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Un an plus tard : Des mots pour en finir avec Ebola

Publié: 23 mars 2015 13:50 CET

Corinne Ambler, FICR

Il y a un an, la plupart des habitants de la planète n’avaient jamais entendu parler de la maladie du virus Ebola, une fièvre hémorragique extrêmement grave et meurtrière. Quand, le 23 mars 2014, l’Organisation mondiale de la santé annonça qu’Ebola était devenue épidémique, la maladie avait déjà fait 60 morts en Guinée et était sur le point de s’étendre au Liberia.

Tout au long de l’année écoulée, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont travaillé sans relâche pour tenter de juguler l’épidémie en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, les pays les plus durement touchés par la maladie qui a contaminé près de 25 000 personnes et fait plus de 10 000 morts à ce jour. En dépit d’une mobilisation internationale massive, on continue d’enregistrer chaque semaine de nouveaux cas en Guinée et en Sierra Leone, alors qu’on ne dispose toujours pas de vaccin ni de traitement.

Dans le cadre de rencontres organisées à Conakry, en Guinée, à l’occasion du premier anniversaire du déclenchement de l’épidémie, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a discuté avec ses partenaires de ce qui avait été accompli ces douze derniers mois, des leçons à retenir et des priorités futures.

«Nous savons qu’une approche intégrée donne de bons résultats. Traiter les malades, localiser et surveiller les personnes qui ont été en contact avec eux, inhumer de façon digne et sécurisée les victimes, éduquer la communauté sur la réalité des faits concernant Ebola et amener les gens à signaler sans le moindre délai les nouveaux cas – tels sont les différents éléments dont la combinaison nous a permis d’éradiquer Ebola de certains points chauds», souligne Norbert Allale, coordinateur régional de la riposte contre Ebola pour la FICR.

La FICR a profité de ces rencontres pour lancer ‘Des mots contre Ebola’ (Words Against Ebola), une campagne mondiale qui met l’accent sur l’utilisation des termes adéquats pour aider à vaincre la maladie. Cette initiative vise à faire progresser la connaissance et la conscience, à atténuer les peurs, à éviter le piège de l’autosatisfaction et à mobiliser un soutien mondial afin de parvenir à zéro cas d’Ebola.

Selon Elhadj As Sy, secrétaire général de la FICR, les mots ont le pouvoir de corriger les perceptions erronées, de promouvoir le dialogue, de surmonter les résistances qui barrent le chemin vers zéro nouveaux cas.

«Nos mots et nos actes feront la différence. Ils construiront le dernier tronçon de la route vers la confiance et la résilience. Des mots pour éliminer la stigmatisation envers les travailleurs de la santé et les rescapés, des mots pour sensibiliser les gens à la prévention, des mots de solidarité du monde entier pour dire aux personnes et communautés affectées: Nous ne vous abandonnerons pas – ensemble, nous vaincrons Ebola.»

La Guinée s’est révélée le pays le plus difficile dans cette lutte contre Ebola. Son étendue géographique, ses communautés très isolées, l’absence de réseaux de téléphone et d’Internet, les croyances fermement ancrées dans les guérisseurs traditionnels, les sorciers et le vaudou ont constitué autant de facteurs aggravants de peur, de défiance, de désinformation.

Bien que de nouveaux cas continuent d’être diagnostiqués semaine après semaine, certains en Guinée continuent de nier la réalité d’Ebola, d’autres sont convaincus que les solutions de chlore utilisées pour désinfecter les habitations et autres locaux propagent le virus. Des volontaires de la Croix-Rouge sont régulièrement agressés par des gens poussés par la peur, ce qui complique d’autant les efforts pour identifier et localiser les personnes susceptibles d’avoir été en contact avec des malades. Enfin, certains continuent de procéder à des inhumations non sécurisées, risquant ainsi de disséminer encore davantage le virus.

Aly Badara Kallo, 25 ans, est volontaire à la Croix-Rouge de Guinée depuis l’âge de 10 ans. Il a fait partie de la première équipe à visiter la communauté quand l’épidémie s’est déclenchée et n’aurait pas alors pensé que son pays se battrait toujours contre Ebola un an plus tard.

«C’était la première fois que notre pays était confronté à ce virus. Personne n’aurait imaginé qu’il s’incrusterait si longtemps. Au début, en regardant des vidéos sur Internet de volontaires tués en combattant Ebola au Congo, j’étais vraiment terrorisé. Mais j’ai tenu bon, parce que j’ai aussi eu l’occasion de parler avec des Congolais qui avaient gagné la bataille, et ça m’a donné le courage de continuer», raconte-t-il, bien qu’il subisse régulièrement des agressions et que beaucoup de gens s’obstinent à ne pas vouloir entendre ses messages.

«Il y en a même qui téléphonent pour m’insulter quand je passe à la radio. Le soutien psychosocial dont nous avons bénéficié nous a beaucoup aidés, en nous apprenant à passer outre ce genre de comportement. Je continue aussi tout simplement parce que le seul moyen de faire reculer Ebola, c’est la communication.»

La FICR et les Sociétés nationales de la Croix-Rouge de Guinée, du Liberia et de Sierra Leone ont beaucoup accompli cette dernière année. Elles ont formé quelque 10 000 volontaires qui ont effectué des tâches dont personne d’autre ne voulait – soigner les patients, inhumer les victimes de façon digne et sécurisée, faire le suivi des personnes ayant été en contact avec des malades, fournir un soutien psychosocial aux rescapés et à leurs familles, et procurer à quelque 4,6 millions des informations correctes sur la maladie.

Des plans de relèvement sont à présent en cours d’élaboration et seront bientôt mis en oeuvre sous la conduite des communautés concernées, cependant que les équipes d’intervention continueront de combattre sans répit les flambées épidémiques. Chaque pays a des besoins variés en matière de relèvement, mais on peut mentionner comme éléments communs la reconstruction et le développement des systèmes de santé, l’agriculture et la sécurité alimentaire.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a mis sur pied 16 opérations d’urgence en réaction à l’épidémie d’Ebola. D’un budget global de plus de 112 millions de francs suisses, elles visent à toucher quelque 39 millions de bénéficiaires. Pour plus de détails sur les opérations de la Croix-Rouge contre Ebola, visiter http://www.ifrcmedia.org/ebola/




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