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IFRC

Sida et droits de l’homme : un indicateur de l’humanité de nos sociétés

Publié: 9 juin 2011 11:00 CET
© Nell Freeman for the International HIV/AIDS Alliance

Matthias Schmale, secrétaire général adjoint, Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Alvaro Bermejo, directeur exécutif, Alliance internationale contre le VIH/sida

Si le degré d’humanité d’une société se mesure à la façon dont elle traite les membres les plus vulnérables et les plus marginalisés d’une communauté, le résultat du test est franchement négatif.

Jour après jour, violence, opprobre et discrimination écartent des services de prévention du VIH, de traitement et de soutien les personnes qui en ont le plus besoin. Les travailleurs du sexe, les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes et les toxicomanes sont en effet rejetés aux marges de nos sociétés, alors qu’ils sont particulièrement vulnérables à l’infection.

La communauté internationale s’apprête à se réunir pour passer en revue les progrès accomplis et convenir des suites à donner aux efforts mondiaux de lutte contre le sida. Le défi reste énorme. Aujourd’hui, quelque 33,3 millions de personnes vivent avec le VIH et, en 2009, près de 1,8 million ont succombé à des causes liées au sida.

Les personnes séropositives au VIH se heurtent à des préjugés et à un niveau d’hostilité inacceptables, au point qu’il leur est même impossible de gagner leur vie. Pour celles qui vivent dans les pays les plus pauvres, l’accès aux traitements est quasiment impossible, les stocks de médicaments antirétroviraux étant très limités et les centres de soins souvent situés à plusieurs heures de marche.

Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger les communautés marginalisées, vulnérables et particulièrement exposées à la contamination en les associant étroitement à nos programmes de lutte contre le VIH/sida plutôt que de les persécuter ou de les laisser mourir dans leur coin.

Des progrès considérables ont été enregistrés au cours des trente années écoulées, permettant à des millions de personnes de bénéficier de traitements et de vivre dans des conditions favorables en dépit de leur séropositivité au VIH, mais pratiquement tout reste à faire pour ce qui concerne les membres les plus vulnérables de nos sociétés.

De fait, on constate que les fonds alloués à la lutte contre le sida touchent rarement ces communautés défavorisées et qu’ils visent en priorité des groupes plus ‘convenables’ sur le plan politique, même si l’impact sur l’épidémie est comparativement négligeable.

En Europe orientale et en Asie centrale, où les épidémie sont principalement concentrées parmi les toxicomanes, 11% seulement des sommes allouées à la prévention ciblent en priorité les personnes les plus exposées à la contamination. Dans les pays africains qui affichent des taux de prévalence élevés parmi la population générale, ce même pourcentage tombe à moins de 1%.

L’utilisation des fonds disponibles n’est ni rationnelle, ni rentable. Comment se fait-il que les communautés les plus affectées par le sida n’aient toujours pas accès à ces ressources, alors qu’elles savent mieux que quiconque ce dont elles ont besoin?

Récemment encore, on a vu fleurir de nouvelles législations pénalisantes pour la lutte contre le sida. De nombreux pays ont en effet adopté des lois criminalisant la transmission du VIH, on a proposé ou introduit des sanctions aggravées contre la prostitution ou la sodomie, et le large écho donné par les médias à ces mesures a contribué à alimenter la stigmatisation des groupes vulnérables. Cette conjoncture défavorable fait qu’il devient de plus en plus difficile de toucher par des efforts de prévention les personnes les plus exposées au risque d’infection. Les lois devraient favoriser l’accès universel aux services de santé et d’assistance; or, dans de trop nombreux pays, elles minent notre capacité à combattre efficacement le VIH/sida.

De nombreuses vies sont en jeu

Il est urgent que la communauté internationale s’emploie à mettre en place des législations propices à la prévention et à la lutte contre le sida avec la même détermination dont elle a fait preuve jusqu’ici sur le plan sanitaire. La protection de la santé publique et la défense des droits de l’homme sont deux éléments d’un même engagement qui se renforcent mutuellement.

Nous commettrions une grave erreur en mettant en danger les progrès accomplis à ce jour. Les formidables avancées enregistrées méritent d’être pérennisées. N’oublions pas qu’il y a trente ans, la majorité des personnes chez qui le sida s’était déclaré n’y survivait pas. Aujourd’hui, grâce aux traitements, ces mêmes personnes peuvent jouir pleinement de l’existence, et nous savons désormais que les médicaments antirétroviraux constituent également un moyen de prévention efficace.

Pourtant, ces avancées pourraient facilement être compromises dans le cadre de la réunion de haut niveau sur le sida qui se tient en ce moment au siège des Nations unies à New York. Pour éviter une telle catastrophe, nos législateurs doivent impérativement faire en sorte que toute nouvelle déclaration relative au sida comporte un engagement clair des Etats membres à promouvoir un cadre juridique garantissant aux groupes les plus exposés un accès plein et entier aux services de prévention, de traitement et de soutien dont ils ont besoin.

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