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“Les Garçons de Sylla” : Assurer des enterrements dignes et sécurisés en Guinée

Publié: 10 novembre 2014 17:00 CET

Par Hélène Humphrey, FICR

Le téléphone mobile de Fatoumata Sylla vibre toutes les cinq minutes, faisant vaciller à chaque fois, la table qui nous sépare. Parfois, elle jette un regard à l’écran et sourit. “Mes garçons” me dit-elle en secouant la tête et en riant. “Depuis que je suis venue ici à Guéckedou ils me contactent tous les jours pour voir comment je vais.”

Mais Sylla n’est pas encore maman. A 28 ans, elle est la plus jeune de ses trois sœurs et, depuis que la maladie à virus Ebola est apparue dans la capitale au mois de Mars, elle a été designée comme point focal de la Croix-Rouge pour les enterrements dignes et sécurisés à Conakry.

C’était ici, qu’elle a commencé à superviser quatre équipes en charge de l’enterrement et de la désinfection, soit quelque 48 volontaires, que Sylla appelle maintenant affectueusement “ses garçons”; Leur tâche, au mieux, pourrait être décrite comme formidable ; 97 pour cent des enterrements sont gérés par la Croix-Rouge Guinéenne, et le nombre de cas d’Ebola double maintenant toutes les deux semaines.

«A 7 heures du matin, j’allumais mon téléphone attendant un appel. C’était rare de voir un jour qui passe sans qu’il y ait un corps à collecter et enterrer. Tout d’abord, je préparais tout le matériel nécessaire; les vêtements de protection, le pulvérisateur, la solution de chlore et les charger sur le pick-up.” En parlant, elle liste une à une, avec ses doights, les différentes étapes à suivre. “Ensuite, je sautais dans le pick-up pour aller prendre l’équipe à la Croix-Rouge locale de Matoto, et ensemble nous allions au centre de traitement d’Ebola à l’hôpital de Donka. S’il y avait un mort dans une communauté, nous nous conduisons dans cette localité pour enterrer le corps.”

Leurs journées étaient longues, les distances parcourues aussi - enterrant jusqu’à neuf personnes par jour, parfois dans de lointaines localités comme à Coyah et Forécariah, situées à quelque 100 kilomètres de la capitale.

“Au début, nous ne disposions pas suffisamment de personnel pour faire le travail», explique Sylla, “donc j’intégrais le groupe partout où je pouvais, portant la combinaison blanche, les lunettes et les gants pour aider dans les enterrements.” Y avait-il un moment où elle se sentait dépassée par la gravité de la tâche à accomplir? “Pas une seule fois” dit-elle, confiante et sans la moindre hésitation. “J’ai participé à de nombreuses de sessions de formation, je savais ce que je faisais. En outre, j’avais le soutien total et le respect de mon équipe.”

L’acceptation, cependant, n’était pas évidente dans la communauté à laquelle appartient Sylla, ni à son domicile. “Ebola ne signifie pas la mort, mais je devais faire comprendre cela à mes sœurs. Je les éduquais , de la même manière que j’éduque les communautés. Je leur décrivais également la protection que je portais, les protocoles à observer, pour les rassurer.”

Alors que les sœurs de Sylla adhererent  à l’idée, ses voisins devenaient par contre méfiants. “Ils avaient l’habitude de me voir transporter du savon et du chlore dans le cadre de mon travail. Mais dès que nous avons eu le premier décès dans notre communauté, leurs voix baissaient à chaque fois que je marchais dans la rue. Je les ai entendus dire que nous étions en train de propager la maladie en distribuant des kits d’hygiène.”

Une détermination sans faille

Les défis, exacerbés par un manque de compréhension de la maladie et la peur, ne se sont pas estompés. “Quand nous sommes allés dans certains villages pour enterrer les corps, nous avons été menacés. Mais que pouvions-nous faire? Nous ne pouvions pas laisser un corps là-bas, car c’est trés infectieux. Donc, nous avons persévéré. Nous avons parlé avec les familles. Nous avons parlé, parlé et parlé encore.”

Et ce fut à travers ce processus, explique Sylla, qu’elle a découvert ce qui pourrait être décrit comme son propre atout dans une action dominée par les hommes. “Souvent, ce sont les mères de familles qui lavent, vétissent et préparent le corps pour l’enterrement, de sorte qu’entre femme, je pouvais entrer dans un dialogue avec elles sur ce que mes équipes faisaient et pourquoi. Parfois, cela a vraiment aidé à désamorcer une situation tendue.”

Le rire soudain de Sylla semble venir comme un antidote direct aux situations tendues qu’elle a rencontrées. Elle dit qu’elle a du mal à garder un visage impassible quand les gens lui demandent si elle n’a pas peur, en tant que femme, pour entrer dans le cimetière derrière la grande mosquée Fayçal de Conakry pour superviser les enterrements. “Ecoutez», dit-elle, poussant les limites qu’elle s’est fixée, “il en faut beaucoup plus pour me secouer et je l’ai déjà fait. Lorsque le choléra a éclaté en 2012, j’étais sur la ligne de front aussi."

Son téléphone vibre à nouveau et cette fois, elle prend l’appel. Son visage s’illumine mais le ton est ferme. “Je vais bien”, dit-elle, “ne vous inquiétez pas pour moi.” Et je la laisse continuer son travail, en sachant que, dans une situation de crise, c’est une unique et infaillible paire de mains sur laquelle le peuple Guinéen peut compter.

La Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a lancé un appel d’urgence révisé de 8,9 millions de francs suisses pour atteindre plus de 11 millions de personnes qui pourraient être affectées par l’épidémie d’Ebola en Guinée. Au total, la FICR a lancé 15 opérations  en réponse à l’épidémie d’Ebola qui sévit en Afrique de l’Ouest, en ciblant quelque 39 millions de personnes. Pour plus d’informations sur la réponse régionale de la Croix-Rouge contre Ebola, veuillez visiter www.ifrc.org/ebola-crisis.




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