refuser des offres bilatérales de soutien, malgré leur évidente inefficacité.

Collectivement, nous nous efforçons de remédier à ces déséquilibres en fixant des principes et des règles plus stricts pour régir l'assistance humanitaire au sein de notre Fédération internationale et, dans les années à venir, négocier des accords plus solides de coordination et de coopération au sein de notre Mouvement.

Si nous devons faire plus pour mieux faire respecter nos principes et nos règles, nous manquons en revanche d'un système solide qui imposerait une responsabilité et une redevabilité collectives dans les prises de décisions relatives aux interventions en cas de catastrophe.

L'opération Tremblement de terre en Haïti est un bon exemple de ce qu'a été notre démarche pour mettre en place, avec un certain succès quantifiable, un forum bien coordonné et intégré pour les prises de décisions, forum auquel participaient les secrétaires généraux des Sociétés nationales concernées et un organisme de surveillance du Conseil de direction – un groupe de coordination de haut niveau. Toutefois, il nous faut créer un mécanisme solide avec une répartition claire des rôles à tous les niveaux, si nous voulons assurer une plus grande redevabilité dans les prises de décisions concernant une intervention à grande échelle.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

Un autre aspect vital de notre action consiste en des programmes de longue durée dans divers domaines : réduction des risques de catastrophe et résilience, sécurité alimentaire, protection de l'environnement, approvisionnement en eau et assainissement, médecine préventive s'agissant des maladies transmissibles et non transmissibles, notamment le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose, et promotion de la non-violence et d’une vie paisible, ce qui, d’une manière générale, signifie changer la façon de vivre, les attitudes et les mentalités.

Les Sociétés nationales travaillent dur pour améliorer les conditions de vie de millions de personnes vulnérables chaque année. Nous avons au cours de nos mandats accumulé une expérience considérable et nous sommes – même si parfois cela n'est pas reconnu – d'importants contributeurs au développement.

Nous y sommes parvenus en utilisant des ressources humanitaires devenues totalement inadéquates par comparaison avec notre potentiel à l'échelle mondiale, compte tenu de l'expérience que nous avons acquise et des capacités des volontaires et des communautés que nous avons renforcées au fil des années.

Une fois encore, dans le domaine du financement pour le développement et des programmes de longue durée, certaines Sociétés nationales donatrices prennent des engagements de type essentiellement bilatéral sans faire l’effort suffisant d’associer pleinement les Sociétés nationales hôtes au processus de prise de décisions. Cela nuit à la durabilité de toute collaboration et peut mettre les Sociétés nationales hôtes en difficulté lors de la phase de réduction des effectifs, une fois le projet terminé.

Dans les programmes de longue durée ou de développement, nous manquerions une bonne occasion d'augmenter la part de marché du réseau mondial pour combattre la vulnérabilité dans le cadre de notre mandat si nous n’unissions pas nos efforts afin de tirer parti de la position internationale de la Fédération en vue de conclure des partenariats avec les gouvernements, les entreprises et les fondations, et ce, aux différents niveaux, national et mondial.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

Le renforcement des capacités institutionnelles et communautaires est l’axe principal des activités de la Fédération internationale depuis trois décennies environ, et de grands progrès ont été accomplis à cet égard. Presque toutes les Sociétés nationales ont un statut juridique dans leurs pays respectifs, elles peuvent compter sur les capacités importantes de leurs volontaires, et ce, du niveau de la gouvernance à celui de la fourniture des services, et elles disposent de solides systèmes de fourniture de services et de redevabilité.

Il faut donc reconnaître que des capacités accrues entraînent une plus grande assurance, et nos Sociétés nationales qui progressent souhaitent à juste titre bénéficier sur un pied d'égalité d'une assistance pour leurs futurs partenariats ; je veux dire par là qu’elles veulent décider elles-mêmes du moment et de la manière de se développer.

Conscients de cette réalité, le Secrétariat et les Sociétés nationales donatrices doivent, quand ils prennent des décisions, davantage tenir compte sans exclusive  des avis formulés par les Sociétés nationales récipiendaires sur la manière dont les ressources sont utilisées, en particulier à la fin d'une opération de grande ampleur.

