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Donner la priorité à l'éducation des enfants, rendus orphelins par les affrontements en République centrafricaine

Publié: 12 mars 2015 6:00 CET

Par Gerald Bikombi, Société nationale de la Croix-Rouge centrafricaine, et Nelly Muluka, FICR

La violence persistante en République centrafricaine (RCA) a non seulement déraciné des centaines de milliers de personnes, mais elle a aussi fait de nombreux orphelins. Prendre soin de ces enfants s'avère être un grand défi pour leurs soignants, plusieurs desquels sont eux mêmes des déplacés.

« Je suis l'avant-dernier enfant d'une famille de cinq. Nos parents sont décédés lorsque j'avais 12 ans. Depuis lors, nous vivions avec notre frère aîné qui assurait nos besoins élémentaires et notre éducation. Tout s'est arrêté lorsque les affrontements ont éclaté dans le pays en 2013, » raconte Arlette, 25 ans, qui vit actuellement dans les environs de Bouar.

Le conflit a poussé de nombreuses familles dans la sécurité des camps, mais Arlette dit que sa famille a tenu, espérant que tout rentrerait très vite dans l'ordre.

« Mais les événements se sont empirés, les meurtres sauvages se rapprochant de nous. Nous nous sommes finalement rendus dans un camp avec beaucoup d'autres personnes déplacées. Nous étions mon grand-frère, son épouse et leurs quatre enfants, mon frère cadet, un oncle, une tante et deux orphelins qui ont demandé à venir avec nous, » conte Arlette.

La famille a enduré de nombreux défis pendant ce temps, manquant de nourriture à plusieurs reprises et dormant sur le sol nu à l'air libre.

« Nous avons beaucoup souffert et perdu du poids. C'est ici aussi que mon frère aîné est tombé malade. Il n'y avait pas de service médical dans le camp ; nous lui avons donc administré des herbes et des feuilles de la brousse et sa santé s'est améliorée. Peu de temps après, son épouse est allée rendre visite à ses parents pour voir s'ils pouvaient nous aider, » raconte Arlette qui ajoute que l'attente de sa belle-sœur a été longue, étant donné qu'ils s'inquiétaient tous pour sa sécurité.

Malheureusement, leurs inquiétudes se sont avérées fondées lorsqu'ils ont reçu l'information selon laquelle la femme et ses parents avaient été assassinés. « Cette information a été dévastatrice pour mon frère aîné qui est tombé dans un coma et est décédé un jour plus tard, » déclare Arlette. « Du jour au lendemain, je me suis retrouvée comme seul soutien pour mon frère cadet, les quatre enfants de mon frère aîné et les orphelins. Je n'avais rien à leur offrir. J'ai sombré dans une dépression. Deux de mes frères sont partis, pour ne plus jamais revenir. »

En l'absence d'aide humanitaire, Arlette a décidé de quitter le camp.

« Je suis retournée au domicile de mon frère et je l'ai trouvé vandalisé et tout avait été pillé. La plupart des maisons avaient également été abandonnées. Je suis allée en ville où j'ai emprunté un peu d'argent pour acheter des ingrédients pour brasser de l'alcool traditionnel et le revendre dans la ville, » raconte Arlette. Après avoir obtenu un maigre profit, elle est revenue au camp pour récupérer les cinq orphelins.

« Je n'aime pas brasser de l'alcool, mais je suis forcée de le faire pour assurer notre survie. Bien que nos principaux défis soient la nourriture et les vêtements, j'ai choisi d'utiliser l'argent pour envoyer les enfants à l'école, lieu où une certaine sécurité est garantie. J'aimerai bien retourner à l'école, mais ce n'est pas possible pour le moment, » déplore-t-elle.

Arlette et sa famille ont depuis lors reçu des articles ménagers d'urgence de la Société nationale de la Croix-Rouge centrafricaine. Ils font partie des plus de 425 familles vulnérables de Bouar qui reçoivent de l'assistance à travers un appel d'urgence révisé, lancé par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). Actuellement, 50 volontaires formés enseignent aussi aux personnes vivant dans les camps les méthodes de prévention de maladies, la préparation de l'eau de consommation et la bonne hygiène.

Selon l'USAID, au moins 2,7 millions de personnes (plus de la moitié de la population du pays) demeurent dans un besoin urgent d'aide humanitaire avec des dizaines de milliers de personnes encore retranchées dans 107 camps à travers le pays. Une évaluation de la Croix-Rouge signale que les besoins immédiats comprennent les fournitures de secours d'urgence, les matériaux de reconstruction pour ceux qui sont prêts à rentrer à la maison, les services de soins de santé, la nourriture, de l'eau potable et un assainissement adéquat, le soutien psychosocial, la protection et une paix durable.




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