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Volontaires sur la ligne de front de la lutte contre des crises potentielles de santé

Publié: 3 février 2014 16:38 CET

Katherine Mueller, FICR

Dans les pays en développement, l’accès aux soins de santé, en temps normal, peut être difficile. Donc, lorsque surviennent des crises, comme c’est le cas actuellement au Soudan du Sud et en République Centrafricaine (RCA), les faibles infrastructures qui existaient se désagrègent plus rapidement.

En RCA, la moitié des infrastructures de santé ne fonctionne plus.

Avec un nombre accru de personnes demandant des soins d’urgence, les fournitures médicales peuvent être épuisées rapidement. Les personnels de santé, quelquefois victimes eux-mêmes du conflit, sont incapables de se présenter au travail. Les combats peuvent rendre difficile et dangereux l’accès aux établissements hospitaliers criblés de trous de balles, souvent pillés ou laissés complètement vides. En plus du manque de personnel et de ressources financières, ces facteurs représentent un terreau fertile pour une propagation rapide des maladies. Une recrudescence des cas de rougeole dans les deux pays et la flambée des cas de paludisme et de diarrhée menacent la vie de milliers d’enfants de moins de cinq ans.

Que ce soit en RCA ou au Soudan du Sud, il y a actuellement des inquiétudes par rapport au  paludisme. En RCA, la situation est potentiellement plus catastrophique, avec la saison des pluies qui va démarrer dans quelques semaines. A l’heure actuelle, le paludisme, maladie potentiellement mortelle transmise par les moustiques, est la première cause de mortalité dans le pays, avec 60 pour cent des motifs de consultation dans les établissements de santé (source MSF). La Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), grâce à une subvention du Fonds mondial, avait l’intention de lancer un programme de distribution de moustiquaires en avril. Cependant, vu la situation actuelle, l’agenda a été réaménagé.

«Nous devons faire ce que nous pouvons pour alléger la souffrance des gens autant que possible», explique Jean-Pierre Taschereau, chef des opérations d’urgence de la FICR à Bangui. «Ils vivent dans des conditions très difficiles et la dernière chose qu’ils souhaitent est d’attraper le paludisme, en plus de l’insécurité et de l’incapacité de mener une vie normale. Bien que nous ayons déjà commencé une distribution d’urgence de 12 000 traitements contre le paludisme à des partenaires locaux, nous devons faire beaucoup plus pour éviter que les gens tombent malades. Nous allons bientôt commencer la distribution de plus de 2,3 millions de moustiquaires afin de protéger environ 4,8 millions de personnes dans ce pays ».

Les efforts entrepris pour permettre à ceux qui ont besoin d’obtenir ces moustiquaires de toute urgence sont entravés par l’insécurité qui règne dans le pays. La route reliant Bangui au Cameroun, qui sert de point de passage à la plupart des marchandises dans le pays, est régulièrement fermée à cause d’attaques. Des centaines de camions sont bloqués à la frontière attendant que la sécurité de la traversée soit rétablie.

Au Soudan du Sud, les membres de la haute direction de la Croix-Rouge locale sont inquiets de ce qui adviendra si le conflit n’est pas jugulé à temps, car les pluies vont arriver dans deux mois. « Le pire pourrait arriver car la menace du paludisme et des maladies d’origine liées à l’eau est élevé pendant la saison des pluies», explique John Lobor, Secrétaire Général Adjoint de la Croix-Rouge du Soudan du Sud. «Le soutien actuel de la FICR qui inclut la promotion de l’hygiène et des activités liées à l’eau et l’assainissement sera utile pour préparer les gens à parer toute crise sanitaire. Pourtant, beaucoup reste à faire en termes de sensibilisation et d’allocation des ressources, pour atteindre la population à travers le pays ».

La crise a un impact sur ​​une situation sanitaire déjà désastreuse au Soudan du Sud qui détient quelques uns des pires indicateurs de santé dans le monde. Le taux de mortalité maternelle est le plus élevé au monde avec 2053 femmes qui meurent pour 100 000 naissances vivantes. L’accès à l’eau et à l’assainissement est aussi l’un des plus faibles dans le monde avec seulement 9,9 pour cent de la population ayant accès à de l’eau traitée.

Au Soudan du Sud, la polio reste également une préoccupation majeure. Il y a eu des épidémies dans les pays voisins en 2013, avec plus de 200 cas signalés dans trois pays (190 en Somalie, 14 au Kenya et 9 en Ethiopie). Avec une population qui est constamment en mouvement, les risques d’une épidémie au Soudan du Sud se développent. «La polio se propage le plus rapidement dans les zones les plus pauvres, les plus inaccessibles et en proie à l'insécurité; des zones où la couverture vaccinale est faible et où les services liés à l’assainissement et à l’hygiène sont insuffisants», souligne Dr John Haskew, délégué régional santé à la FICR.

L’année dernière, dans le cadre d’une mesure préventive, la FICR et la Croix-Rouge du Soudan du Sud ont appuyé un programme gouvernemental de vaccination contre la polio, qui a atteint plus d'un demi-million d’enfants dans les Etats de l’Ouest, du Centre  et de l’Est de l’Equateur. «La campagne récente de lutte contre la polio qui a eu lieu vers la fin de l’année 2013 était opportune et va aider à contenir la propagation de la maladie qui affecte déjà les pays voisins», explique Lobor. «J’avais entendu parler de la polio, mais je n’avais aucune information sur la façon dont elle affecte les enfants», explique Rose Mande, une femme âgée de 30 ans et mère de deux enfants. «J'ai encouragé d'autres mères à garder leurs enfants à la maison au cours de la campagne de vaccination contre la polio afin qu’ils puissent eux aussi être vaccinés». 

Les Sociétés de la Croix-Rouge des deux pays font ce qu’elles peuvent pour limiter tout foyer épidémique. Mais la grande insécurité rend difficile et dangereux le déplacement des volontaires et du personnel dans certaines localités. A ce jour, la situation de conflit n’a pas provoqué de flambée épidémique mortelle en République centrafricaine ou au Soudan du Sud. Toutefois, si les situations ne changent pas rapidement, la situation sanitaire pourrait facilement se détériorer.




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