Plus important encore, en tant que membres d'un réseau mondial qui appartient à la même Fédération et au même Mouvement, toutes les Sociétés nationales devraient montrer qu'elles respectent les mêmes normes et règles. Les disparités actuelles doivent être éliminées et remplacées par une véritable coopération dans un esprit de respect mutuel, ce qui permettrait aux unes et aux autres de bénéficier de la sagesse, des connaissances, des compétences et des expériences de chacune.

J'estime que l'application universelle des systèmes du volet Renforcement des capacités prévus par la Stratégie 2020, à savoir le processus ECCO, l’apprentissage et l’accréditation, la Base de données et le système de compte rendu à l'échelle de la Fédération et le cadre de redevabilité, peuvent contribuer à générer une confiance mutuelle accrue.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

À la dernière Assemblée générale, j'avais promis de faire réaliser une étude indépendante sur la décentralisation du Secrétariat et d'en présenter les conclusions à l'Assemblée suivante. Cette étude est terminée et le rapport vous a été communiqué en toute transparence pour que vous en disposiez tous à cette réunion. Les conclusions peuvent être résumées comme suit : le modèle de décentralisation fonctionne mais nécessite quelques ajustements des structures, pour qu'elles soient plus pertinentes, influentes et rentables.

La principale préoccupation du Secrétariat reste le rôle qu’il peut jouer en tant qu'agent du changement. Nous aidons les Sociétés nationales à se développer et à mener à bien leur propre évolution. Cette aide doit être fournie là-même où l’évolution doit avoir lieu, de sorte que la décentralisation puisse se faire moyennant les ajustements nécessaires et appropriés.

Je voudrais maintenant vous parler de notre positionnement au niveau mondial.

La gouvernance mondiale de la Fédération internationale est établie par les Statuts de l'organisation. L’organisation est composée de membres, chacun étant souverain, et les décisions du Conseil de direction sont mises en œuvre grâce à la bonne volonté et à l'engagement des membres.

Les attentes, les motivations et la culture de la prise de décisions des membres du Conseil de direction peuvent varier, ce qui peut nuire à l'uniformité des décisions et des mesures prises. Les exigences en matière de représentation géographique restent importantes pour notre famille mondiale. Ce système unique de représentation et de participation a fonctionné pendant près d'un siècle, préservant l'unité du réseau avec des objectifs communs et différent de la gouvernance d’entreprise et même de celle des Nations Unies.

Il est capital de noter que les changements auxquels le monde est confronté peuvent imposer un niveau d’attente trop élevé au Conseil de direction. La nature de la vulnérabilité et la façon d'y remédier évoluent elles aussi rapidement. Nous devons comprendre les tendances d'un point de vue conceptuel et traiter les grands problèmes mondiaux au fur et à mesure où ils se présentent afin de positionner le réseau de la Fédération internationale à un niveau suffisamment élevé à l'avenir.

La gouvernance de nos Sociétés nationales membres nécessite parfois un soutien plus rapproché de la part des cadres de la Fédération internationale pour pouvoir relever les grands défis mondiaux qui peuvent influer sur les vulnérabilités dans leurs pays respectifs.

S’agissant d’influencer les leaders d'opinion, les responsables gouvernementaux et les chefs d’entreprise du monde entier, les compétences professionnelles et l'expérience considérable des membres de notre Conseil de direction pèseraient de tout leur poids. En résumé, la qualité de la gouvernance importe beaucoup pour les succès futurs du réseau. C'est en ayant cela à l'esprit que le Conseil de direction entrant devrait examiner les conclusions de l'étude récente sur la gouvernance et adopter les changements pertinents.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

Je dois aussi souligner l'importance permanente du rôle d'auxiliaire des Sociétés nationales et attirer l'attention sur la manière dont celle-ci peuvent s'en prévaloir pour devenir les partenaires privilégiés des pouvoirs publics dans leur propre pays. Les partenariats impliquent des obligations pour les gouvernements – liberté de circulation et d'accès, liberté de choisir ce qu'il faut faire et qui il faut aider, attribution de ressources suffisantes et autorisation accordée à la Société nationale pour qu’elle participe aux prises de décisions touchant aux activités humanitaires et de développement.

Nous devons collectivement utiliser notre diplomatie humanitaire de manière plus efficace pour retisser des liens avec les gouvernements, surtout lorsqu’il s’agit d’accéder à une partie de l’apport des ressources. À cette fin, des responsables des organes de gouvernance et de la direction de la Fédération internationale ont rendu de nombreuses visites aux Sociétés nationales et saisi l’occasion pour discuter avec elles de l'amélioration des relations avec leur gouvernement. Un gros travail de sensibilisation a eu lieu et, dans certains pays, les relations se sont améliorées. Mais il reste encore beaucoup à faire.

