IFRC


Enterrer avec dignité les personnes décédées d’Ebola: Si nous ne le faisons pas, qui va le faire?

Publié: 24 décembre 2014 8:46 CET

Par Moustapha Diallo, FICR

Ce matin encore, Mamadi Kourouma, un volontaire de la Croix-Rouge Guinéenne, est extrêmement occupé. A peine a-t-il fini, avec son équipe d’enterrer une personne décédée d’Ebola dans le cimetière de Donka, situé au coeur de la capitale Guinéenne, que son téléphone sonne à nouveau. Au bout du fil, son superviseur qui lui demande de rappliquer dare-dare à l’hôpital de Donka où MSF a installé un centre de traitement Ebola. Une famille vient en effet, d’autoriser l’enterrement d’un des ses fils qui vient malheureusement de succomber lui aussi de cette maladie hautement contagieuse.

“C’est le quatrième enterrement depuis ce matin” explique Kourouma, l’air épuisé. “Mon équipe fait deux enterrements en moyenne par jour, depuis le mois de septembre.”

Volontaire à la Croix-Rouge Guinéenne depuis 2009, le jeune homme de 27 ans, supervise une des équipes en charge de l’enterrement digne et sécurisé, à Conakry. Il est le plus jeune dans son équipe composée de cinq personnes: Dr Mamadi Keita, Nabilaye Camara, Benjamin Kourouma et Alseyni Bangoura. Des volontaires comme lui, devenus des frères inséparables, depuis que l’épidémie a atteint la capitale Conakry.

“Cela fait trois mois que nous sommes ensemble. Je passe désormais plus de temps avec eux qu’avec les membres de la famille. D’ailleurs, depuis que nous sommes engagés dans les enterrements, bon nombre de nos amis nous évitent” explique Kourouma.

A Conakry et dans de nombreuses autres régions touchées par Ebola, la peur se lit sur certains visages. Malgré tous les efforts de sensibilisation, certaines personnes se cachent encore le nez au passage des équipes d’enterrement, comme si la maladie se propage dans l’air. Mais ce qui est difficile à supporter, c’est la stigmatisation croissante à laquelle font face, ceux qui se portent volontaires, comme Kourouma, pour enrayer cette épidémie. Le regard méfiant des voisins et des amis de longue date qui disparaissent, dès qu’ils ont appris que Kourouma travaille dans les enterrements.

Expliquer, encore expliquer, toujours expliquer

Des gens que Kourouma ne condamne pas. “c’est une maladie qui fait peur, donc nous ne nous lassons jamais d’expliquer, encore expliquer, toujours expliquer sur les modes de transmission et comment se protéger.”

L’étudiant en cinquième année de médecine était d’abord dans les équipes de sensibilisation avant d’intégrer il y a trois mois, les équipes en charge des enterrements dignes et sécurisés.

“Nous avons reçu de bonnes formations sur la maladie avant de descendre sur le terrain pour rencontrer les communautés et éduquer les gens” souligne Kourouma.

Toutefois le niveau de risque est plus élevé avec les enterrements car les corps des personnes décédées d’Ebola sont trés contagieux et doivent être traités avec beaucoup de précaution pour éviter une transmission communautaire. C’est pourquoi, Kourouma et son équipe portent des équipements de protection composés d’une combinaison, des lunettes et des gants à chaque fois qu’ils sont appelés à collecter et à enterrer une personne décédée d’Ebola. Là aussi, il faut sensibiliser et encore expliquer aux commuanutés, car Il suffit d’une erreur dans un décès communautaire, par exemple des gens qui touchent ou lavent le corps du défunt pour créer une nouvelle chaîne de contamination.

“Il faudrait bien que quelqu’un fasse ce travail et les gens ont peur. Nous, nous sommes formés à gérer ces corps pour justement éviter de nouvelles infections. Si nous ne le faisons pas, qui va le faire?” souligne Kourouma.

Malgré le danger auquel il s’expose tous les jours, Kourouma n’a pas peur.

“Nous veillons au respect strict des régles en matière de gestion des corps et avant de rentrer chez nous, nous nous désinfectons bien avec une solution chlorée” explique-t-il. Une façon de se protéger, de protéger sa famille et sa petite amie.

“Au début, ma petite amie m’évitait et avait peur lorsqu’on était ensemble. Elle n’acceptait pas d’être trop proche de moi, mais avec la sensibilisation, elle a changé d’attitude. En tant que volontaire, elle a compris que je ne pouvais pas rester les bras croisés et voir ma communauté continuer à mourir. D’ailleurs elle envisage de rejoindre la Croix-Rouge”, ajoute Kourouma, avec un large sourire




Carte


La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge constitue, avec ses 190 Sociétés nationales membres, le plus vaste réseau humanitaire du monde. En tant que membres du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous sommes guidés dans notre travail par sept Principes fondamentaux: humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité.