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Fighting superstition in Congo’s Ebola zone

Publié: 8 avril 2003 0:00 CET

Didier Revol in Kellé

Dans le nord du Congo, le virus de l'Ebola se cache au plus profond de la forêt équatoriale. Les scientifiques le traquent sans succès. Il n'y a pas de traitement et jusqu'à 90 pour cent des personnes contaminées sont sures de mourir en quelques jours. Les comportements facilitant la transmission sont bien connus du corps médical mais peu compris de la population affectée. L'Ebola a un allié de choix : la superstition.

"Toutes ces morts sont le résultat de la pauvreté et de l'analphabétisme", explique le Dr Virginot Kounkou, responsable de l'hôpital de Kellé. "Il est évident que la fièvre hémorragique aurait fait beaucoup moins de victimes si il y avait plus d'écoles et de centres de santé par ici. De nombreuses personnes pensent que la maladie n'existe pas et que chaque mort est provoquée par des ennemis utilisant la sorcellerie." Cette croyance est tellement enracinée que les volontaires de la Croix-Rouge congolaise chargés de raisonner la population rencontrent souvent une hostilité décourageante. Presque trois mois après l'enregistrement du premier cas, un volontaire dit ne pas comprendre comment certains de ses voisins peuvent encore l'accuser de répandre la maladie au lieu de la combattre.

Tout s'est envenimé à la mi-février, au plus fort de l'épidémie, lorsque un sorcier local accusa quatre enseignants de tuer des gens dans le but d'acquérir des pouvoirs surnaturels. Selon lui, les enseignants appartenaient à la Rose-Croix, une secte gabonaise. Ceux-ci, en fait tous du même parti politique, furent exécutés par une foule furieuse à coups de barres de fer et de machettes. A partir de ce moment, les gens de Kellé furent si effrayés qu'ils s'enfuirent dans la forêt. Ainsi une confusion dangereuse était née dans les esprits : Croix-Rouge, Rose-Croix, pas de différence, d'autant plus qu'il n'existe qu'un mot en langue lingala pour décrire le rouge et le rose.

Avec un sentiment de peur mêlé à la nécessité d'accomplir leur devoir, les volontaires commencent à rejoindre des villages isolés. Quatre d'entre eux sont partis à vélo le mardi 18 mars pour le village de Ntsiami, à 52 kilomètres, tout près de l'épicentre de l'épidémie. Ils sont revenus samedi epuisés mais contents. "Les nouvelles sont bonnes" déclare Serge-Justin. "Nous n'avons pas trouvé de nouveau cas là-bas." Je lui demande : "Avez-vous été bien reçus?" "Aucun problème" me répond-t-il. "Bien que certains endroits étaient toujours complètement vides du fait de l'épidémie. C'était ça le plus effrayant."

L'hostilité se calme, même dans la forêt où les croyances sont les plus fortes. Comme l'explique un volontaire, chaque ancien dispose dans le secret de sa case des fétiches censés protéger sa famille ou son clan. Si il voit un étranger, sa première question est : "Est-il venu détruire mes fétiches ?" Les choses s'arrangent pour les volontaires car la population commence à se rendre compte qu'un sort ne peut pas tuer autant de gens à la fois.

Doucement, les efforts de sensibilisation portent fruits. Quand quelqu'un meurt ou présente des signes de diarrhée sanglante ou de forte fièvre, la famille a pris l'habitude d'appeler les volontaires de la Croix-Rouge. Les amis et les parents évitent de toucher le malade ou le mort et regardent en retrait les volontaires faire leur travail. La Croix-Rouge est sur le point de recruter de nouveaux volontaires pour accroître les connaissances de la population.

Mais la tradition constitue aussi un obstacle. Cerains ont déjà compris que certains comportements doivent être abandonnés malgré les traditions ancestrales. En Afrique, la famille du mort lave le corps et les personnes endeuillées se jettent sur lui, l'embrassent et s'étreignent pour pleurer. Après l'enterrement, les gens se lavent souvent les mains dans le même seau d'eau. "Tous ces comportements facilitent grandement la propagation de l'Ebola", estime Gaston Mbela, l'assistant du docteur Kounkou. "Les volontaires n'arrêtent pas d'avertir les gens de Kellé des dangers liés à de telles attitudes. Mais qu'en est-il des gens qui se cachent toujours dans la forêt ? Je suis certain qu'ils continuent à manger de la viande de gorille et vous savez que c'est ainsi que le virus de l'Ebola a été transmis à l'homme."

Le dimanche 23 mars, cinq jours après le décès de la dernière victime de l'épidémie, la joie a fait brutalement place à l'inquiètude. Un jeune homme de 23 ans était en train de mourir dans sa maison de terre. A l'examen, le docteur Steven Callens de l'OMS reconnaît tout de suite les symptômes de l'Ebola. Le patient nie souffrir de diarrhée même si le sol est couvert de sang et de selles liquides. Le jeune homme, malgré les conseils du médecin, sort de son lit lorsqu'il se trouve seul et se traîne jusqu'aux toilettes à l'extérieur pour y tomber dans le coma et mourrir quelques minutes plus tard. Immédiatement, les volontaires reviennent habillés de leur équipement protecteur, retirent le corps, brûlent les effets personnels et désinfectent la maison du défunt.

"Cet homme a toujours nié être une personne contact. Il a pourtant de la forêt ramené sur son dos un de ses parents malade" dit Fabienne, une volontaire. "Il a caché sa maladie jusqu'au dernier moment. Il devait avoir peur d'être mis à l'écart de la communauté. Et ses parents disent tous qu'ils ne l'ont pas touché. Nous savons que c'est un mensonge. Cet événement prouve que nous devons encore convaincre un grand nombre de gens. Je peux vous affirmer que l'épidémie n'est pas terminée."

Liens :

Informations - République du Congo
27/03/03 : Paroles de volontaires dans l'oeil d'Ebola
18/03/03 : Epidémie d'Ebola dans le nord du Congo
OMS Aide-mémoire - Fièvre hémorragique à virus Ebola
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