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La malnutrition: une réalité au sein des réfugiés centrafricains dans la région de l'Est du Cameroun

Publié: 20 juin 2014 15:40 CET

Mirabelle Enaka Kima,  FICR

Samira Suleman porte ses jumeaux de six mois et essaye  de les allaiter, mais elle ne peut pas produire assez de lait. "Je n'ai pas mangé depuis le matin, alors mon lait ne coule pas et je n'ai pas d'autre moyen de nourrir mes enfants. Quand je réussis à avoir un peu de nourriture, je me réjouis parce que cela me permet de produire un peu de lait pour mes jumeaux»,  raconte cette jeune mère de 26 ans. Il ya quatre mois environ, elle est arrivée  en compagnie  de sa famille dans la localité de Mboy à l’Est du Cameroun,  après avoir fui les violences en cours en Centrafrique.

Non loin de Samira,  se trouve Awawou Bakari,  qui est  sous le choc  de la perte d'un de ses jumeaux  décédé  la veille, quelques heures seulement  après sa naissance. "Mon bébé n'a pas survécu. J'ai beaucoup souffert durant le dernier trimestre de ma grossesse parce que mes visites prénatales ont été interrompues en raison du manque de ressources. Nous avons dépensé tout  notre argent pour payer le transport  jusqu’ à la frontière  camerounaise. Ici, à Mboy, nous avons l'habitude de passer plusieurs jours sans repas. Parfois, les villageois nous donnent quelques kilogrammes de maïs ", raconte Awawou, d'une voix à peine audible.

Aujourd’hui, les deux femmes vivent dans un camp de réfugiés à Yokadouma, avec plus de 650 autres personnes, où l'accès à l'eau potable est également très difficile, la seule source d’approvisionnement étant  impropre à la consommation. "Il est très difficile pour nous d’avoir  de l’eau,  et pour en avoir, nous devons  parcourir plusieurs kilomètres pour atteindre la source. Nous donnons cette eau à nos enfants parce que  nous n’avons pas mieux", ajoute Awawou.

Leurs histoires font écho à celles de milliers d'autres familles, chassées de leurs villages par les combats et la violence qui ont plongé depuis plus d’un an maintenant,  la République centrafricaine dans le chaos total.

D’après un rapport du  Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), 88 939 hommes, femmes et enfants ont fui leurs maisons, se dirigeant vers la sécurité relative  offerte  dans les camps de réfugiés et au sein des  communautés hôtes  des régions de  l'Est,  l'Adamaoua et le Grand Nord du Cameroun. La majorité préfère rester dans la région de l'Est, à proximité de leur pays d'origine. Plus de 43 000 sont installés  dans des camps de transit, toujours en attente d'être transférés dans des camps. Ils vivent dans des conditions précaires et manquent d'abris, de la nourriture et des soins de santé. Pendant qu'ils attendent, les points d'entrée au Cameroun ne désemplissent pas de nouveaux réfugiés qui arrivent par centaines  au quotidien.

Dans le  camp de transit de Garoua- Boulaï, une équipe de volontaires de la Croix-Rouge Camerounaise prend activement en charge  600 nouveaux réfugiés. Ces équipes effectuent le dépistage de la malnutrition chez les enfants et les femmes enceintes et allaitantes. "Nous avons enregistré 16 cas d'enfants souffrant de malnutrition depuis le matin, "confie  Ina Kombo, une volontaire  en charge du dépistage sur le site. " dix enfants souffraient de malnutrition modérée  tandis que six de malnutrition sévère". Les cas de malnutrition sévère sont  référés à l’hôpital de District de Garoua- Boulaï  pour une prise en charge immédiate".

La majorité des réfugiés qui arrivent au Cameroun sont des enfants (57 pour cent). Beaucoup souffrent des effets de ne pas avoir d’aliments nutritifs à manger, les conséquences de cette situation pouvant conduire  à des défis à relever à vie. Les enfants sous-alimentés sont moins capables de lutter contre les infections et sont plus sensibles aux maladies courantes de l'enfance comme la diarrhée et les infections respiratoires.  En outre, la maladie les empêche d’aller à  l'école,  ce qui compromet   plus tard leur capacité à faire des études supérieures.

"Depuis le début de la crise, nous avons identifié plus de 500 cas de malnutrition parmi la population cible du camp de Gado», explique Faustin Tsimi, coordinateur des opérations d'urgence de la Croix-Rouge Camerounaise. "Ces patients sont soignés  dans les différents hôpitaux par une équipe conjointe de la Croix-Rouge Camerounaise,  du  ministère de la santé publique et d'autres agences  humanitaires. La gestion de la malnutrition comprend également la mise à disposition  de compléments alimentaires aux patients à travers un  partenariat avec le Programme Alimentaire Mondial ".

Plus de 300 volontaires de la Croix-Rouge ont été déployés dans le cadre de cette opération, dont certains travailleront en appui à la Croix-Rouge Française dans la gestion de la malnutrition dans le camp de Timangolo, qui accueille à ce jour  750 réfugiés. Les équipes vont assurer la gestion d’un centre de santé intégré qui est en cours de rénovation et spécialisé  dans la santé et la nutrition maternelle et infantile.

Dans le cadre de son soutien à la Croix-Rouge Camerounaise, la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a révisé son appel d'urgence dans le pays dans le but de fournir une assistance supplémentaire à l'afflux croissant de nouveaux réfugiés, en mettant l'accent sur la malnutrition . "Nous faisons de notre mieux pour couvrir les besoins fondamentaux de la population. Cependant, nous sommes confrontés à une demande croissante en raison de l'arrivée de nouveaux réfugiés. Les missions d'évaluation menées par nos équipes nous permettront d'améliorer l'assistance à des milliers de nouveaux réfugiés. Ce n'est que grâce à la mobilisation efficace de la communauté internationale que nous pouvons réduire la vulnérabilité des réfugiés et des populations hôtes », explique Denis Duffaut, Représentant Régional de la FICR pour l'Afrique centrale.

L'appel d'urgence révisé  s’élevant  à  642 579 francs suisses, est actuellement  financé à  66 pour cent.

 




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