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Pour le Croissant-Rouge de Djibouti, l’eau est la vie

Publié: 16 décembre 2008 0:00 CET

Titus Mung’ou and Alex Wynter in Sankhal, Djibouti

Puits taris, citernes à sec, bidons vides

Telle est la cruelle réalité à laquelle sont confrontés les habitants de Sankhal, un groupe de collines rocheuses situé à environ 110 kilomètres à l’ouest de la ville de Djibouti où quelque 2000 familles d’éleveurs chassés de leur région d’origine par la sécheresse luttent pour leur survie.  Echoués dans le paysage lunaire qui s’étire le long de la frontière avec l’Ethiopie, ces anciens nomades souffrent de la faim et de la soif, et beaucoup sont malades.

Une sécheresse prolongée qui, loin de se dissiper, semble plutôt devoir s’aggraver, a plongé une multitude de gens dans une vulnérabilité aiguë.

“Nous n’avons pas vu une goutte de pluie de toute l’année”, rapporte le chef Mahamoud Roble, 60 ans, pointant sa canne vers le ciel. Il est midi et la chaleur est accablante.

Un puits tari, qui se trouve d’ailleurs en territoire éthiopien, est l’unique source d’approvisionnement des villageois qui y puisent une eau saumâtre et manifestement impropre à la consommation, avec des conséquences souvent fatales pour les tout petits.

“Hier, deux enfants sont morts des suites de la diarrhée”, rapporte Roble. “Beaucoup de gens restent confinés dans leurs huttes, terrassés par la maladie”, poursuit-il, ajoutant que “la plupart” des femmes et des enfants souffrent de malnutrition.

Nouveaux modes de subsistance

Fatuma, qui s’occupe seule de ses trois enfants depuis que son mari est parti pour la ville avec un peu de bétail, explique que les mères ne peuvent pratiquement plus allaiter à cause du manque de nourriture. Et, pour les nourrissons, il n’y a rien d’autre à manger.

Eleyeh Houssein Robleh, qui dirige le plus proche hôpital situé à Dikhil, à une quarantaine de kilomètres, confirme que la malnutrition aiguë et la diarrhée sont les deux principaux problèmes auxquels sont aujourd’hui confrontés les services de santé.

Rentrant à Dikhil d’une mission sur le terrain, l’équipe du Croissant-Rouge a chargé un maximum de malades à l’arrière du vieux LandCruiser: trois femmes, cinq enfants et un vieillard. Dès l’arrivée, les enfants souffrant de diarrhée sont immédiatement mis sous perfusion intraveineuse pour les réhydrater.

Interrogée sur la situation des femmes des communautés pastorales, Muna Abdullahi, 28 ans, secrétaire général de la section locale du Croissant-Rouge, note qu’elle sont confrontées à de nombreux défis.

“De l’aube au crépuscule, elles se démènent pour trouver à manger et à boire pour leurs familles”, explique-t-elle. “Les rares arbres encore debout ne leur procurent plus les fruits sauvages qui assuraient une bonne part de leur alimentation, mais seulement du bois de feu. Beaucoup de gens manquent cruellement d’abris, de couvertures, de moustiquaires, sans parler de nourriture.” 

Le Croissant-Rouge pense que, moyennant un peu d’aide, les éleveurs pourraient développer de nouveaux modes de subsistance comme le tissage pour les femmes ou l’agro-pastoralisme (combinaison d’horticulture et d’élevage – de chèvres dans la plupart des cas, les sols ravagés par la sécheresse ne pouvant plus nourrir de gros bétail) pour les hommes.

Un des derniers moyens de survie de Sankhal est le convoi de dromadaires qui assure chaque semaine le voyage à Dikhil pour acheter céréales, huile, sel et autres denrées de base.

La communauté reçoit également une visite hebdomadaire d’une clinique mobile.

Lutte pour la survie

De l’eau, on en trouve en revanche dans le bidonville de Balbala qui s’étale sous le couloir d’approche de l’aéroport international de Djibouti – à condition d’avoir de quoi payer. Cette banlieue déshéritée rassemble des milliers d’anciens éleveurs, mais aussi de réfugiés somaliens et d’immigrés éthiopiens.

Une société de transport privée vient régulièrement remplir de vieux fûts de pétrole reconvertis en tonneaux à eau. Mais tout le monde ne peut pas se permettre de faire le plein. “Il en coûte 100 francs (un peu plus d’un demi-dollar) par tonneau”, précise Hussein Hashin, un ex-soldat de 41 ans.

Les habitants usent avec parcimonie de ce bien précieux entre tous, pour la cuisine, la lessive et pour abreuver leurs animaux domestiques, en principe interdit dans ce secteur.

Ici, c’est une lutte de chaque instant pour nourrir et éduquer les enfants. L’école locale n’est qu’un sommaire abri de branchages et de lambeaux de tissu, mais l’instruction se paie elle aussi – 1500 francs par an et par élève, précise l’institutrice Farahein Mussa. Buho Gedi, une frêle veuve, assure la subsistance de ses cinq enfants en collectant et en vendant des déchets de plastique.

La capitale est devenue un refuge pour les éleveurs ruinés qui viennent y chercher de précaires emplois manuels ou mendient un peu de nourriture. Il y a une dizaine d’années seulement, la population de Djibouti se répartissait à égalité entre la ville et la campagne. Aujourd’hui, on compte près de trois habitants dans les zones urbaines contre un seul dans les régions rurales.

Wadis asséchés

“Nous aimerions pouvoir faire beaucoup plus pour les gens en matière d’approvisionnement en eau et d’assainissement”, déclare Abdi Khaireh Bouh, secrétaire général du Croissant-Rouge de Djibouti. “L’eau est la priorité absolue.”

“Tous nos wadis sont à sec”, commente son adjoint Moussa Djama Warsama. “Les gens sont tributaires de puits peu profonds et souvent contaminés, et le forage est une opération très coûteuse.”

Le mois dernier, Djibouti a été la première étape d’une mission d’évaluation interdisciplinaire de la Fédération internationale. L’équipe, composée de spécialistes de la nutrition, de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, de la santé, des secours et des moyens de subsistance, devait visiter les différents pays de la Corne de l’Afrique où on estime que quelque 17 millions de personnes ont besoin d’une aide d’urgence avant la fin de l’année.

Ses membres étaient également chargés d’aider les Sociétés nationales de la région à trouver des solutions pour renforcer leur action face à ce que la plupart des observateurs continuent de tenir pour la pire crise humanitaire actuelle de la planète. Leur mission, qui s’est conclue en Erythrée, a donné lieu à un rapport sur lequel s’est appuyé le nouvel appel d’urgence récemment publié par la Fédération internationale.




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