Bekele Geleta, secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR)
La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge sont très activement engagés dans une formidable aventure. Le succès de cette expérience nous montre ce qu’on peut accomplir quand individus et communautés travaillent en partenariat aux niveaux local, national et international à maintenir et intensifier des stratégies opérationnelles novatrices pour combattre une maladie qui affecte tout particulièrement les plus pauvres et les plus démunis.
La rentabilité des interventions vitales contre le paludisme est impressionnante. Au cours de la décennie écoulée, les décès dus à la maladie ont chuté d’un tiers et en dehors de l’Afrique, 35 des 53 pays touchés ont réduit de moitié leurs taux de morbidité. Dans les pays où la diffusion des méthodes de prévention et de lutte antipaludiques a le plus fortement progressé, les taux de mortalité infantile ont diminué d’environ 20%. Ces récents succès prouvent que la bataille contre le paludisme peut être gagnée grâce à un investissement accru aux plans national et international.
En dépit de ces progrès spectaculaires, toutefois, certaines tendances alarmantes menacent de compromettre le succès de la lutte contre le paludisme au niveau mondial. Nous pouvons réussir, mais à la condition de ne pas nous endormir sur nos récents lauriers. Les avancées réalisées restent fragiles. Nous devons faire plus, faire mieux et aller plus loin.
Il est vital de continuer à faire reculer l’emprise de la maladie en maintenant et en intensifiant notre mobilisation. La victoire exige à la fois une volonté politique accrue aux niveaux national et international, un investissement soutenu sur le terrain afin de garantir une diffusion optimale des interventions antipaludiques, ainsi qu’un effort constant de recherche et d’innovation pour développer des ripostes appropriées à de nouvelles menaces comme la résistance du vecteur aux insecticides.
On estime que la simple intensification des efforts de prévention, en particulier l’extension de la diffusion des moustiquaires, pourrait sauver quelque 3 millions d’enfants d’ici 2015. Si cela représente globalement un formidable accomplissement, il n’en reste pas moins que nous continuons à l’heure actuelle d’enregistrer jour après jour le décès d’un enfant par minute à cause du paludisme. Face à une telle tragédie, il est urgent que nous redoublions tous d’efforts pour prévenir et combattre cette maladie.
L’investissement dans la lutte contre le paludisme est un investissement dans le développement. Si l’élan est maintenu, les pays à endémie auront en effet de meilleures chances d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement à l’échéance de 2015, en particulier ceux relatifs à la santé et au bien-être des enfants et des mères, à l’éradication de la pauvreté et au renforcement de l’éducation. Le succès de la lutte contre le paludisme contribue à consolider les systèmes de santé et à améliorer la capacité des ministères de tutelle à renforcer l’ensemble de leurs programmes et services.
Le partenariat est l’un des outils les plus puissants pour combattre le paludisme. Celui-ci cause d’énormes souffrances et la communauté internationale doit impérativement développer les partenariats mondiaux en vue d’intensifier et d’optimiser les efforts de lutte, y compris en continuant de soutenir les outils éprouvés et performants dont nous disposons aujourd’hui. Nous n’avons pas le droit de compromettre les récentes avancées ni de sacrifier une multitude de vies supplémentaires à une maladie évitable et guérissable.
Tous ensemble, nous pouvons accomplir le plus grand progrès de tous les temps dans le domaine de la santé publique.