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“J’ai eu tellement peur de mourir”. Vivre avec la peur d’attraper Ebola en Afrique de l’Ouest

Publié: 11 juin 2014 15:13 CET

Par Moustapha Diallo, FICR

La maladie à virus Ebola est une maladie intimidante. Elle est l’une des maladies virales les plus virulentes connues de l’humanité car elle peut tuer jusqu’à 90 pour cent des personnes infectées. Ainsi, lorsque le gouvernement Guinéen a déclaré une épidémie d’Ebola au mois de mars, la première du genre dans le pays, la peur et la panique ont envahi les communautés.

«J’avais tellement peur de mourir » explique Kamono Faga Moriba, un volontaire de la Croix-Rouge Guinéenne qui vit à Guéckédou, l’épicentre de l’épidémie et où les premiers cas ont été signalés.

«Je suis un biologiste de formation, mais je ne connaissais pas la maladie. Je suis donc allé sur Internet pour en savoir plus car c’était la première fois qu’une telle maladie a été détectée dans ma ville natale et dans mon pays».

Volontaire à la Croix-Rouge depuis 2009, le rôle de Moriba consiste à aider les membres de sa communauté après une catastrophe ou pendant une situation de crise, y compris les inondations, les troubles civils ou les urgences sanitaires. Mais pour Moriba, Ebola est une maladie particulièrement dangereuse et inconnue et pour lesquelles il n’y a qu’un traitement symptomatique et aucun vaccin.

«J’ai vu beaucoup de gens mourir à Guéckédou, donc j’ai eu vraiment peur, non seulement pour moi mais aussi pour les communautés» explique Moriba. «A un moment, j’ai pensé même abandonner le volontariat».

Plutôt que d’abandonner, Moriba a fait un examen de conscience pour surmonter sa peur car il est l’un des leaders de la jeunesse Croix-Rouge de Guéckédou et comme il l’explique «un capitaine doit rester à bord jusqu’à ce que tout le monde soit en sécurité».

La formation qu’il a reçue de la Croix-Rouge Guinéenne, avec le soutien de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), sur le virus Ebola et il comment se propage, lui a été d’une très grande utilité.

Il est aujourd’hui l’un des 400 volontaires formés et déployés par la Croix-Rouge dans les zones touchées et non touchées pour sensibiliser les communautés sur la façon de se protéger et de prévenir la propagation de la maladie. Les volontaires de la Croix -Rouge sont également impliqués dans la désinfection des domiciles et des établissements de santé infectés par le virus, la gestion des dépouilles mortelles, et le suivi des personnes qui ont pu entrer en contact avec des personnes infectées. Ils fournissent également un soutien psychosocial aux communautés afin d’atténuer les peurs.

«Chaque fois qu’un cas est découvert, nous envoyons une équipe de volontaires pour désinfecter la maison du patient », explique Moriba.

Bien que les volontaires sont engagés à partager des messages sur la façon de prévenir la propagation du virus Ebola, ils se heurtent parfois à une résistance dans certains villages comme Bafassa, Wassaya et Tolebengo à Guéckédou, où les rumeurs aident à alimenter les flammes de la peur.

«Les gens nous disent que les travailleurs humanitaires ont apporté la maladie, et que le produit qu’ils utilisent pour désinfecter les zones contaminées est un poison destiné à propager le virus. Ils disent également que pendant plusieurs décennies, ils ont consommé de la viande de brousse sans contracter une maladie, et se demandent pourquoi cela arrive maintenant» explique Moriba.

L’Organisation mondiale de la santé a déclaré que la chauve-souris, qui est consommée en Afrique de l’Ouest, est probablement l’hôte naturel du virus Ebola.

L’ignorance et la superstition présentent un grand défi pour les volontaires qui tentent d’éduquer les gens sur le virus. La Croix-Rouge Guinéenne intensifie ses efforts de communication par la formation de certains leaders communautaires afin d’établir une relation de confiance et arrêter la chaîne de l’infection.

«J’espère que nous allons continuer à les convaincre car qu’il y avait beaucoup de villages qui étaient résistants au début, mais maintenant ils ont changé leurs attitudes et pratiques », explique Moriba. «Parfois, je visite les villages affectés et, honnêtement, je crains de ramener le virus dans ma propre famille, même si je prends les mesures adéquates. Avec Ebola, vous ne pouvez jamais être trop prudent. Mon plus grand souhait est d'éradiquer la maladie dans les semaines à venir et revenir à une vie normale».

La FICR a lancé un appel d’urgence en Guinée pour soutenir la Croix-Rouge Guinéenne à répondre à l’épidémie à virus Ebola. L’axe principal des interventions consiste à déployer les volontaires dans les communautés afin de sensibiliser les gens sur la façon de prévenir la propagation de la maladie et, dans ce processus, atténuer la peur et la stigmatisation liées à cette épidémie. L’appel d’urgence est actuellement financé à hauteur de 95 pour cent. Des opérations similaires ont été lancées au Libéria et en Sierra Leone voisin après que des cas d’Ebola aient été confirmés dans ce pays. Des opérations proactives et préventives ont été lancées en Côte d’Ivoire, au Mali, et au Sénégal qui sont à risque en cas de propagation de la maladie au-delà d’autres frontières.

 




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