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"Nous souffrons de la stigmatisation." L'historie d'un voluntaire au Guinée

Publié: 23 mars 2015 6:00 CET

Siaka Tounkara est volontaire de longue date à la Croix-Rouge de Guinée. Quand l’épidémie d’Ebola s’est déclenchée, il a choisi de s’engager dans les équipes chargées d’inhumer les victimes dans la dignité et la sécurité. Quoique exposé de ce fait à l’ostracisme et à la discrimination, Siaka continue de donner son temps et ses forces pour aider à libérer son pays de cette maladie meurtrière.

Voici son histoire.

Je m’appelle Siaka Tounkara. J’ai 30 ans et je suis responsable de la gestion des catastrophes dans le district de Nzerekore, au sud de la Guinée. Je suis également professeur de sciences physiques à l’école secondaire de Nzerekore. Je suis entré à la Croix-Rouge de Guinée en 2009.

Depuis le déclenchement de l’épidémie d’Ebola dans notre région, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher le virus de se propager davantage. Je suis en ce qui me concerne responsable des équipes d’inhumation et de désinfection à Nzerekore. Notre travail n’est pas facile. En raison de la peur, du manque d’information et du déni pur et simple de la maladie, nos équipes sont fréquemment menacées, attaquées ou chassées par certaines communautés. Nous poursuivons vaille que vaille nos activités de sensibilisation et de mobilisation communautaire, mais des gens persistent à penser que nous propageons nous-mêmes le virus par nos campagnes de désinfection. C’est pourquoi nous devons parler, encore et encore, afin de rassurer les gens et de les convaincre de l’utilité de notre travail. Mais il y a toujours des rumeurs et de fausses idées qui circulent.

Nous souffrons aussi de la stigmatisation. Par exemple, quand mon logeur a appris que j’étais engagé dans la riposte contre Ebola, il m’a expulsé sans le moindre préavis. Il était terriblement agressif. Il a jeté toutes mes affaires dehors et j’ai dû trouvé un nouvel endroit où loger ma famille. Cela m’a tellement déprimé que j’ai même envisagé de tout laisser tomber. Beaucoup de mes amis et parents nous rejettent eux aussi, mais que faire? Si j’abandonnais mon équipe, beaucoup d’autres volontaires seraient découragés – surtout que c’est moi qui ai convaincu nombre d’entre eux de s’engager à la Croix-Rouge.

Le sang de la Croix-Rouge coule dans mes veines et aider les autres est pour moi parfaitement naturel. Je ne peux pas quitter mon travail alors que mes concitoyens continuent de mourir à cause de leur ignorance. C’est pourquoi je supporte insultes et menaces.

Deux volontaires engagés dans les services d’inhumation ont succombé à Ebola en s’efforçant de protéger les autres contre la contagion. C’étaient deux amis très chers. Cette perte m’a profondément marqué et c’est dans cette expérience tragique que je puise l’énergie nécessaire pour continuer de parler aux gens afin de vaincre la peur et l’ignorance, car le sacrifice de mes amis ne doit pas rester vain. Nous devons stopper Ebola. 




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