Des efforts considérables sont déployés pour établir des relations avec des gouvernements, des organisations multilatérales, des entreprises et des établissements d'enseignement aux niveaux national et international, en étroite collaboration avec les Sociétés nationales respectives. À ce jour, le Secrétariat a signé plusieurs accords de partenariat, et d'autres sont en cours de négociation.

Aujourd'hui, les progrès réalisés dans les technologies de l'information et de la communication ont un impact positif sur le secteur humanitaire. La Fédération internationale est à l’avant-garde de nombreuses initiatives révolutionnaires visant à « réduire la fracture numérique », en fournissant un accès vital à l’information et en améliorant la vitesse et l’efficacité de nos capacités logistiques et d'évaluation. Pour bénéficier de ces avancées technologiques, nous devons conclure des partenariats avec des chefs d'entreprise et développer des applications technologiques innovantes qui soient à la fois éthiques et efficaces, pour à la fois protéger et secourir les personnes vulnérables et soutenir le travail de nos Sociétés nationales et de leurs volontaires.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

Cela m’amène à vous parler des relations au sein du Mouvement.

Comme je l'ai déjà mentionné en évoquant les relations avec les gouvernements, les Sociétés nationales ont atteint leur pleine maturité. Elles connaissent les personnes avec lesquelles elles travaillent, leur culture, leurs motivations et leurs aspirations, et elles s'adressent de plus en plus au Secrétariat et aux Sociétés nationales sœurs pour obtenir d’eux un soutien et les moyens nécessaires pour remplir leur mandat dans leurs pays respectifs.

Malgré les changements qui se produisent dans le monde autour de nous, notre coordination en tant que Fédération internationale ou en tant que Mouvement reste largement classique dans son approche. Nos Principes et règles de secours Croix-Rouge et Croissant-Rouge lors de catastrophes, approuvés pour la dernière fois en 1995, sont largement dépassés. Au cours de cette Assemblée générale, vous envisagerez d'adopter les Principes et règles révisés, qui ont pour but d'optimiser la mobilisation et la coordination des ressources et des compétences à l'échelle de la Fédération.

Un des principaux changements apportés au document révisé est qu'il a été rédigé pour tenir compte du point de vue des Sociétés nationales, par rapport au rôle que joue chacune dans son propre pays et au renforcement de ses partenariats.

Le dialogue qui s'est engagé pendant deux ans sur la révision des Principes et règles a enclenché un processus, connexe mais à plus grande échelle, de renforcement de la coordination et de la coopération au sein du Mouvement, processus qui sera lancé pendant la réunion du Conseil des Délégués la semaine prochaine. Ce nouveau processus est fondé sur l’engagement qui a été pris de procéder à une étude exhaustive de la manière dont nous travaillons ensemble pour concevoir un nouveau cadre relatif à la coordination au sein du Mouvement qui réponde aux besoins évolutifs sur le terrain.

Bien que les gouvernements aient depuis longtemps reconnu les rôles spécifiques des différentes composantes du Mouvement, nous constatons de plus en plus souvent que les Sociétés nationales assument un rôle directeur dans leurs pays respectifs, et ce, dans tous les domaines qui relèvent des mandats de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les gouvernements et les partis d'opposition nationaux étant parfaitement au courant, acceptant cet état de fait et exprimant des attentes à cet égard ; pour ce faire, elles concluent des partenariats à l'intérieur et à l'extérieur du Mouvement pour répondre aux besoins des personnes vulnérables et de ce fait rendent flous les mandats traditionnels des deux organisations internationales.

Par conséquent, il est peut-être important que nous, Comité international de la Croix-Rouge et Fédération internationale, fassions conjointement réaliser une étude indépendante pour savoir comment définir au mieux notre future structure pour soutenir l'élaboration du nouveau cadre de référence. Quelle que soit la forme que nous prendrons, le Mouvement a besoin d'apparaître comme une organisation plus cohérente.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

J’en viens maintenant à la troisième et dernière partie de mon rapport, à savoir celle relative aux tendances mondiales et aux possibles scénarios pour le futur.

Le monde change à bien des égards. La nature des conflits, des crises et des catastrophes est en train de changer. Les capacités requises pour y faire face prennent une ampleur nationale et internationale.

