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Dans la peau d’une personne déplacée interne en Centrafrique

Publié: 25 mars 2014 15:28 CET

Mirabelle Enaka Kima FICR 

En temps de paix, Robert Ngouandjia est commissaire de police en République Centrafricaine, menant une vie paisible en compagnie de ses deux épouses et ses treize enfants. Mais la vie est loin d’être un fleuve tranquille en ce moment. Robert et sa famille sont désormais techniquement identifiés comme personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, contraints de quitter leur domicile à cause des violences qui sévissent actuellement.

«Dès le début de la crise, le quartier Doloko, où je vivais avec ma famille, a été le théâtre de meurtres et de toutes sortes d'abus. Nos voisins d’hier, étaient soudain devenus des ennemis », dit Robert. « Les morts  se comptaient par centaines. Les croyances religieuses nous divisent désormais. La courtoisie et le respect qui jadis caractérisaient les rapports entre voisins ont fait place à une haine extrême. Beaucoup de personnes ont été massacrées alors qu'elles vaquaient à leurs occupations».

Aujourd’hui, Robert et sa famille vivent dans le camp Saint Joseph Mukassa, qui a servi d’abris à plus de 18 000 personnes déplacées internes depuis le début du conflit. Un morceau de tissu est tout ce qui les sépare de leur voisin immédiat. Ils dorment pour la plupart à même le sol, sans couverture ni moustiquaires. C'est la saison des pluies qui commence et les conditions de vie dans le camp  deviendront vite insupportables.

La chaleur sous la bâche qui sert de toit est intenable. Les quelques effets que  la famille  a entassé dans un coin sont encore mouillés par les pluies de la veille. Malgré les conditions de vie difficiles, cet endroit va demeurer un lieu de refuge dans un avenir proche. «Je ne peux pas retourner au travail parce que je n’ai pas les moyens de prendre les transports en commun. Envisager d'aller à pied, serait également mettre  ma vie en danger » dit Robert, la voix pleine d’émotion.

Comme les autres, nourrir sa famille au quotidien est une véritable gageure pour cet homme de 57 ans. «Nous avons reçu deux rationnement de vivres en quatre mois de vie dans le camp. Manger est un véritable défi pour nous. Nous vivons essentiellement de légumes produits du champ de ma seconde épouse. Mais, nous n'avons pas assez d'argent pour acheter de l'huile et d’autres ingrédients, et pour éviter de mourir de faim, nous nous contentons de manger les légumes simplement cuits à la vapeur», confie Robert, assis en compagnie de son épouse Elodie près d’une pile de feuilles de manioc fraîchement récoltées.

Dans un autre camp, une distribution de repas à la centaine d'enfants qui y vivent s’est aussitôt transformée en bagarres. Les plus jeunes  qui essayaient de se maintenir dans les rangs, fondent en larmes. «Ces distributions périodiques pour les enfants sont accueillies avec enthousiasme. Elles sont considérées comme une manne tombée du ciel et un soulagement pour les parents», dit Bengué Octavia,  une volontaire  de la Croix-Rouge Centrafricaine chargée  de  la Communication  et de l’éducation.

On estime à 657 000  le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants déplacés internes en République Centrafricaine. Des milliers d'autres ont fui vers les pays voisins.

La Fédération Internationale des Sociétés de la Croix -Rouge et du Croissant-Rouge a lancé un appel d'urgence pour soutenir la Croix-Rouge Centrafricaine   afin qu’elle vienne en aide à 50 000 personnes  à travers  la santé d’urgence,   l'eau et  l’assainissement, la  promotion de l’hygiène, ainsi que la sensibilisation sur la paix et la non-violence. Cet appel vise également à renforcer les capacités des volontaires de la Croix-Rouge Centrafricaine, mobilisés depuis le début de la crise pour apporter une assistance aux victimes.




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