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Le travail humanitaire : un engagement à la fois difficile et passionnant

Publié: 3 février 2014 14:54 CET

Mirabelle Enaka-Kima est responsable régionale de la communication pour la FICR en Afrique Centrale. Basée au Cameroun, une partie de son rôle est de faire le plaidoyer en faveur des personnes les plus vulnérables en Afrique Centrale. En 2013, elle s’est rendue en République Démocratique du Congo pour fournir un soutien aux réfugiés fuyant les violences en République Centrafricaine. C’est son premier blog. Vous pouvez contacter Mirabelle à mirabelle.enaka@ifrc.org.

Travailler dans l’humanitaire, c’est contribuer à réduire les vulnérabilités, porter assistance à ceux qui souffrent. Ceux qui du fait d’une situation inattendue, d’une catastrophe  ou d’une crise politique ou sociale,  passent d’un état de stabilité  et de sécurité, à la précarité  et l’insécurité. Redonner  le sourire à ces personnes vivant dans la détresse c’est les aider à retrouver leur dignité perdue, à redécouvrir la joie de vivre et pour certains à retrouver la chaleur familiale.

Toutefois, dans le contexte humanitaire, les conditions de travail ne sont jamais aisées car l’urgence ne  prévient pas. Elle nous sort de notre lit en plein milieu de la nuit ;  elle nous fait manquer les évènements importants au sein de nos  familles et nous met au contact de cultures et pratiques nouvelles et différentes de celles auxquelles nous sommes habitués. Mais au-delà de tout, l’expérience humanitaire nous grandit, donne un sens à notre vie, nous enseigne la tolérance, l’acceptation de l’autre dans sa différence, le respect de la diversité identitaire, la culture de la paix et la non-violence. Ces valeurs sont indispensables pour la construction d’une société dans laquelle prime le dialogue interculturel.   

Parcourir  de longues distances pour atteindre le lieu d'un sinistre , devoir  dormir dehors ou encore passer des nuits blanches pour s’assurer qu’une distribution de nourriture se déroule comme prévu, font partie intégrante du quotidien  des hommes  et des femmes qui consacrent leur énergie à soulager la souffrance des autres.

Une main tendue pour porter secours à autrui quand il est dans le besoin, ou encore des  paroles de réconfort pour le rassurer devant la détresse et la peur,  sont des réflexes que nous devons tous développer et mettre en pratique en tout temps.

Voici une petite illustration de mon expérience dans ce travail devenu une véritable passion pour moi.

En Avril 2013, je part effectuer une mission  dans la région de l’Equateur en République Démocratique du Congo (RDC), dans  le cadre d’une mission de communication à la suite des mouvements de populations.

C’est une mission difficile  du fait  de l’enclavement des localités et des sites d'accueil des milliers de centrafricains venus chercher  refuge  dans cette partie  de la RDC, frontalière  de la  Centrafrique également  difficile d’accès  du fait  de l’absence d’infrastructures routières et de  moyens  de transport  appropriés. 

Nous sommes une équipe de trois  communicateurs  pour  cette opération.  Notre périple commence à  Kinshasa,  quand  il nous faut trouver un vol  pour  Gbadolité, l’une des localités de la province de l’Equateur où étaient installés ces réfugiés.

La  première option, la plus simple  et la plus pratique  est  d’obtenir des places dans un vol humanitaire  qui se rend régulièrement  dans l’Equateur. La  deuxième  option, moins attrayante, serait de voyager par un vol commercial qui dessert partiellement cette province, et plus précisément Mbandaka, localité située à plus de  400 km de  Gbadolité. L’accès par voie routière  entre les deux  localités  se fait exclusivement en moto et à travers des sentiers et des pistes en forêt.

La mission est programmée  pour durer une dizaine  de  jours et nous avons déjà passé quatre  jours  à  Kinshasa  sans  pouvoir avoir de places  dans les  vols humanitaires prévus pour Mbandaka.

Au bout de quatre  jours  d’attente  interminables,  nous optons   pour  un vol commercial à destination de Mbandaka  mais sans avoir la moindre idée pour la suite du voyage, les vols pour Gbadolité étant incertains et rares.    

Le  voyage  se déroule  relativement calmement et nous avons bon espoir de trouver une solution pour la suite. Seulement, nous étions loin de nous imaginer que  nous allions devoir passer  trois  jours  à Mbandaka, sans eau ni électricité, scrutant le ciel dans l’espoir d’avoir  des conditions météorologiques favorables, élément indispensable pour que le vol soit  enfin programmé.

Finalement, après cette longue période d’attente, le départ  pour  Gbadolité  est enfin possible.

Une fois à Gbadolité et malgré le peu de temps dont nous disposons pour  réaliser  notre  mission,  nous  sommes très motivés  pour atteindre les objectifs  visés.  Nous  travaillons jour et nuit  à la collecte  d’informations  et autres outils  de visibilité pour inciter nos donateurs à financer l’opération d’assistance qui se prépare.

L'accès aux sites hébergeant les réfugiés se fait parfois à pied à travers les pistes, ou en pirogue. Malgré le  soleil brûlant de l’Equateur le long du fleuve Oubangui et les conditions de vies difficiles, le dialogue avec les réfugiés est convivial et les communautés qui les ont accueilli sont  généreuses et hospitalieres.§

Notre petite équipe, elle aussi fait face à des défis.  Nous sommes logés  dans une case de fortune, avec une seule pièce peu éclairée où nous travaillons toute la nuit.  Notre  seul repas quotidien se prend le soir dans la seule gargote du coin et est exclusivement constitué d’un morceau de chèvre grillée et de chikouang (pâte de manioc cuite à la vapeur). Nopus prenons notre  bain entre 6 et 7 heures  du matin, la seule tranche horaire quotidienne de distribution d'eau.

Au-delà  de la peur et des  risques  auxquels nous étions exposés  lors de cette  mission,   nous  n'avons  qu'un seul  objectif , celui  de  contribuer à la réduction des vulnérabilités auxquelles ces réfugiés sont exposés, ce que  nous pensons avoir réalisé au vue  des  actions meneées et de  l’adhésion des  réfugiés  au cours de nos échanges.

Finalement, nous avons la satisfaction d’avoir  accompli  notre mission. Les outils collectés et autres matériels produits dans le cadre de ce déploiement sont un apport capital à la mobilisation des ressources financières qui permettront démarrage de l’opération d’assistance au bénéfice de ces populations sinistrées.

C’est avec le sourire que nous achevons cette mission et nous sommes plus que jamais motivés  pour multiplier de telles expériences enrichissantes et inspirantes.




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La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge constitue, avec ses 190 Sociétés nationales membres, le plus vaste réseau humanitaire du monde. En tant que membres du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous sommes guidés dans notre travail par sept Principes fondamentaux: humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité.