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Accès aux soins médicaux en République Centrafricaine : un défi majeur pour les personnes déplacées internes

Publié: 17 avril 2014 13:53 CET

Mirabelle Enaka Kima, FICR

« Je suis enceinte de 6 mois. Je n’ai pas encore fait de visites prénatales, faute d’argent. La dernière fois que je suis allée au centre de santé du camp pour une consultation, je n’ai reçu que quelques comprimés de paracétamol», confie Mongaï Florence, l’une des milliers de femmes forcées de fuir leurs maisons en raison de la violence qui sévit en République Centrafricaine.

L'accès aux soins de santé de qualité constitue un énorme défi pour Mongaï et d'autres personnes comme elle, qui vivent à présent dans de minuscules habitations dans l'un des nombreux camps érigés pour accueillir les populations déplacées à Bangui.  C'est d'autant plus un défi pour les organisations humanitaires qui tentent désespérément, dans des circonstances très difficiles, de fournir des soins de santé de qualité. «Les soins de santé dans les camps sont assurés par des équipes mobiles. Cependant, la couverture médicale est en deçà des attentes», admet le Dr Fernand Gbagba, Responsable de la santé et de l'action sociale à la Croix-Rouge centrafricaine. «Nous faisons tous ce que nous pouvons, compte tenu du contexte difficile, mais nous devons faire mieux, et pour y parvenir, nous avons besoin d’un soutien accru de la communauté internationale»

Dans le camp de l’aéroport, Carine Gombor, une mère célibataire, raconte les circonstances de la naissance de son bébé, Merveille de Dieu, âgée d’un mois. «Comme la plupart de mes voisines, je suis arrivée ici en décembre. J’ai dû arrêter mes visites prénatales à cause des violences.  Pour des raisons de sécurité, personne n’ose s’éloigner  du camp.  Mon bébé est venue au monde dans des conditions difficiles. Elle est née sur le site grâce à l’aide de mes voisines qui avaient une certaine expérience en matière d’accouchement.  Même après la naissance de ma fille, aucune assistance médicale ne m’a été apportée. Elle n’a reçu aucun vaccin.  Je n’ai pas assez de lait pour l’allaiter parce que je mange très peu».

«Les kits de prise en charge de femmes enceintes n'ont été mis à disposition que dans un seul hôpital de référence, ce qui ne couvre que partiellement les besoins.  Beaucoup de cas d’accouchement sont gérés dans les camps sans assistance d'un personnel médical qualifié.  Par ailleurs, un grand nombre de cas de malnutrition aigüe, de maladies diarrhéiques, d'infections corporelles et respiratoires sont enregistrés dans les camps.  Cela affecte pour la plupart les enfants de moins de 15 ans», explique le Dr Gbagba. «Nous avons désespérément besoin de plus de soutien, si nous comptons bien prendre soin de ces familles déplacées».

Promotion de l'hygiène et l’assainissement par la Croix-Rouge

Avec la saison des pluies qui bat son plein, le risque de voir se dégrader la situation sanitaire est élevé avec notamment une exposition accrue aux maladies hydriques et au paludisme. 

Dans un effort d’éviter une épidémie, la Croix-Rouge centrafricaine a construit à ce jour 802 latrines dans les camps et les écoles de Bangui, et déployé 50 volontaires pour mener une sensibilisation sur les bonnes pratiques d’hygiène, ainsi que la gestion des déchets ménagers. La Croix-Rouge fournit également de l'eau potable dans des sites à forte demande.

«Nous mettons un accent particulier sur l’eau et l’assainissement afin de prévenir le développement de maladies hydriques, notamment le choléra et de veiller à l’amélioration des conditions de vie dans ces camps», affirme Mbao Bogo, Président de la Croix-Rouge Centrafricaine. «Nous avons également étendu nos activités d’assainissement aux écoles à travers la réhabilitation des latrines vandalisés.

«Les volontaires de la Croix-Rouge Centrafricaine ne ménagent aucun effort dans l’assistance apportée aux victimes des violences. Toutefois, les attentes demeurent importantes et nous avons besoin de soutien», ajoute le Président.

Aujourd'hui, on estime à 625 000 le nombre de personnes déplacées internes en République centrafricaine, en raison des violences et des conflits intercommunautaires qui ont éclaté dans le pays en décembre dernier.  Plus de 200 000 vivent dans 42 camps à Bangui, luttant pour survivre à la faim et exposés aux maladies hydriques et l’infection au paludisme. 

La Fédération Internationale des Sociétés de la Croix -Rouge et du Croissant-Rouge a lancé un appel d'urgence visant à soutenir la Croix-Rouge centrafricaine dans le but d'apporter une assistance à 50 000 personnes à travers la santé d'urgence, l'eau, l'assainissement et la promotion de l'hygiène, ainsi que la sensibilisation sur la paix et la non-violence.  Cet appel vise également à renforcer les capacités des volontaires de la Croix -Rouge centrafricaine, mobilisés depuis le début de la crise pour apporter une assistance aux victimes.




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