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Investir en Afrique – «Préserver les succès de l’assistance» «Une nouvelle donne» «Les opportunités d’un continent en mutation»

Publié: 19 octobre 2012 10:31 CET

Bekele Geleta, Secrétaire général, Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

Trois grandes tendances se dégagent lorsqu’on se penche sur l’aide internationale en Afrique au cours des récentes années. La première est le succès notable enregistré au regard d’indicateurs clés de santé – notamment, l’incidence du VIH, les décès liés au paludisme et la mortalité infantile –succès redevable en grande partie aux financements internationaux. La deuxième est que l’aide est de plus en plus critiquée pour l’effet pervers qu’elle peut avoir sur le développement d’institutions viables et fiables. La troisième est que, abstraction faite des incidences positives ou négatives de l’aide, le continent africain affiche une confiance nouvelle et que des gouvernements plus forts, l’esprit d’entreprise, de nouvelles relations internationales et les investissements du secteur privé rejettent progressivement en marge les vieilles traditions de la dépendance vis-à-vis de l’aide.

Pour tous ceux qui sont concernés par l’aide et le développement en Afrique, ces trois tendances présentent des opportunités et des défis étroitement liés. Ainsi, pour maintenir les avancées en matière de santé, on aura besoin d’institutions plus fortes et plus nombreuses. Mais lesdites institutions ont peu de chances d’être stables ou autonomes aussi longtemps que la dépendance vis-à-vis de l’aide restera élevée; cela signifie que, d’une manière ou d’une autre, il faut qu’elles aient leur place dans les perspectives d’investissement ouvertes par l’amélioration de la gouvernance nationale et régionale, la croissance du secteur privé et le développement de la citoyenneté active.

Cette transition ne sera pas aisée. De nombreuses institutions africaines d’aide et de développement ont derrière elles trois à quatre décennies de dépendance vis-à-vis de l’extérieur et nul ne saurait dire si ou comment leurs services survivraient à un retrait de l’influence et des fonds étrangers, ni quelles pourraient être les orientations et les priorités de leaderships et de sources de financement purement locaux. On peut comprendre une certaine réticence à risquer des vies pour avoir une réponse à ces interrogations.

Néanmoins, les organismes d’assistance internationaux ont la responsabilité de «ne pas nuire»; or, à long terme, c’est précisément ce que fait la dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure. Elle mine les tentatives locales de mobilisation de ressources en offrant un accès facile aux fonds. Elle dispense les institutions locales de se soucier de transparence vis-à-vis des populations concernées, car leur manne financière vient d’ailleurs. Elle étouffe l’esprit d’initiative et l’autonomisation des communautés bénéficiaires au profit des priorités des bailleurs de fonds étrangers.

Ces problèmes ont été diagnostiqués il y a plusieurs décennies déjà et le développement des capacités locales n’a jamais été mis au rebut, mais les incitations à changer l’ordre des choses ont souvent cédé le pas aux avantages que comporte le statu quo pour les bailleurs de fonds comme pour les institutions qui canalisent ces précieuses ressources. Récemment, toutefois, la résistance face au paradigme donateur-receveur s’est accentuée parmi les institutions africaines.

Du 19 au 21 octobre, le plus vaste réseau d’institutions humanitaires du continent – les Sociétés africaines de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge – se rassemblera à Addis Abeba pour débattre de ces questions sous le thème «Investir en Afrique» et pour promouvoir une réorientation en profondeur de la forme et de la nature du système d’assistance.

A cet égard, le premier changement devrait concerner l’assise financière des institutions d’assistance africaines, l’accent étant mis sur le renforcement des partenariats avec les gouvernements, les organismes régionaux, le secteur privé et les communautés locales, en vue d’enraciner la responsabilité financière et institutionnelle dans son contexte local. Si les progrès dans ce domaine s’accompliront au niveau national, de vastes parties du continent devraient pouvoir s’engager dans cette direction grâce à la résolution des conflits et à l’essor des économies. Le fait que la Croix-Rouge du Kenya ait pu recueillir en 2011 l’équivalent de 10 millions de dollars US sous forme de contributions locales constitue un témoignage éloquent du potentiel africain.

Le second axe du changement consistera à consolider la prise en main au niveau national de l’aide internationale, conformément aux recommandations du Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide qui s’est tenu l’année dernière à Busan, en Corée. Cet objectif fait l’objet d’un large consensus, mais sa réalisation est sérieusement entravée par le modus operandi de nombreux donateurs qui continuent de dicter l’utilisation des aides avant leur arrivée dans le pays concerné. Le processus de prise en main doit être amorcé par les partenaires locaux qui ne doivent pas hésiter à énoncer leurs propres conditions pour que l’aide soit acceptable, tout en s’engageant à respecter les règles et exigences mutuellement agréées.

Tout cela fonctionnera d’autant mieux si nous parvenons à changer aussi la perception de l’aide hors urgence pour l’envisager comme un investissement dans le développement durable des populations assistées. Cela implique une responsabilité mutuelle: le bénéficiaire doit apporter des garanties de rentabilisation de l’investissement – à savoir, que les institutions en sortiront renforcées et que des ressources pourront être mobilisées au niveau national; l’investisseur doit s’engager dans la durée afin que les capacités requises – ressources humaines, systèmes de gestion, technologie – puissent se mettre en place.

Là encore, la transition n’est pas aisée, car elle introduit une notion contraignante de garantie dans des relations traditionnellement basées sur la bonne foi et la bonne volonté. Cependant, cette rigueur formelle est parfaitement compatible avec l’évolution des compétences et des responsabilités d’institutions africaines opérant dans le contexte d’économies dont la croissance compte parmi les plus rapides de la planète.

Un subtil mélange des genres continuera de prévaloir longtemps encore. Dans un avenir prévisible, en effet, les besoins humanitaires aigus dans une grande partie du continent africain nécessiteront toujours une mobilisation internationale, mais l’action d’urgence ne doit pas miner les efforts de longue haleine. L’objectif ultime consiste à soutenir des institutions qui ont le potentiel d’assumer à terme la responsabilité des programmes humanitaires et développementaux au niveau national. Pour cela, l’approche caritative doit céder le pas à une stratégie d’investissement.

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