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“Ils m’ont accusé d’avoir vendu mon fils.” Le père d’une victime d’Ebola se confie

Publié: 24 octobre 2014 19:35 CET

Par Moustapha Diallo, FICR

Saa Mamadi Ceno est le Président de la Croix-Rouge locale de Gueckédou, au sud de la Guinée, l’épicentre de l’épidémie d’Ebola. Depuis l’apparition du virus dans sa localité, de nombreuses personnes sont mortes, dont des proches. Dans une tentative d’infléchir la courbe de l’épidémie, Saa Mamadi multiplie alors les activités de sensibilisation. Tous les jours, avec le concours de centaines de volontaires de la Croix-Rouge Guinéenne, il parcourt les nombreux villages disséminés dans la forêt touffue de Guéckedou pour diffuser des informations salvatrices aux communautés. Derrière ce stoisme, se cache toutefois une douleur indicible.

“Ebola a tué mon fils” explique-t-il, d’une voix empreinte d’émotion. “Il n’avait que 25 ans et beaucoup trop jeune pour mourrir.”

C’est au mois de Juin dernier que son fils chauffeur de moto-taxi a contracté le virus, alors qu’il transportait une femme atteinte d’Ebola, sans le savoir. Cette dernière aurait vomi sur lui à deux reprises en cours de route. Elle mourut deux jours après son transfèrement au centre de traitement de Guéckedou.

Quelques jours plus tard, le fils de Saa Mamadi tomba malade. Il avait des douleurs persistantes, de la diarrhée et vomissait abondamment. Reconnaissant les premiers signes d’Ebola, le père anxieux, amena alors son fils malade à l’hôpital, tout en prenant les précautions nécessaires pour se protéger.

Le test Ebola effectué sur son fils se révéla positif. Deux jours après son hospitalisation, il est décédé, laissant derrière lui, une femme et deux petits enfants, désormais à la charge de Saa Mamadi.

En raison de son contact étroit avec son fils, Saa Mamadi et toute sa famille ont été placés sous surveillance pendant la période d’incubation qui dure 21 jours.

“Les gens me fuyaient. Certains refusaient même de me prendre au téléphone. Des rumeurs blessantes colportées par le voisinage ont circulé dans les villages, disant que j’ai vendu mon fils aux organisations humanitaires à 70 millions de Francs Guinéens (10,000 US dollars). Certains refusaient de vendre à ma femme. A chaque fois qu’elle partait au marché, elle rentrait en pleurant.” explique Mamadi.

Sans le soutien de la Croix-Rouge Guinéenne, Saa Mamadi et sa famille n’allaient pas se relever de cette stigmatisation dont ils ont été victimes.

“La Croix-Rouge Guinéenne nous a beaucoup soutenus pendant cette période difficile en nous fournissant des vivres et de l’argent. Le Président m’appelait régulièrement pour me remonter le moral. Cela m’a beaucoup aidé” souligne Saa Mamadi, soulagé de ne pas avoir contracter le virus ainsi que les membres de sa famille après la fin de la période d’incubation.

“Ebola n’est ni une malédiction, ni de la sorcellerie. Je suis un fils du terroir et jamais je ne comploterai contre vous” souligne Saa Mamadi lors d’une activité de sensibilisation à Kolebengo, l’un des villages les plus résistants de Guéckedou. “Si la maladie était amenée par les travailleurs humanitaires, je n’allais pas perdre mon fils car je suis aussi l’un deux”

Depuis la mort de son fils, Saa Mamadi est mieux écouté par les populations. A chaque fois, il est interpellé dans la rue mais ne se lasse jamais pour répondre aux questions que les gens se posent. « Généralement, ils veulent savoir comment la maladie se propage et comment s’en prémunir?

“Je me bats contre cette maladie pour que d’autres parents ne perdent pas leurs enfants qui doivent bâtir demain notre région et notre pays”.

La Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a lancé un appel d’urgence pour soutenir 11 millions de personnes en Guinée, susceptibles d’être affectées par l’épidémie d’Ebola. Les activités mettent l’accent sur ​​la sensibilisation dans les communautés, la gestion des dépouilles mortelles, le suivi de ceux qui ont pu entrer en contact avec une personne infectée, ainsi que le soutien psychosocial.

 




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