IFRC


Les souffrances des rescapés d’Ebola

Publié: 23 mars 2015 10:00 CET

Anita Dullard, FICR

La ville de Bopulu commence à s’animer peu à peu, les motos-taxis ont entamé leurs rondes pétaradantes et les coqs font écho à leurs incessants coups de klaxon. Les volontaires de la Croix-Rouge du Liberia qui sont venus apporter aide et réconfort à Tenneh Kamara écoutent avec attention le récit pathétique de la jeune rescapée.

«ça a commencé un matin avec une douleur aiguë à la nuque. J’avais l’intention de prendre ma douche, puis de partir vendre mes marchandises, parce que c’est comme ça que je gagne ma vie», raconte Tenneh. Elle ne savait pas qu’elle avait été infectée par le virus Ebola et pensait que la douleur allait passer.

«Mais à ma grande surprise, la douleur est devenue de plus en plus intense et je ne pouvais même plus supporter mes vêtements. Je suis restée alitée et les gens ne pouvaient plus s’approcher de moi.» Tenneh vivait dans le comté de Bomi, très durement touché par le virus Ebola avec 330 cas et 175 décès. Avec le concours actif des volontaires de la Croix-Rouge, les habitants ont toutefois rapidement assimilé les consignes de prévention et gardé leurs distances avec les cas suspects. Pendant plusieurs jours, Tenneh et son fils âgé de sept mois sont restés totalement seuls.

Pour Tenneh, le fait de ne pas pouvoir s’occuper de son bébé était déchirant. «Ce qui était pire que ma propre souffrance, c’était d’entendre pleurer mon enfant jour et nuit et de ne rien pouvoir faire pour le réconforter. Il essayait de ramper dehors, mais les voisins ne pouvaient rien faire non plus pour ce pauvre petit. Il a pleuré durant trois jours et trois nuits avec sa couche souillée et personne pour le changer.» Quand l’équipe sanitaire du comté est arrivée, Tenneh et l’enfant ont été diagnostiqués positifs au virus Ebola et emmenés au centre de traitement, où le bébé est décédé.

«Mon fils est mort à cause de ma faiblesse; j’étais complètement impuissante», commente-t-elle.

Son chagrin et sa culpabilité sont palpables. Ce qui rend les choses plus pénibles encore, c’est que Tenneh souffre de la stigmatisation qui frappe tant de rescapés d’Ebola et leurs familles. Alors qu’elle aurait tant besoin de sa communauté, elle est rejetée. Même l’exil dans le comté voisin de Gbarpolu n’a pas résolu ce problème.

Volontaire à la Croix-Rouge du Liberia, Henry Gbolunia s’efforce de combattre la stigmatisation dans le comté. «Chaque fois que Tenneh sort, les gens disent: ‘Oh, la femme Ebola, la femme Ebola’. A cause de ça, elle se sent comme une totale étrangère à la communauté.»

En réaction à ces comportements de rejet qui sévissent à travers tout le pays, la Croix-Rouge déploie des équipes de volontaires pour communiquer avec les communautés locales, pour leur faire comprendre que les rescapés ne présentent aucun risque pour les autres et faciliter leur réintégration. «Nous parlons aux gens, nous leur disons que cette jeune femme fait partie de la communauté, qu’elle est comme eux et qu’elle a besoin d’eux. Petit à petit, nous commençons à voir un changement d’attitudes», témoigne Henry.

Mais il reste beaucoup à faire. «Je me suis sentie beaucoup mieux quand les gens de la Croix-Rouge sont venus à moi. Ce sont les seuls qui m’aient manifesté un peu d’amour depuis ma sortie du centre de traitement», poursuit Tenneh. «J’espère que la Croix-Rouge continuera de communiquer pour les rescapés d’Ebola jusqu’à ce que les gens acceptent de nous accueillir à nouveau parmi eux.»

L’impact de la stigmatisation

Joyous Momoh, coordinateur du soutien psychosocial à la Croix-Rouge du Liberia, explique que la stigmatisation au niveau communautaire comporte tout un éventail de conséquences néfastes pour les personnes qui en sont victimes. «La stigmatisation peut avoir un impact dramatique sur les moyens de subsistance, elle cause une profonde détresse émotionnelle et peut limiter l’accès à des choses aussi essentielles que l’eau potable et la nourriture.»

Avec l’appui de ses partenaires du Mouvement – la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), la Croix-Rouge danoise et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) –, la Croix-Rouge du Liberia a entrepris d’étendre ses programmes de soutien psychosocial à tout le pays, en les adaptant aux besoins actuels. «Nous avons formé des conseillers psychosociaux dans chaque comté, ouvert une permanence téléphonique nationale pour répondre aux demandes des personnes affectées et identifié les problèmes et défis locaux liés à la stigmatisation», poursuit Joyous. «Cela inclut des sessions de débriefing et de thérapie pour les membres de nos équipes en charge des inhumations, qui souffrent tout particulièrement de l’agressivité et du rejet de leurs communautés respectives en raison de leur travail. C’est vraiment déplorable, car, sans eux, cette crise aurait été bien plus grave encore.»

La mobilisation sociale, qui a permis de combattre efficacement le déni et les rumeurs entourant Ebola au plus fort de la crise, est à présent un outil non moins précieux pour vaincre la désinformation et les peurs qui sont à l’origine des comportements de rejet. La Croix-Rouge est présente dans chacun des 15 comtés du pays, s’employant à sensibiliser les communautés au sujet de la stigmatisation et de ses conséquences, et à leur faire prendre conscience des besoins des rescapés et de leurs familles engagés dans un difficile processus de réintégration sociale.

Les volontaires interviennent également dans les écoles à mesure qu’elles rouvrent leurs portes, organisant des ateliers pour les personnels enseignants et administratifs afin de les aider à identifier et à régler les problèmes de stigmatisation auxquels sont confrontés certains élèves à leur retour en classe.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a publié un appel d’urgence révisé (revised emergency appeal) de 41 millions de francs suisses en vue de toucher plus de 11 millions de personnes qui pourraient être affectées par l’épidémie d’Ebola en Sierra Leone. Au total, l’organisation a lancé 16 opérations en réponse à l’épidémie en Afrique de l’Ouest, au profit de 39 millions de personnes. Pour plus de détails sur la riposte Croix-Rouge à Ebola, visitez la page www.ifrc.org/ebola-crisis.




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