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Lesotho : personne n’est épargné par la crise

Publié: 7 mars 2013 22:37 CET

John Sparrow au Lesotho

Si vous demandez à Malikhang Matsoakeletse, volontaire à la Croix-Rouge, ce qui ne va pas dans les villages des collines du Lesotho, elle vous emmènera juger par vous-même auprès de ses ‘clients’: les vieillards isolés et affamés, les mères qui luttent jour après jour pour la survie, les orphelins, les personnes séropositives au VIH, les grands-parents démunis qui ont la charge des enfants de leurs enfants.

Le matin où nous l’avons rencontrée, la tournée de Malikhang nous a conduits chez Mafilipi Nthaha, 56 ans, qui élève son petit-fils Tlhokomelo âgé de 9 ans, un garçon à l’esprit vif qui veut devenir footballeur. Qui sait, peut-être y parviendra-t-il un jour, mais, d’ici là, il y a de fortes chances pour qu’il se couche souvent encore la faim au ventre.

Mafilipi est dans une situation critique. Une crise alimentaire affecte de vastes régions du Lesotho, du Malawi, de l’Angola et du Zimbabwe, et le champ où elle cultive en temps normal du maïs et du sorgho a été ravagé tour à tour par les inondations et la sécheresse. Elle a désormais épuisé toutes ses semences et la terre est à nu. Son modeste jardin potager ne suffit pas et elle survit essentiellement des rations de maïs empruntées à ses voisins, et de l’aide que Malikhang s’ingénie à lui procurer à chaque fois que c’est possible.

Tlhokomelo a perdu son père – le fils de Mafilipi – en 2011 et sa mère l’avait abandonné quand il était encore un bébé. Aujourd’hui, il n’a plus que sa grand-mère pour veiller sur lui. Plusieurs milliers de foyers comme le leur bénéficient d’une assistance de la Croix-Rouge du Lesotho.

Mais revenons-en à Malikhang. Habituée qu’elle est aux difficultés et souffrances de ses voisins, elle fait face avec calme et un grand esprit pratique, ne cédant jamais au désespoir malgré la gravité de la situation. «Les choses n’ont jamais été aussi mal», confesse-t-elle. «C’est de loin la pire crise à laquelle nous ayons jamais été confrontés.»

L’agriculture, nous explique-t-elle, est à l’agonie. Plusieurs récoltes successives ont été perdues et de nombreux animaux d’élevage ont péri dans l’implacable enchaînement des sécheresses et des inondations. «J’ai peur que ce soit bientôt au tour des gens», commente-t-elle.

Dans le cadre d’un programme lancé récemment en partenariat avec la Croix-Rouge allemande et le soutien financier de l’Union européenne, la Croix-Rouge du Lesotho aide des communautés déshéritées à créer des jardins pour garantir un approvisionnement en légumes tout au long de l’année. Elle fournit aux bénéficiaires des semences adaptées à l’environnement et à la saison et leur apprend à gérer de manière judicieuse ces précieuses ressources afin qu’elles ne servent pas pour une seule et unique récolte, mais contribuent durablement à améliorer les conditions d’existence.

Malikhang enseigne aux gens comment conserver leurs produits et les aide à développer leurs moyens de subsistance. Sa propre cuisine abrite des centaines de poussins qui assureront bientôt des sources de revenus à des orphelinats, des associations de soutien aux personnes vivant avec le VIH et autres groupes vulnérables.

Elle veille attentivement sur les villageois les plus démunis, y compris ceux qui ont besoin de soins médicaux, et s’emploie également à sensibiliser la communauté à l’importance de l’hygiène et du bien-être mental, tous deux cruciaux en temps de crise. Elle parle volontiers des projets dans lesquels elle est engagée, mais reste très discrète sur sa personne, sur ses besoins personnels, sur le manque de nourriture dont elle souffre elle aussi et sur sa petite-fille qu’elle a recueillie.

En réalité, personne n’est épargné par la crise et elle connaît les mêmes difficultés que tous les membres de la communauté. Son mari est un paysan sans terre. En temps normal, la famille vit du métayage, semant et cultivant les champs des autres et partageant avec eux les récoltes. Mais la crise a porté un coup fatal à ce système et, l’année dernière, le couple n’a rien pu planter.

La petite-fille de Malikhang, qui a aujourd’hui 16 ans, est née d’une mère séropositive au VIH et a elle aussi été abandonnée en bas âge. Malikhang est très inquiète pour son avenir, car la famille n’a pas les moyens de lui payer ses études secondaires.

Ne rien avoir pour soi est une chose, mais, ce qui lui pèse plus encore, c’est de n’avoir rien à donner aux autres. Elle pense aux enfants affamés qui viennent en vain frapper à sa porte, car ses réserves sont épuisées.

«Je n’ai rien moi non plus. Je me sens si misérable de ne pas pouvoir les aider», déclare-t-elle.

Elle envisage parfois de quitter le village et d’aller chercher un emploi à la ville. Elle est intelligente, pleine de ressource et possède de solides compétences grâce à sa formation à la Croix-Rouge.

«Mais comment pourrais-je faire cela? Je ne peux pas laisser tomber mes voisins, abandonner les enfants à leur sort.»

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et la Croix-Rouge du Lesotho fournissent aussi une aide alimentaire d’urgence à des familles particulièrement éprouvées par la crise. De même, les Sociétés de la Croix-Rouge du Malawi, du Zimbabwe et de l’Angola assistent des communautés cruellement affectées par l’insécurité alimentaire dans leurs pays respectifs, également avec le concours de la Fédération internationale.




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