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Le retour de Mamadou: Un volontaire de la Croix-Rouge gagne son combat contre Ebola

Publié: 26 novembre 2014 9:31 CET

Par Helena Humphrey, FICR

Dans un village reculé du sud de la Guinée, une mère et ses enfants sont de nouveau réunis avec leur mari et père, qu’ils craignaient d’avoir perdu à jamais à cause de la maladie à virus Ebola. Autour d’eux, des centaines de villageois, tapent dans les mains, chantent et dansent pour célébrer le retour de Mamadou Noumou Diallo à Kérouané. Agé de 42 ans, l’ancien propriétaire du célèbre café est plus mince que lorsqu’ils l’avaient vu pour la dernière fois, il y a de cela un mois. Il est également vêtu de vêtements qu’ils n’ont jamais vu auparavant, ses poches sont vides et ne contiennent plus ni sa carte d’identité, ni son permis de moto-taxi ou encore sa carte de volontaire de la Croix-Rouge; des objets contaminés, laissés au centre de traitement d’Ebola à Guéckédou. Mais le clignement lent de ses yeux et son large sourire en disent long: Mamadou est un homme qui vient de renaître.

«Quand Mamadou est arrivé, il était fébrile, léthargique et avait mal au ventre», explique Daniel, un médecin travaillant pour médecins sans frontières, qui avait enfilé tous les jours des couches étouffantes de vêtements de protection afin de traiter son patient. «Quelques temps après, il n’eut même plus la force de manger ou de boire et a fini par tomber dans le coma». C’était un coma tellement profond que peu de gens pensaient qu’il allait se réveiller. Le centre de traitement de Guéckédou n’avait pas encore vu un patient d’Ebola livrer un tel combat contre la maladie, et réussir à échapper à ses griffes mortelles.

La femme de Mamadou, Aïssatou, quant à elle, était en train de se préparer à la perspective douloureuse de perdre son mari et d’avoir à affronter les conditions de vie d’une veuve. «Mon mari est notre seul gagne-pain, il s’occupe de nous tous. Heureusement, nous n’avons jamais eu faim durant son absence, car ses amis volontaires nous amenais de la nourriture», explique Aïssatou. Néanmoins, elle et ses deux enfants furent stigmatisés par les habitants du village. «Ils disaient que nous étions malades et s’enfuyaient en nous voyant» raconte-t-elle, tout en serrant très fort son bébé, profondément endormis dans son dos, solidement retenu par un pagne. «Je courrais dans tous les sens à la maison et pleurais tout le temps, mais ensuite, j’ai essuyé mes larmes et vaqué à mes affaires dans le village. C’était la seule façon pour faire comprendre aux gens que nous n’avions pas Ebola».

Mamadou se réveille

A quelques 135 km de là, l’instinct de survie d’Aïssatou était proche de celui de son mari, qui réussi enfin à ouvrir les yeux au bout de huit jours, commençant à prononcer quelques mots, suscitant ainsi l’espoir. «Lors d’un de mes jours de congés je suis venu au centre de traitement pour rendre visite à certains patients, y compris Mamadou»; se rappelle Dr Daniel «J’ai compris que quelque chose de spécial se passait car les infirmières dansaient à l’extérieur. Nous n’avons jamais baissé les bras pour Mamadou, pas une seule seconde. Nous avons réussi à faire baisser sa température et nous l’avons nourri avec du sérum glucosé en perfusion. Nous avons changé aussi ses draps deux fois par jour, et continué les massages thérapeutiques. J’ai prié également pour lui chaque matin avant de quitter la maison. »

Deux tests négatifs à Ebola, n’ont cependant pas mis fin au traitement de Mamadou. De graves escarres se sont développées lors de son coma et ont nécessité des soins médicaux de routine à l’hôpital du District de Guéckédou. Trouver du personnel pour le traiter, fut un défi. «Les personnels de santé ont toujours peur d’attraper la maladie», explique Germaine, une infirmière, également volontaire de la Croix-Rouge Guinéenne. «Pendant des années, j’ai pris soin de gens séropositifs. Bon nombre d’entre eux ont été stigmatisés pendant cette épidémie, et je ne peux pas supporter de voir la même chose se reproduire avec le virus Ebola.»

Mamadou fut pris en charge dans un service séparé,  Germaine veillant sur lui le jour et un camarade volontaire de la Croix-Rouge, Diallo, pendant la nuit. «Ce ne fut pas seulement pour son bien-être physique», explique Germaine. «Je voulais m’assurer que Mamadou se sentait bien mentalement aussi.» Mission accomplie, à en juger par la facilité avec laquelle Mamadou interagit avec eux. «Ce sont ma mère et mon père», plaisante-t-il, effectuant quelques pas de danse devant ses soignants pour prouver qu’il est assez bien physiquement pour rentrer à la maison. «Le jour où on lui a dit qu’il pouvait retourner dans sa famille, il a cessé de dormir,» sourit Germaine, ressemblant à une mère un peu fatiguée. «Je devais à chaque fois le renvoyer au lit».

Germaine l’accompagna sur le long chemin du retour, prenant de nombreuses routes où seuls quelques camions passent, arborant le slogan «inchallah» ou «Grâce à Dieu» dans le but d’assurer leur sécurité. A l’entrée de Kérouané, d'autres camarades volontaires de la Croix-Rouge l’accueillent montés sur des motos, accompagnant le 4X4 blanc qui le conduit dans sa dernière ligne droite. Les familles se précipitent hors de leurs maisons de paille, pointant du doigt la voiture quand elles l’aperçoivent, scandant son nom. Un nom bien connu maintenant dans ce village.

Et c’est ici qu’on retrouve Mamadou, sa fille à ses côtés, au centre d’une cérémonie organisée en son honneur, en présence de fonctionnaires préfectoraux. Je lui demande quelle est la prochaine étape, maintenant qu’il est à la maison, et sa réponse est simple. «Je vais profiter de la bonne cuisine de ma femme et je vais rester sur la bonne voie». Où ce chemin va-t-il le conduire? «Jamais vers une autre cigarette, » dit-il en riant. «La seule bonne chose d’être dans le coma, c’est que ça te permet d’arrêter facilement de fumer.» Il fait une pause pendant une seconde et devient pensif. «Et je vais retrouver mon travail de volontaire à la Croix-Rouge» dit-il. «Je tiens à ajouter au moins un an de service à la décennie que j’ai déjà donnée à la Croix-Rouge."

La Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a lancé un appel d’urgence révisé de 28,6 millions de francs suisses pour toucher plus de 11 millions de personnes qui pourraient être affectées par l’épidémie d’Ebola en Guinée. Au total, la FICR a lancé 16 opérations, en réponse à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, ciblant 39 millions de personnes. Pour plus d’informations sur la réponse régionale de la Croix-Rouge contre Ebola, veuillez visiter www.ifrc.org/ebola-crisis.

 

 




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