Les gouvernements affirment de plus en plus leur pouvoir et leur souveraineté, mais la confiance en cette gouvernance et cette autorité ne cesse de diminuer de manière significative. Les centres de pouvoir s’érodent à tous les niveaux, tandis que la confiance des individus et des communautés en leurs capacités a augmenté.

Bien que les pays en développement les plus avancés connaissent une croissance économique, les inégalités augmentent, elles aussi. Les crises financières et le ralentissement économique qui ont frappé les pays développés ont provoqué une incertitude croissante quant à l’apport de ressources pour le secteur humanitaire et du développement. La concurrence continue de croître.

Au vu de ces tendances mondiales, comment voyons-nous l’avenir de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ?

Les changements sont énormes et nous ne serons pas capables de nous adapter à la nouvelle situation en faisant des ajustements progressifs. Nous pourrions avoir besoin de réaliser une étude globale pour savoir dans quelle mesure il faut changer les choses et à quelle vitesse.

L’approche classique de la collecte de fonds ne suffira pas si nous voulons rester un acteur humanitaire de premier plan dans le monde d’aujourd’hui. Nous avons besoin de beaucoup d’argent et nous le méritons. Les ressources sont là et nous y avons accès – à condition que nous nous transformions.

Les ressources d’origine gouvernementale et institutionnelle existent et peuvent être utilisées, à condition que nous devenions des partenaires privilégiés. Les institutions des Nations Unies pourraient nous considérer comme tels, surtout si nos relations en tant qu’auxiliaires se développent et que les capacités des Sociétés nationales de fournir des services deviennent plus fiables.

Il conviendrait d’explorer les ressources liées à la responsabilité sociale des entreprises et d’y accéder par l’intermédiaire de partenariats mutuellement bénéfiques. Les transferts en fonction des besoins et la mobilisation des ressources auprès des communautés expatriées, notamment, pourraient être encouragés et développés par une utilisation plus efficace de la technologie, phénomène qui va s’amplifier dans les années à venir. Nous pouvons nous consacrer davantage au public en accordant la priorité à la jeune génération par un engagement ouvert et transparent reposant sur les médias sociaux.

Les éléments moteurs les plus importants pour réussir à obtenir ces fonds sont le leadership, de solides relations en tant qu’auxiliaires et un équilibre délicat entre la souveraineté des Sociétés nationales et le respect des principes, des valeurs et des règles

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs,

Pour conclure, je voudrais évoquer avec vous trois priorités pour le changement la Fédération.

C’est avec un certain succès que nous innovons, que nous nous adaptons et que nous évoluons dans le paysage changeant de l’action humanitaire et du développement. Mais nous le faisons dans une large mesure de manière individuelle et ponctuelle. Nous devons nous investir davantage dans le renforcement de notre coordination, de notre coopération et de notre collaboration collectives, et ne pas nous diviser dans un esprit de compétition.

Nous devons réformer nos systèmes de gestion et de gouvernance pour garantir un leadership professionnel et renforcer notre obligation de rendre des comptes et le respect des normes.

Nous devons redéfinir la valeur ajoutée du Secrétariat et créer pour lui un modèle de fonctionnement qui lui donne les ressources nécessaires pour s’acquitter des responsabilités qui lui sont confiées avec la qualité et la transparence requises.

Ce qui compte vraiment dans ce monde en pleine mutation est que la Fédération internationale soit en mesure de fournir les meilleurs services et le meilleur soutien possibles aux personnes qui ont besoin de nous. Dans de nombreux pays et bien des contextes, nous sommes les seuls à pouvoir les atteindre.

Votre leadership et l’appui que vous nous avez apporté pendant ces cinq années et demie nous ont aidés, tant dans les services que nous avons fournis que dans la manière dont nous les avons fournis en tant que Secrétariat, en tant que Fédération internationale. Pourtant, compte tenu de l’augmentation et de l’aggravation des catastrophes, des crises et des conflits, ainsi que de la nature évolutive des activités humanitaires et de développement dans le monde, notre action humanitaire fondée sur des principes est plus pertinente et plus importante que jamais.

Je vous remercie.

Carte


La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge constitue, avec ses 190 Sociétés nationales membres, le plus vaste réseau humanitaire du monde. En tant que membres du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous sommes guidés dans notre travail par sept Principes fondamentaux: humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité.