IFRC


Le monde doit comprendre l’ampleur de la crise en Centrafrique – avant qu’il ne soit trop tard.

De Antoine Mbao Bogo, président de la Croix-Rouge Centrafricaine

Alors que l’attention des médias s’éloigne de la situation en Centrafrique, la violence s’intensifie. Ce n’est sans doute pas le genre de conflit qui fait les gros titres autour du monde – ce n’est pas la violence de deux armées qui s’affrontent sur le champ de bataille – mais les témoins racontent d’horribles actes de brutalité. Chaque jour, des gens sont tués, pour leurs convictions religieuses, pour leur argent ou leur biens, ou juste parce qu’ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment.

Ce qui est frappant est le caractère impitoyable de ces attaques entre des gens d’un même pays. Mon pays.

Dans ce chaos, nous avons nos volontaires qui travaillent sans cesse pour aider, pour supporter les activités de la Croix-Rouge et d’autres organisations qui demandent notre aide. Je suis fier de voir que la Croix-Rouge et ses volontaires soient reconnus par tous comme des personnes qui pourront les aider et cela sans distinction liées à leur croyances politiques, religieuses ou autre.

Malgré la violence, qui semble souvent irrétractable, nos volontaires apportent de l’espoir à ceux qui sont dans le besoin. Combien de temps, cependant, seront-ils capables de travailler dans de telles circonstances? Une de leurs principales activités est de ramasser, identifier et enterrer les morts. Mais pour combien de temps pouvez-vous enterrer votre propre peuple avant que le peu d'espoir que vous aviez - l'espoir que vous essayiez d'inspirer à d'autres - s'évapore ?

Hier, je disais à l’un de mes collègues que j'avais de bonnes nouvelles .
" De bonnes nouvelles ? "m’a t’il demandé . " Il n'y a pas de bonnes nouvelles ici ces temps ci. "
" Hier, nous n’avons recueilli seulement un corps," lui ai-je dis .
" En quoi est-ce une bonne nouvelle? "a t’il demandé .
" Eh bien, avant, nous en ramassions des centaines », répondis-je.
Voici ou nous en sommes, comptant le nombre de personnes décédées comme un indicateur pour savoir si la journée a été bonne.

Malheureusement, je ne peux pas dire que ce soit mon seul souci. Les gens ont de plus en plus faim, la saison des pluies est sur ​​le point de commencer et des millions de personnes sont sans véritable abri et sans assistance sanitaire. L'ampleur des besoins est énorme, tellement énorme que c’est difficile de l’appréhender, ne sachant pas par où commencer ni où aller pour être en mesure de faire une différence

Les gens ont besoin d'eau, mais ils ont trop peur pour aller en chercher, les gens ont besoin de nourriture, mais ils ne peuvent plus cultiver leurs champs, ils ont besoin de soins de santé, mais les médicaments sont en rupture de stock, ils ont besoin de quelqu'un pour les écouter, mais qui ?

Qui les écoute ? Qui nous écoute ? Je suis dans mon pays. Je vois mes amis, mes voisins se faire tuer et je pense que nous pouvons faire plus, il en est de notre devoir, de notre responsabilité.

Je pense que le monde ne comprend pas encore l'ampleur de la catastrophe qui se déroule en République Centrafricaine. Je crains que le temps que cette crise soit reconnue pour ce qu'elle est, il ne soit trop tard.




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