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République Centrafricaine: Les enfants sont les plus durement touchés par la violence

Publié: 10 décembre 2014 9:09 CET

By Nelly Muluka, FICR et Gerald Bikombi, CARC

À notre arrivée dans un camp de personnes déplacées internes (PDI) à Bangui en République Centrafricaine (RCA), plusieurs enfants courent vers nous, à grand renfort d’applaudissements et de youyous, signe de leur admiration pour notre arrivée avec l'aide humanitaire qui va leur permettre de se maintenir en vie, du moins pour le moment. Ces enfants, victimes d'une guerre qui n'est pas la leur, sont obligés de faire face au traumatisme lié à la désintégration de leur famille, le décrochage scolaire, différents types d'abus dans certains cas, des restrictions de mouvement, l'insécurité et l'incapacité à être qui ils sont - des enfants !

Benicia Anjikapou, une fillette de 9 ans qui a voulu partager son expérience avec nous, fait partie de ces enfants. Avant le début des violences, Benicia vivait avec ses parents et quatre frères et sœurs dans le quartier dit « Combattant », dans le 8ème arrondissement de Bangui. Elle était élève au cours préparatoire dans une école primaire des environs, et menait le type de vie normale qu'un enfant de son âge devrait mener.

Ensuite est venu le jour où les affrontements armés ont éclaté à Bangui, le pire s'est produit ! Son père qui travaillait à la capitale n'est pas revenu à la maison – il avait été tué !

« Maman nous avait tout dit sur ce qui était en train de se passer dans le pays et nous avions peur. Notre père nous manquait et nous recherchions quelqu'un qui pourrait nous protéger. Heureusement, un ami de maman est venu s’installer chez nous, nous donnant ainsi une lueur d'espoir au milieu de ce contexte chaotique, » déclare Benicia.

Mais le soulagement de cette famille a été de courte durée. Selon les dires de Benicia, nombre de familles ayant accueilli des amis et proches pour des raisons de sécurité sont vite devenues suspectes ! En effet, leur mère a été informée de ce que sa famille était en danger.

« Cette même nuit, des coups de feu persistants ont été entendus dans notre quartier et plusieurs personnes ont été tuées ; c'est également la nuit au cours de laquelle nous avons fui notre maison pour regagner ce camp. Le lendemain matin, tous nos articles ménagers avaient été pris par des personnes inconnues et la maison endommagée, » raconte Benicia, qui ajoute que sa famille élargie a aussi été déplacée et les a rejoint dans le camp des PDI où vit cette famille de vingt-cinq membres depuis huit mois.

Malheureusement, c'est au même moment que Benicia et ses semblables ont quitté l’école. C'est histoire est aussi celle de beaucoup d'autres enfants qui, pour la plupart, n'ont même pas eu la chance d'arriver dans le camp en compagnie de  leurs parents.

Mathias Yadjemai, l’un des responsables du camp des PDI, affirme que plusieurs enfants du camp ont été séparés de leurs parents et n’ont reçu aucune nouvelle de leurs familles depuis huit mois.

« Il y a plus de 50 enfants non accompagnés dans ce camp, et certains d’entre eux ne connaissent même pas leurs propres noms, encore moins ceux de leurs parents, » déclare Mathias en ajoutant que prendre soin des enfants et des autres déplacés internes n'a pas été facile.

« Avec la restriction des déplacements en raison de l'insécurité, les familles dépendent totalement de l'aide, laquelle ne vient pas facilement. Il y a pénurie de nourriture, l'obscurité en raison du nombre limité de sources d’éclairage, le manque d'abris et de literie adéquats, et beaucoup d'autres articles de première nécessité, » explique Mathias, ajoutant qu'il est peu probable que les déplacés internes du camp retournent à leurs domiciles de sitôt étant donné qu'ils ont perdu tous leurs moyens de subsistance dans les affrontements.

Toutefois, il exprime sa gratitude pour le soutien que la Croix-Rouge Centrafricaine (CRCA) apporte au camp de temps à autre, le plus récent étant constitué d'articles non alimentaires tels que des couvertures, des nattes de couchage, des seaux en plastique, des lampes solaires et des bidons souples, lesquels ont été achetés dans le cadre de l'appel d'urgence lancé par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), pour le compte de la CRCA.

De l'avis de jean Walegue, Coordonnateur des Programmes et Secrétaire Général par intérim de la CRCA, les besoins des familles touchées augmentent chaque jour et doivent être satisfaits de toute urgence.

« Avec le soutien de la FICR, nous assistons les familles affectées à travers la distribution d'articles non alimentaires, la gestion des corps, les premiers secours et le transfert des cas critiques à l'hôpital, la promotion de l'hygiène, les campagnes pour la paix, le soutien psychosocial, la construction de latrines et les exercices de nettoyage, entre autres activités ; mais le séjour prolongé des familles affectées dans les camps et l'insécurité grandissante ont limité les mouvements des PDI, les rendant ainsi plus vulnérables », affirme Walegue.

Un appel révisé de 10,988,879 francs suisses a été lancé pour soutenir 30 000 familles dans 23 localités pendant 12 mois dans les secteurs de la santé d'urgence, l’eau, l’assainissement et la promotion de l’hygiène en urgence, la construction des abris et la distribution de l'aide humanitaire en urgence, la préparation aux catastrophes et la réduction des risques de catastrophe, le renforcement des capacités de la Société Nationale et la logistique.

 




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