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L’épidémie d’Ebola a commencé sans bruit. Nous ferons entendre nos mots jusqu’à sa fin.

Publié: 27 mars 2015 22:13 CET

Par Elhadj As Sy et Yves Daccord

 Il y a un an aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) confirmait officiellement que le mal mystérieux qui avait frappé plus tôt le tout petit village de Meliandou, dans la région forestière du sud de la Guinée, avait été reconnu comme une flambée épidémique de maladie à virus Ebola, touchant plusieurs régions du pays ainsi que sa capitale, Conakry.

Des cas suspects étaient signalés dans les régions frontalières du Libéria et de la Sierra Leone voisins.

La maladie à virus Ebola était devenue une urgence.

Le mois dernier, nos pensées se sont tournées vers une autre ville de Guinée : Forécariah, dans l’ouest du pays, où deux volontaires de la Croix-Rouge avaient été attaqués alors qu’ils tentaient de réaliser « un enterrement digne et sécurisé ».

La diminution des enterrements non sécurisés, durant lesquels les dépouilles encore contagieuses sont préparées par les familles en deuil, est probablement le facteur qui a le plus largement contribué à la réduction du nombre de cas d’Ebola au cours de l’année qui vient de s’écouler. Toutefois, des pratiques dangereuses persistent dans de nombreux endroits.

En Guinée, le personnel de la Croix-Rouge subit en moyenne dix attaques verbales ou physiques par mois ; le Libéria et la Sierra Leone font état, eux aussi, d’un certain « refus de respecter » les mesures de santé publique.

Nos mots, nos actions

D’après les données locales, de nombreuses communautés du district de Kono (Sierra Leone), fortement touché par le virus, continuent de préférer les enterrements traditionnels aux pratiques plus sûres.

 

La plupart des équipements médicaux nécessaires pour enrayer l’épidémie sont aujourd’hui en place ; pourtant, de nouveaux cas continuent de se déclarer, en particulier en Guinée et en Sierra Leone.

 

Le matériel médical ne suffira pas pour parvenir à zéro cas. Ce sont désormais les mots qui doivent nous aider à franchir la dernière étape.

 

Des mots pour combattre la stigmatisation dont font l’objet les professionnels de santé et les survivants, des mots pour informer les communautés sur la prévention, des mots de solidarité du monde entier pour dire aux personnes et aux communautés touchées : « Nous ne vous laisserons pas tomber ; ensemble, nous pouvons éradiquer la maladie ».

Nous nous employons à changer les pratiques et les comportements et, ce faisant, nous nous rendons compte que transmettre des connaissances ne suffit pas.

 

Utilisons le pouvoir des mots pour venir à bout des idées fausses, promouvoir le dialogue, guérir, réconcilier, vaincre les résistances, faciliter le changement des comportements et, à terme, parvenir à zéro nouveaux cas.

 

Nous devons agir vite : la saison des pluies va bientôt commencer et certaines régions pourraient devenir très difficiles d’accès. Nous avons encore du travail et le temps presse.

Adapter notre action


Nous n’allons pas uniquement éradiquer la maladie.

 

Au Libéria, la plupart des personnes (jusqu’à 70 % selon les données locales) pensent que pour échapper à l’Ebola, il suffit de s’abstenir de manger de la viande de brousse, plutôt que d’éviter tout contact avec les liquides organiques des malades.

En Sierra Leone, dans l’un des districts où la Croix-Rouge a collecté des données, 90 % des personnes le pensaient aussi, bien que le nombre d’enterrements sécurisés ait sensiblement augmenté dans l’ensemble du pays.

 

Il est facile d’imaginer comment les villageois isolés voient les professionnels de santé, revêtus de la tête aux pieds d’une tenue protectrice qui leur donne l’air de créatures de cauchemar, aspergeant les habitations avec une solution de chlore à l’odeur nauséabonde.

 

La communication n’a par ailleurs pas toujours été bonne. Les housses mortuaires noires qu’utilisaient nos équipes étaient rejetées par les personnes endeuillées de certaines communautés dans lesquelles la tradition veut que les corps soient enveloppés de blanc, qui symbolise le respect – un mot d’une importance capitale dans le contexte des rites funéraires.

                
Nous n’avons peut-être pas été, au départ, aussi à l’écoute des populations locales que nous aurions dû l’être. Les housses noires ont été remplacées par des housses blanches.

S’engager dans la bonne voie


Dans l’action globale contre l’Ebola, deux voies s’offrent à nous. La première nous permettra, grâce à une solidarité internationale sans faille et à des volontaires et des professionnels de santé locaux toujours plus héroïques, de parvenir à zéro cas, de renforcer les systèmes de santé et, à terme, de panser les blessures qu’Ebola a infligées aux sociétés humaines.

Si nous empruntons la seconde voie, caractérisée par le relâchement ou par la lassitude, nous pourrions nous aller au-devant d’une catastrophe silencieuse qui mettra en péril les progrès réalisés ainsi que le relèvement.

Au sein de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le relâchement est l’ennemi. Nous sommes néanmoins convaincus que nous ne sommes pas sans défense face à l’Ebola. Nos mots et nos actions permettront de changer les choses. Ils nous aideront à franchir la dernière étape qui nous sépare encore de la confiance et de la résilience.

Elhadj As Sy est le secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui lutte contre le virus Ebola dans 16 pays africains ; Yves Daccord est le directeur général du Comité international de la Croix-Rouge, qui est présent dans la région depuis longtemps, en particulier au Libéria et en Guinée, en raison de conflits passés.




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