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Insécurité alimentaire au Sahel: une tragédie silencieuse

Publié: 31 août 2015 12:00 CET

Par Moustapha Diallo, FICR

Depuis les mauvaises récoltes de l’année dernière, Lamanara Diallo mène une lutte quotidienne pour nourrir sa famille. Le vieux fermier de 67 ans, vivant dans le village de Sitouama, à l’Est du Sénégal, ne se souvient pas de la dernière fois qu’il est allé se coucher sans se soucier de ce qu’il allait faire le lendemain pour nourrir sa femme et ses sept enfants.

«L'année dernière, j’ai beaucoup semé, mais je n’ai récolté que quatre sacs de maïs en raison des pluies insuffisantes et irrégulières. Très peu pour ma famille », se lamente Diallo.

Depuis lors, Lamarana et sa famille ont considérablement réduit leur consommation alimentaire. «Le plus souvent, nous nous couchons, le ventre vide», explique Diallo. Depuis plusieurs mois maintenant, le seul repas servi dans cette famille consiste en un bol de feuilles sauvages bouillies avec un peu de maïs, sans légumes, ni viande. «C’est notre seul repas quotidien, notre principal menu. Nous n’avons pas d’autres options. »

A quelques exceptions près, c’est le même et seul repas quotidien servi dans tous les ménages à Sitouame et dans les villages environnants. «Nous n’avons pas d’argent pour acheter du riz ou du mil», disent les familles.

Comme beaucoup d’autres agriculteurs dans le village, Lamarana est aussi lourdement endetté. Pour nourrir parfois sa famille, il est obligé d’emprunter de l’argent pour acheter de la nourriture ; la même attitude qu’il a adoptée pour avoir des semences à l’approche de la saison des pluies.

Cette année, il compte sur une bonne récolte pour rembourser ses prêts, mais, une fois de plus, les pluies sont arrivées en retard. «Au moins 50 pour cent des prévisions météorologiques prédisent des déficits de pluie en 2015 dans plusieurs parties de la région du Sahel», indique Jerry Niati, coordonnateur par intérim de la gestion des catastrophes à la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) pour la région du Sahel.

Pour Diallo, qui s’ecroule sous le poids d’une dette écrasante, l’obligeant à mendier parfois pour nourrir sa famille, son seul espoir est d’avoir une bonne pluviométrie cette année. «Sinon, ce sera une catastrophe.»

Selon l’analyse régionale du cadre harmonisé sur la sécurité alimentaire, menée par le CILSS (Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel) FEWSNET (le réseau de systèmes d’alerte précoce en cas de famine), le Programme alimentaire mondial, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, les gouvernements, la Croix-Rouge/Croissant-Rouge, et d’autres intervenants, quelque 20 millions de personnes sont actuellement en proie à l'insécurité alimentaire dans la région du Sahel, dont 7,5 millions qui ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence.

Le manque de fonds

«Malgré les alertes précoces que nous avions lancées il y a quelques mois, la situation de l’insécurité alimentaire dans la région du Sahel n'a pas encore attiré l’attention de la communauté internationale», explique Momodou Lamin Fye, Représentant régional de la FICR au Sahel. «La période de soudure a commencé et durera jusqu’à Septembre. La malnutrition est répandue et les enfants sont les plus fortement touchés. Un soutien urgent est nécessaire pour apporter une aide vitale à ces personnes vulnérables tout en investissant dans des solutions à long terme de renforcement de la résilience. »

L’ampleur de la situation d’insécurité alimentaire a incité la Fédération internationale à lancer des opérations d’urgence dans trois pays: la Gambie, la Mauritanie et le  Sénégal pour des fonds avoisinant 5,1 millions de francs suisses afin de fournir une aide immédiate à plus de 64,000 personnes durant la phase d’urgence, et 108,000 personnes dans le moyen terme. Les appels sont seulement financés à hauteur de 7 pour cent, 4 pour cent et 6 pour cent, respectivement.




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