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Les orphelins et les rescapés d’Ebola ont besoin d’aide

Publié: 20 juillet 2015 22:58 CET

Corinne Ambler, FICR

Fatoumata Soumah parle avec la langueur de ceux qui ont subi de profonds traumatismes, trop déprimée pour rire, pour sourire – ou même pour pleurer.

La jeune femme de 22 ans a vaincu la maladie, mais treize membres de sa famille, y compris ses père et mère, n’y ont pas survécu. En l’espace de quelques semaines, leur vie a été bouleversée à jamais.

«Au début, je ne savais pas que j’avais attrapé Ebola, alors je ne faisais pas attention; je ne savais même pas que ça existait. Quand j’ai commencé à souffrir de maux de tête, de troubles de la vision, de fatigue, de douleurs à l’estomac et de vomissements, je suis allée à la clinique et c’est là qu’on m’a dit que j’étais infectée.

«Dix-sept membres de ma famille ont eu la maladie et treize sont morts. J’ai perdu ma mère et mon père.»

Fatoumata nous montre une enveloppe en plastique contenant quatre certificats – preuves qu’elle ainsi que deux frères et une soeur ont guéri de la maladie. Mais, pour leurs voisins de Dixinn, un bidonville de la capitale guinéenne Conakry, cela ne fait aucune différence.

«Les voisins ne nous achèteront rien, ils ne nous parlent même pas. Quand la compagnie d’électricité ou d’eau vient encaisser et que nous ne pouvons pas payer, ils se moquent de nous. Je n’ai plus de relations avec mes voisins. Je m’inquiète pour notre avenir», déclare-t-elle.

«Je suis stigmatisée par ma communauté et mon existence en est bouleversée. Mes parents vivaient de la vente de ferraille. Maintenant qu’ils sont partis, nous n’avons plus de travail et quand nous en cherchons, personne ne veut de nous parce que nous avons eu la maladie d’Ebola.»

Seule pour éduquer ses jeunes frères et soeur

Fatoumata, mère de trois enfants en bas âge, se fait beaucoup de souci pour Bountouraby, sa petite soeur de 14 ans, qui, à présent, a des difficultés à l’école à cause de problèmes provoqués par la maladie du virus Ebola.

«J’ai des troubles de la vision», explique Bountouraby. «A l’école, je ne vois pas le tableau noir. Il faudrait que je consulte un médecin, mais c’est cher et nous n’avons pas d’argent. La consultation coûte entre 20 000 et 30 000 francs (3 à 4 dollars US), sans parler du traitement. Nous n’avons pas les moyens.»

Fatoumata souffre elle aussi de problèmes oculaires ainsi que de maux de tête. Comme si sa situation n’était pas déjà assez difficile, elle a appris voici quelques jours lors d’une consultation à l’hôpital qu’elle était atteinte de fièvre typhoïde et de paludisme. Si seulement elle pouvait mettre en place un petit commerce, explique-t-elle, sa famille s’en trouverait beaucoup mieux.

«Je n’arrête pas de penser à ce que l’avenir nous réserve. Nous avons des enfants et ils doivent manger. Mais il faut de l’argent pour monter une affaire et créer des ressources. Si nous pouvions trouver de quoi bâtir une maison, nous pourrions la mettre en location. Ou si j’avais de quoi démarrer un petit commerce sur le marché, je pourrais aider mes enfants et ma petite soeur. Ils faut qu’ils puissent étudier, aller à l’école.»

 

La jeune femme nous conduit vers un espace poussiéreux où s’élevait le foyer familial. Le toit a disparu et ne subsistent que quelques pans de murs délabrés. Ces décombres sont à présent couverts d’ordures. A la question de savoir où dort la famille, elle nous indique différentes cabanes de fortune disséminées dans le petit jardin.

«Comment pourrai-je m’en sortir? Dès que l’un de nous met la main sur quelques pièces, nous achetons un peu de nourriture. Nous nous devons de nous entraider les uns les autres. Nous sommes une famille. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de nous chérir et de nous soutenir mutuellement. Ensemble, nous sommes plus forts.»

Tout au long des trente mois à venir, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) s’emploiera à aider les personnes affectées par Ebola, en particulier les jeunes, les mères célibataires, les orphelins et les rescapés de la maladie, à retrouver la santé et à assurer leur subsistance et leur sécurité alimentaire.

Fatoumata et les siens recevront bientôt treize ‘kits de condoléances’ – un pour chaque membre de la famille décédé – contenant du riz, de l’huile, du sucre, du lait, du savon, du chlore et du désinfectant pour les mains. La FICR a examiné la maison familiale et demandé des devis pour sa remise en état. La Croix-Rouge a aussi amené Bountouraby chez un médecin pour ses problèmes de vision et fera en sorte qu’elle puisse avoir des lunettes pour poursuivre sa scolarité.




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