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Les défis de l’eau et la fracture urbaine

Publié: 22 mars 2011 10:56 CET
Stefan Seebacher, Chef du département de santé de la FICR. Photo : FICR

Stefan Seebacher, Chef du département de santé de la FICR

Les pénuries d’eau à travers le monde n’ont rien de nouveau, mais l’accès à l’eau et à des services d’assainissement améliorés est désormais un des plus gros défis des agglomérations urbaines, où se concentre la moitié de la population de la planète.

Les problèmes d’eau se manifestent de façons aussi variées que nombreuses: des villes connaissent de grosses difficultés d’approvisionnement à cause du changement climatique et de la croissance démographique; 4000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour de maladies véhiculées par l’eau, parce qu’ils consomment de l’eau non potable ou polluée, ou à cause des carences en matière d’assainissement et d’hygiène; le coût énergétique de l’approvisionnement en eau représente une charge de plus en plus lourde pour les services publics; l’entretien des réseaux de canalisations et autres équipements se chiffres annuellement en milliards de dollars; enfin, et surtout, l’eau pure est de plus en plus chère pour le consommateur.

Bien qu’on puisse considérer l’accès à l’eau pure et à l’assainissement comme un droit humain fondamental et non comme un privilège, nous devons néanmoins prendre acte de la triste réalité, à savoir que les habitants des bidonvilles et autres quartiers défavorisés des métropoles, de Manille à Mumbai et de Kinshasa à Nairobi, vivent dans des conditions épouvantables. Dépourvus d’eau et d’installations sanitaires, ils sont cruellement exposés à la maladie et à la mort.

Au cours des vingt dernières années, des efforts considérables ont été déployés afin d’améliorer l’approvisionnement en eau et les services d’assainissement pour les communautés les plus vulnérables de la planète, mais les résultats ont été gravement minés par l’urbanisation galopante et le changement climatique. Malgré cela, les villes continuent d’attirer en masse les pauvres qui espèrent y trouver de meilleures conditions d'existence.

Plus d’un tiers du milliard d’habitants du continent africain vit aujourd’hui dans les centres urbains, dont 70% dans les bidonvilles. Selon ONU-Habitat, le programme des Nations unies pour les établissements humains, l’augmentation de la population de certaines villes pourrait atteindre jusqu’à 85% dans les quinze ans à venir. Le Caire, ville la plus peuplée du monde en 2011, pourrait enregistrer une croissance de 23% pour atteindre 13,5 millions d’habitants. D’ici 2025, toutefois, elle aura été dépassée par Lagos et Kinshasa, qui compteront alors 15,8 et, respectivement, 15 millions d’habitants.

A New Delhi, en Inde, la demande en eau a augmenté dans une telle proportion que les autorités locales ne sont désormais plus en mesure de satisfaire les besoins de la population. L’infrastructure de la ville a été si mal entretenue que 40% de l’eau du réseau se perd en route.

Comment répondre à des défis aussi énormes?

Le problème doit être abordé selon trois grands axes: eau et assainissement, éducation et identification des vulnérabilités.

Premièrement, nous devons faire en sorte que des services adéquats d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de drainage soient assurés à un prix abordable et dûment entretenus. La collecte des déchets solides parmi les communautés à faibles revenus peut limiter de manière significative les risques d’inondations lors de pluies abondantes, tout en réduisant les risques de maladies infectieuses, notamment pour les enfants. Deuxièmement, des communautés plus salubres, mieux informées et vivant dans des logements plus sûrs sont mieux armées contre diverses formes d’agressions comme les épidémies, les inondations ou les tremblements de terre. Troisièmement, l’identification des vulnérabilités dans les environnements urbains permet d’aider les plus démunis qui vivent dans des logements de fortune à améliorer leur habitat à un rythme et pour un coût adaptés à leurs moyens et ressources.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) s’est engagée à contribuer à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement en procurant de l’eau pure et des services d’assainissement de base à au moins 7 millions de personnes d’ici à 2015, dans le cadre de son Initiative mondiale pour l’eau et l’assainissement planifiée sur dix ans.

A ce jour, toutefois, l’essentiel de nos efforts a bénéficié à des communautés rurales démunies. Il nous faut à présent redoubler d’efforts pour assister les habitants défavorisés des agglomérations urbaines.

Port-au-Prince en compte une multitude. Suite au tremblement de terre de janvier 2010, on estime que jusqu’à 1 million de personnes vivent toujours dans des campements de fortune dans la capitale et ses environs. L’importance cruciale de l’eau et de l’assainissement est apparue plus évidente que jamais avec l’épidémie de choléra, qui a fait à ce jour plus de 3000 morts.

La FICR appelle les décideurs, les gouvernements et les bailleurs de fonds à reconnaître l’assainissement comme une des priorités absolues de la reconstruction en Haïti et les exhorte à travailler avec les organisations multilatérales, la société civile et autres parties prenantes, à commencer par la population haïtienne, afin de promouvoir les services améliorés d’assainissement dont le peuple haïtien a besoin et qu’il est en droit d’attendre.

Dans la même optique, un effort concerté de la communauté internationale, du secteur privé, des autorités locales et des communautés elles-mêmes s’impose pour résoudre à travers des approches novatrices les pénuries et autres problèmes liés à l’eau à travers le monde.

Face à la perspective de l’accroissement soutenu des populations urbaines, le défi est assurément énorme.

La solution passe par une coopération politique et sociale étroite aux niveaux tant national qu’international, et la FICR est fermement déterminée à y contribuer.

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