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Prendre la difficile décision de quitter sa famille : L'histoire d'un père africain

Publié: 14 septembre 2015 12:58 CET

Ange Konfyeyane, 58 ans, veuf et père de 12 enfants, est un volontaire de la Société nationale de la Croix-Rouge centrafricaine. Inspiré par l'histoire d'Henri Durant, l'homme d'affaires Suisse qui permit de créer l'Organisation internationale, Ange a intégré le comité local de la Croix-Rouge de Poua en 2008 où il a été formé aux premiers secours.

« Du personnel du comité local de la Croix-Rouge est venu dans mon village nous parler des activités de la Croix-Rouge. Ils nous ont conté l'histoire d'Henry Durant. J'étais touché et je me suis immédiatement fait enregistrer comme volontaire, » conte Ange.

En sa qualité de veuf, s'occuper tout seul des enfants était difficile. Ange a pris la difficile décision de laisser ses enfants à la garde de son fils aîné, et s'est déplacé à plus de 600 kilomètres, à la capitale Bangui, où il est devenu un agent de sécurité volontaire à la Croix-Rouge. La petite allocation qu'il recevait en tant que volontaire était utilisée pour soutenir sa famille restée au village, jusqu'au 5 décembre 2013 lorsque les conflits armés ont éclaté.

« En ce jour funeste, de nombreuses personnes avaient été gravement blessées et avaient besoin de notre soutien. Étant donné que nombre de volontaires avaient aussi été touchés ou déplacés, il y avait un besoin urgent d'effectifs. Je pris ma veste et rejoins l'équipe pour ce qui, à mon avis, reste l'une des missions d'intervention les plus risquées que nous ayons jamais entreprises, » explique Ange.

Dans un environnement chargé et fragile, Ange et d'autres volontaires réunissaient les corps et leur fournissaient des enterrements dignes. Ils ont administré les premiers soins aux personnes blessées et transféré les cas critiques au centre de santé Henry Durant au siège de la Croix-Rouge ; un établissement qui déjà était repoussé à ses limites avec les patients.

La semaine d'après, Ange reçut un appel de son fils de 23 ans à Poua, l'informant que tous ses enfants avaient été déplacés, les articles ménagers pillés et leur maison incendiée. Les enfants n'ont pas eu d'autre choix que de se déplacer vers la brousse pour y trouver abri et sécurité.

« Ici je servais la cause humanitaire, pourtant mes enfants se trouvaient en brousse. J'ai tout de suite pensé à y aller les protéger, mais non ; j'avais la responsabilité de servir l'humanité à Bangui, » déclare Ange qui ajoute qu'en tant que travailleur humanitaire, on se doit de toujours placer les personnes vulnérables en premier, quelles que soient les circonstances.

La famille d'Ange a passé quatre mois dans la forêt où elle manquait les produits de première nécessité et faisaient face à de nombreux défis, notamment l'insécurité, le manque d'accès à l'eau potable et l'exposition aux maladies. À ce jour, Ange n'a pas encore pu effectuer le long et périlleux voyage vers Poua, mais son fils a pu arriver à Bangui. Grâce aux petites économies qu'il avait pu réaliser de ses allocations de volontaire, Ange a acheté un téléphone de base pour pouvoir communiquer avec ses enfants. Il leur a aussi remis un peu d'argent qu'ils ont utilisé pour construire un simple abri temporaire. Ange continue de soutenir sa famille par l'intermédiaire de conducteurs de camion de confiance qui ramènent de l'argent lorsque les convois humanitaires effectuent le long et périlleux voyage. Il est déterminé à économiser assez d'argent pour envoyer ses jeunes enfants à l'école une fois que la situation de stabilisera.

Nombre de familles comme celle d'Ange ont été affectées par les conflits en cours et continuent de vivre dans les brousses, les camps de personnes déplacées internes (PDI), les familles d'accueil ou dans les pays voisins comme des réfugiés. Selon la Commission Mouvement de population, il existe au moins 31 camps de PDI à Bangui et 66 autres dans les provinces, lesquels hébergent près de 368 000 personnes, tous dans un besoin urgent de produits de première nécessité. Pendant ce temps, la situation reste fragile et imprévisible. Entre mai et août 2015, la violence persiste dans plusieurs régions du pays, avec deux nouveaux camps de PDI créés, ainsi qu'un grand nombre de personnes blessées ou déplacées.

 




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