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Des téléphones cellulaires pour combattre le paludisme au Nigeria

Publié: 1 juillet 2011 11:00 CET

Alex Wynter au Nigeria, photos de Benoit Carpentier

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) et la Croix-Rouge du Nigeria ont lancé cette semaine de nouvelles enquêtes pour la prévention du paludisme au moyen de téléphones cellulaires. Le Nigeria est le troisième pays d’Afrique dans lequel ce service est testé avec le concours de volontaires de la Croix-Rouge.

Le Management Survey Tool a été inauguré au début de l’année dans le district kenyan de Malindi, sur le littoral de l’Océan Indien, puis mis en oeuvre avec succès dans la Bande de Caprivi, en Namibie. Les volontaires engagés dans cette campagne utilisent des téléphones équipés du logiciel DataDyne EpiSurveyor afin de collecter et compiler des informations sur la santé publique qui peuvent ensuite être rapidement analysées. Ce n’est que très récemment que ce système est devenu techniquement réalisable sur le continent africain.

Le docteur Mac Otten, un pédiatre et épidémiologiste qui a aidé la FICR à mettre sur pied le programme, explique que les volontaires ne font pas qu’envoyer des courriers électroniques et des textos. “Ils téléchargent des données par le biais des réseaux de deuxième génération qui ont touché la plupart des villes africaines dans les deux dernières années”, précise-t-il.

Une légende du développement

Les récentes enquêtes réalisées au moyen du Management Survey Tool dans l’Etat de Cross River visent à mesurer l’impact d’une campagne de distribution de moustiquaires et de suivi menée avec le concours des volontaires de la Croix-Rouge du Nigeria. Dans le cadre de ladite campagne, plus d’un demi-million de moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée, financées par USAID, avaient été distribuées aux habitants de la capitale Calabar avec l’appui d’une équipe de la FICR.

L’explosion de la téléphonie mobile de ‘première génération’ en Afrique est déjà une légende du développement. A présent, les BlackBerries, iPhones et tablettes ainsi que les réseaux plus performants dont dépendent ces équipements commencent eux aussi à se répandre à un rythme soutenu.

“Désormais, mon mobile personnel me sert aussi à me connecter sur Internet, plus seulement à passer des appels ou à envoyer des textos”, témoigne David Samuel Effiong, un volontaire de la Croix-Rouge du Nigeria âgé de 25 ans qui a participé cette semaine à une enquête englobant quelque 300 foyers de Cross River State.

“Le signal GPRS est partout présent”, poursuit Effiong. Cameraman de profession, il travaille bénévolement à la Croix-Rouge depuis huit ans, réalisant notamment des courts métrages vidéo pour l’organisation.

Ces enquêtes sont cruciales pour prendre des décisions informées en matière de santé publique. Mais les méthodes traditionnelles de visites à domicile et de collecte des données au moyen de stylos et de blocs-notes sont devenues trop coûteuses en temps et en argent.

Le fardeau du paludisme

Elder Bolagi Anani, président de la section Croix-Rouge de l’Etat de Cross River, explique que l’enquête a eu pour mérite de révéler aux volontaires une autre dimension du travail humanitaire dans ce pays où, selon lui, on a trop tendance à considérer le paludisme comme une fatalité. “La formation a contribué à renforcer nos capacités au point que nous nous sentons aujourd’hui capables de mener des enquêtes similaires dans d’autres Etats nigérians par nos propres moyens”, affirme-t-il.

Le Nigeria supporte près d’un quart du fardeau global du paludisme en Afrique subsaharienne.

Jenny Cervinskas, une spécialiste de la FICR qui a participé aux efforts de lutte contre le paludisme dans les trois pays et élaboré des supports de formation pour les employés et les volontaires des Sociétés nationales, explique que le Management Survey Tool s’inscrit dans le cadre d’un effort global de la FICR et de ses partenaires pour développer des méthodes d’évaluation des programmes de santé qui permettront aux décideurs de conduire des enquêtes et d’agir rapidement sur la base des informations collectées.

Les enquêtes sur le paludisme menées dans les trois pays africains ont été conçues de manière à être aussi représentatives que possible de communautés complètes et planifiées de façon que les groupes ciblés ne soient pas occupés au moment voulu par leurs travaux agricoles ou par des festivités religieuses, par exemple.

Elles visent à recueillir des informations non seulement sur la prévention et le traitement du paludisme, mais aussi sur l’accès aux services locaux de santé, les revenus des ménages et l’utilisation des moustiquaires.

Le problème de ‘l’accrochage’

EpiSurveyor est aujourd’hui employé par quelque 4000 usagers dans au moins 170 pays. Selanikio, directeur exécutif à DataDyne, est stupéfait par le succès du logiciel parmi la communauté humanitaire. “Les gens recueillent des dizaines de milliers de données chaque mois et 99% le font de manière purement bénévole”, observe-t-il.

Cette semaine, quand David Effiong et sa collègue Theresa Agba, volontaire à la Croix-Rouge du Nigeria, sont arrivés chez Agnes Modey, 32 ans, qui a souffert simultanément du typhus et du paludisme alors qu’elle était enceinte de Thomas, aujourd’hui âgé de trois ans, ils ont été confrontés à un problème très courant concernant les moustiquaires: celui de l’accrochage.

La maison des Modey, à Ogoja, est spacieuse, dotée de robustes murs et plafonds en ciment et compte plusieurs vastes pièces –mais elle est aussi dépourvue de points d’accrochage pour y suspendre une moustiquaire. Agnes a improvisé, installant la sienne longitudinalement au-dessus du lit sur une corde fixée par des clous dans les murs.

En conjonction avec les distributions de moustiquaires, la Croix-Rouge a mené une campagne d’information sur la bonne utilisation de ces équipements vitaux pour se protéger contre les insectes vecteurs du paludisme.

Thomas a eu de la fièvre récemment, mais il semble tout à fait rétabli. Toute la famille dormant à présent à l’abri de la moustiquaire, il devrait être épargné par le paludisme.




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