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Guinée: Les volontaires de la Croix-Rouge risquent leur vie pour mettre fin à l’épidémie d’Ebola

Publié: 23 février 2015 8:44 CET

Un récit de première main d’une volontaire attaquée alors qu’elle essaie de mettre fin à l’épidémie

Par Moustapha Diallo, FICR

Aujourd’hui, Lopou Topou se sent beaucoup mieux. Elle sourit, car elle peut maintenant soulever ses épaules, sans trop de difficultés. En plus, les contusions et les plaies qui couvraient son corps commencent aussi à disparaître. Elle a 20 ans et à l’image de nombreuses filles de son âge, elle s’est faite une nouvelle coiffure. Pas seulement pour être belle, mais pour «oublier le calvaire qu’elle a vécu » dit-elle.

Il y a quelques jours, cette jeune femme qui travaille comme volontaire à la Croix-Rouge Guinéenne a été battue, avec un autre collègue volontaire, par une foule en colère à Forécariah, dans l’ouest de la Guinée, alors qu’elle était venue dans la ville, organiser un enterrement digne et sécurisé d’une femme suspectée d’être décédée d’Ebola.

«Au début, la famille n’a pas accepté notre intervention, mais après la sensibilisation, elle a fini par accepter pour ensuite nous donner de l’eau pour préparer la solution de chlore. Soudain, une foule en colère a commencé à nous lancer des pierres, car certains d’entre eux croient que nous allons leur transmettre le virus à travers la désinfection de la maison » explique Lopou.

L'équipe commença à fuir, mais Lopou tomba malheureusement. La foule l’attrapa pour ensuite commencer à la battre avec des bâtons, tout en lui donnant des coups de poing et de pied. Epuisée et étendue sur le sable, elle se rappelle avoir entendu ses assaillants dire qu’ils vont revenir avec un couteau afin de l’exécuter.

Les assaillants ont continué à pourchasser les collègues de Lopou, qui étaient contraints de la laisser seule et blessée dans une communauté méfiante et en colère. « Mes faibles appels au secours restèrent sans echo » explique Lopou. «Heureusement, j’ai été sauvée par un étranger en moto, qui vit dans la communauté et qui m’a conduite hors du village.»

L’importance du soutien psychosocial

Lopou a été transportée dans une clinique de la capitale Conakry, car elle était traumatisée et en état de choc.

«Lorsque nous avons rencontré Lopou au siège de la Croix-Rouge à Forecariah, elle avait trés peur. Elle s’était barricadée dans une pièce et s’était enfermée  dans un mutisme total, évitant les gens», explique Babacar Sanoko, un psychologue de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) qui a fourni un soutien psychosocial à jeune fille.

Lopou affirme qu’elle va continuer à lutter contre Ebola, même si sa famille tente de la convaincre d’arrêter le travail.

«Je ne suis pas découragée. Ce n’est pas le moment d’abandonner, parce qu’il y a encore beaucoup de peur et d’incompréhensions, et certaines communautés qui viennent tout juste d’être touchées par le virus Ebola ne sont pas encore bien informées sur la maladie. Nous devons leur fournir des informations exactes», explique Lopou. «Il y a aussi beaucoup de rumeurs au sujet de notre travail et de celui des autres intervenants. Les rumeurs se propagent plus vite que la vérité».

Au cours des dernières semaines, de fausses informations et des rumeurs sur Ebola ont circulé dans de nombreuses communautés à Conakry et dans les régions, déstabilisant les équipes opérationnelles, créant la panique, soulevant de la méfiance, et entravant la compréhension et la coopération des communautés.

Certains volontaires de la Croix-Rouge ont été menacés dans certaines communautés, ainsi que des équipes d’autres organisations d’aide. Une campagne de communication intensive impliquant la Croix-Rouge a été organisée pour aider à mettre un terme à ces rumeurs.

Pour Aliou Boly, le représentant-pays de la FICR en Guinée, «L’éducation et les efforts de mobilisation communautaire seront intensifiés afin d’établir la confiance avec les communautés, car aussi longtemps que les communautés se feront de fausses idées sur la façon dont Ebola se propage et que certaines empêchent les organisations humanitaires de faire leur travail, nous ne parviendrons pas à arrêter la maladie.»

Ce n’est pas la première fois que des équipes de Croix-Rouge sont confrontées à des incidents de sécurité, mais comme l’explique Boly «la récente attaque contre nos volontaires était grave et effrayante. C’est regrettable que nos braves volontaires qui mettent leur vie en danger pour arrêter l’épidémie d’Ebola soient eux-mêmes attaqués à cause de la peur, des rumeurs et du déni qui sévissent dans certaines communautés".

Depuis le début de l'épidémie, la Croix-Rouge Guinéenne, avec le soutien de la FICR, a été activement engagée dans la mobilisation sociale et l’éducation afin de dissiper les rumeurs et les mythes liés à la maladie d’Ebola.

La Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a lancé un appel d’urgence révisé de 28,69 millions de francs suisses  pour toucher plus de 11 millions de personnes qui pourraient être affectées par l’épidémie d’Ebola en Guinée. Au total, la FICR a lancé 16 opérations, en réponse à l’épidémie d'Ebola qui sévit en Afrique de l’ouest, ciblant quelque 39 millions de personnes. Pour plus de détails sur la réponse régionale de la Croix-Rouge contre Ebola, veuillez visiter www.ifrc.org/ebola-crisis.




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