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20 ans de transformation pour les individus, les communautés et le pays

Publié: 9 avril 2014 13:31 CET

Par Anita Vizsy, FICR

La bonne humeur de Jacqueline est contagieuse. Son sourire authentique et sa brillante personnalité défient les horreurs qu’elle a vécues quand elle était jeune fille.

En 1994, le Rwanda a vécu 100 jours d’atrocités inimaginables. Le génocide qui a démarré le 7 avril a provoqué un grand bouleversement dans le pays et causé la mort de quelque 800’000 personnes. Des milliers de femmes ont subi des violences sexuelles et près d’un million d’enfants ont été rendus orphelins. Bien qu’ils soient unis dans leurs efforts pour maintenir la paix retrouvée, les blessures provoquées il y a 20 ans guérissent lentement; pour chaque survivant, le pardon est un combat personnel pour apaiser les cœurs.

Enfant alors âgée de sept ans, Jacqueline Gatari Uwamariya visitait des parents quand les tueries ont commencé. Ce fut une visite qui - dans un coup du sort - allait devenir la clé de sa survie. Plus tard, elle a été prise en charge par une femme de compassion, mariée à un homme accusé de nombreuses atrocités. «Je pouvais entendre les gens se glorifier de leurs meurtres tous les soirs, mais je ne pensais pas que cela pouvait affecter ma famille», se souvient Shoushou - comme on la surnomme. Elle était trop jeune pour comprendre la gravité des événements et avait hâte de voir ses parents, «j’ai essayé de me souvenir des détails, en me disant que je pourrais raconter cela aux membres de ma famille, la prochaine fois que je les verrai» dit-elle. Elle n’aura jamais cette chance. Jacqueline est restée la seule survivante de son village.

Aujourd’hui, elle est determinée à surmonter ce qui s’est passé il y a 20 ans et d’avoir une vie épanouie. «Ce fut vain car cela ne peut pas m’ébranler» martèle Jacqueline avec conviction et sans équivoque pour bâtir un avenir meilleur. Vivant dans un orphelinat après le génocide, elle a terminé l’école secondaire avec l’aide des fonds publics. Sans famille, elle passait presque toutes ses vacances dans les campus scolaires. Et après l’obtention du diplôme, Jacqueline avait nulle part où aller, et decida de retourner au village qui l’avait vu grandir. «J’avais espoir que les gens que j’allais approcher allaient m’aider», admet-elle.

Redonner à la communauté

Le maire de son village réhabilité a lancé un appel qui a permis à Jacqueline d’être incluse dans un programme de soutien initié par la Croix-Rouge rwandaise. Elle avait 20 ans à l’époque, et a été parmi les nombreuses jeunes personnes qui ont été aidées par la Société nationale, qui ont bénéficié d’un hebergement, et d’une coopérative exécutant un projet générateur de revenus. «La Croix-Rouge m’a donné les raisons de vivre et je voulais lui rendre la monnaie», explique t-elle. «Donc, je suis devenue une volontaire»

Maintenant, elle gère un magasin de la Croix-Rouge sur le site où la Société nationale a construit 14 maisons pour certains des survivants les plus vulnérables du génocide.

Rétablie après les événements de 1994, la Croix-Rouge rwandaise était l’une des nombreuses organisations qui s’efforcent d’aider la nation à se refonder. Au fil des ans, elle a aidé 14’000 orphelins et autres enfants vulnérables dans les domaines tels que le logement, l’éducation, la nutrition, la santé, le soutien psychosocial et le développement socio-économique.

«Nous avons aidé (les enfants) à se réinsérer dans la société», explique Apollinaire Karamaga, Secrétaire Général de la Croix-Rouge rwandaise. «Ces enfants ont grandi, certains ont terminé leurs études secondaires, d’autres sont à l'université, tandis que d’autres se sont mariés» dit-il. Le progrès, pour les individus, les communautés et la Société nationale, a été indéniable. «Vous pouvez voir les effets et les impacts positifs grâce à ce soutien»

Au cours des 20 dernières années, le Rwanda a fait un travail remarquable pansant ses blessures tout en regardant vers l’avenir avec une grande dose d’optimisme, incarnée par l’esprit dynamique de Jacqueline et de milliers de jeunes gens comme elle.

Les défis de l’avenir

Mais des difficultés subsistent. La pauvreté chronique entrave le développement, et la lute quotidienne pour la survie est répandue. Les questions humanitaires sont devenues maintenant des luttes économiques plutôt que les conflits ethniques. La cohésion nationale est incontestable. «Ce qui nous donne plus de pouvoir aujourd'hui est l’intérêt de vivre ensemble» explique Karamaga. «Nous ne pouvons pas laisser ce qui est arrivé se reproduire. Nous devons être unis». Selon lui, les sept principes fondamentaux qui guident l’action de la Croix-Rouge sont essentiels à la vitalité de la société. «Nous sommes animés par des valeurs telles que le respect mutuel et la tolérance. Tout cela nous aide à renforcer notre unité».

Le Secrétaire général reconnaît que la clé de l’avenir doit reposer sur une amélioration constante. La complaisance n’est pas une option. «Si nous ne nous développons pas par nous-mêmes, nous sommes vulnérables» dit-il. Ce concept est inculqué dans tous les programmes de la Croix-Rouge, qui visent à assurer que les personnes qui reçoivent de l’aide ont la possibilité de se prendre en charge. «Maintenant, lorsque vous visitez nos communautés au niveau de la base, elles sont très ouvertes car leur devise est le développement. Elles fixent leurs yeux vers l’avenir».

C’est une leçon que Jacqueline a pris à cœur. Elle a utilisé le soutien qu’elle a reçue de la Croix-Rouge à bon escient. Avec ses revenus, elle a réussi à construire sa propre maison. Elle loue la résidence qui lui a été attribuée à travers le programme d’aide, pour se procurer des revenus supplémentaires. Shoushou est un véritable modèle pour sa communauté et sa génération. «J’ai de l’espoir pour mon avenir» dit-elle. «Je souhaite avoir ma propre famille un jour afin d’oublier ce qui s’est passé»

 

 

 




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