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Conflit, manque de nourriture et manque d'abris : un panache potentiellement mortel pour le patient séropositif en République centrafricaine

Publié: 8 juillet 2015 13:00 CET

Par Nelly Muluka et Happy Tchokote, FICR

La persistance des actes de violence en République centrafricaine a affecté négativement les services de santé. Il s'agit de vandalisme et de pillages des formations sanitaires qui réduisent considérablement la capacité des personnes vivant avec le VIH à accéder au traitement

« Plusieurs établissements offrant des services de lutte contre le VIH dans le pays ont fermé les portes pour cause d'insécurité et de vandalisme, mais ce centre reste opérationnel, » déclare Dr Simaleko Mbeko, directeur national du centre de référence pour les maladies sexuellement transmissibles et le traitement antirétroviral à Bangui. « Nous recevons un nombre incalculable de patients, certains ayant fui des zones peu sécurisées, et d'autres résidant dans les camps de Bangui. Toutefois, nous notons aussi un grand nombre de patients séropositifs ayant arrêté de venir chercher leurs médicaments. »

La prévalence du VIH en République centrafricaine est élevée, avec plus de 150 dépistages par jour, et l'on enregistre au moins 5000 résultats positifs au dépistage du SIDA par an. Le centre de référence a signalé 400 abandons des patients en 2014, et déjà 243 cette année.

« Interrompre le traitement antirétroviral peut être dangereux. De tels patients risquent de contracter des maladies opportunistes telles que la pneumonie ou la tuberculose. En outre, ils peuvent développer une résistance contre le médicament, affaiblissant davantage le système immunitaire, » explique Dr Marie Sana, médecin homologuée qui travaille auprès de Dr Mbeko au centre.

Yache, 29 ans, déplacée à Bangui, est séropositive et souffre de tuberculose. Elle fait également partie des patients à l'abandon. Elle suivait un traitement antirétroviral jusqu'en décembre 2013 lorsque le conflit l'a obligé à fuir son domicile.

« Il était tard la nuit et on entendait une fusillade ; tout le monde a fui, mais j'étais totalement affaiblie. Je me suis cachée derrière un buisson et j'ai attendu. En un laps de temps, des hommes armés ont débarqué et fouillé à l'intérieur et autour de la maison. Fort heureusement, ils ne m'ont pas vu. Peu de temps après, ils s'en sont allés », conte Yache en larmes.

Elle a été secourue par un voisin trois jours plus tard. « Il est passé vérifier l'état de sa maison. Je l'ai supplié de ne pas me laisser en partant. Après quelques heures de marche, fatiguée et frêle, je me suis installée dans ce camp. Malheureusement, je n'ai pas emporté mes médicaments avec moi. Je craignais qu'en allant les récupérer à l'intérieur mon voisin me laisse, » continue Yache.

Avec l'interruption du traitement, Yache a continué de s'affaiblir et de dépendre de ses voisins du camp, manquant parfois de nourriture.

Pounguinza, 55 ans, séropositive et sous traitement, déclare que plusieurs patients séropositifs et plus précisément ceux en déplacement, souhaitent poursuivre leur traitement, mais manquent de nourriture, composante essentielle dans le processus de traitement. Sans nourriture, les personnes tombent horriblement malades si elles prennent leur traitement antirétroviral. Par conséquent, certains mêmes qui ont les médicaments arrêtent de les prendre parce qu'ils ne veulent pas tomber malade.

« Avant le début des violences, je travaillais comme opérateur et nourrissais notre fille et mon épouse qui est aussi séropositive. Mais actuellement, nous avons un seul repas par jour et le moindre sou que je me fais est immédiatement dépensé pour acheter de la nourriture afin de poursuivre le traitement, » signale Pounguinza.

La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) est entrée en partenariat avec le Fonds mondial pour fournir des services de lutte contre le VIH et la tuberculose à des personnes comme Yache. La subvention, s'élevant à plus de 20 millions de francs suisses, vise à atteindre 18 478 personnes d'ici à la fin de juin 2016. Le soutien de la subvention comprend la fourniture du traitement dans les centres de santé pour combattre les problèmes de transmission de la mère à l'enfant. Il en va de même de la fourniture de médicaments aux personnes vivant avec le SIDA, la réhabilitation des centres gouvernementaux de traitement du VIH, ainsi que la facilitation d'examens biomédicaux pour le VIH/ TB dans plusieurs laboratoires du pays.

Depuis mai 2015, tous les quatre Sous-Récipiendaires des subventions de la FICR/ Fonds mondial en faveur de la lutte contre le VIH et la tuberculose ont signé des contrats avec la FICR et la mise en œuvre des activités est en cours. A ce jour, le traitement pour au moins 17 372 patients est en circulation ; au moins 7 914 femmes ont bénéficié des services de dépistage gratuit, et 443 suivent actuellement le traitement contre le VIH. La FICR, en collaboration avec le Ministère de la santé et d'autres partenaires au rang desquels la Société nationale, fournit ces services sanitaires dans 81 formations sanitaires à travers le pays.




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