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Ebola, les serpents et la sorcellerie: Freiner l’expansion de la maladie mortelle en Afrique de l’Ouest

Publié: 26 juin 2014 7:12 CET

Cristina Estrada, FICR

Ils l’appellent par son nom de famille, Konneh. Ses manières sont avenantes et sa voix douce. Il est volontaire à la Croix-Rouge de Sierra Leone, toujours prêt à aider. Bien qu’il vive à Kenema, il vient de Daru, l’un des villages les plus touchés par l’épidémie d’Ebola en Sierra Leone.

Son oncle et la femme de celui-ci sont tous deux décédés du virus Ebola. Tout d’abord, ils ont amené son oncle à Kenema, à deux heures de route de Daru où se trouve le centre de traitement pour les patients souffrant d’Ebola où il décède. Deux jours plus tard, ils y ont amené sa tante. Elle décède aussi. « Sa femme était une infirmière. Mon oncle a contracté le virus à travers sa femme » dit calmement Konneh. Son cousin est aussi décédé d’Ebola.

« Lorsque les travailleurs de la santé commencent à mourir d’Ebola, l’ensemble du système de soins de santé est affecté. Les médecins et les infirmiers ont peur d’aller au travail ou pour traiter les patients, c’est ce que nous voyons en Sierra Leone pour le moment », explique Amanda McClelland, chargée de programme-santé d’urgence à la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). « Cependant, avec une formation adéquate et en prenant des précautions idoines, les travailleurs de la santé peuvent traiter en toute sécurité les patients Ebola. Et il est prouvé que si le traitement commence tôt, les chances de survie augmentent ».

La plupart des personnes touchées par le virus Ebola en Sierra Leone sont des femmes car ce sont elles qui prennent soin des membres de la famille et des malades. Ce sont elles aussi lles qui prennent en charge le corps d’une personne décédée ; un corps très contagieux s’il n’est pas traité correctement.

Surmonter la peur, le déni et la stigmatisation

«J’ai peur. Ebola, c’est dangereux. Les gens disent qu’Ebola n’existe pas, mais moi je l’ai vu. Je crois qu’il existe », souligne Konneh. Il y a beaucoup de peur, de déni et de stigmatisation associées à la maladie hautement contagieuse, car c’est la première fois qu’elle est apparue en Sierra Leone. Certaines communautés refusent les autorités ou les acteurs humanitaires, tandis que bon nombre de personnes qui ont pu entrer en contact avec le virus et qui doivent être suivies, disparaissent et par conséquent, n’ont pas pu être retrouvées.

Certains croient que le virus Ebola est causé par la sorcellerie.

L’une des histoires les plus répandues liées à l’épidémie d’Ebola est la suivante: Une femme dans un village est partie en voyage et a laissé à la maison une boîte, instruisant à son mari de ne pas l’ouvrir. Le mari ouvre la boîte et trouve un serpent à l’intérieur, qui demande à celui-ci de ne pas révéler sa présence, ou bien il tuera tout le monde dans le village. Le mari ne tient pas compte de l’avertissement et fait passer le mot à propos de la présence du serpent. C’est ainsi que le serpent a commencé une série de meurtres.

Une autre histoire qui a gagné du terrain partout dans Kenema, c’est que des médecins de la salle d’isolement administrent des injections mortelles aux personnes. Dans les yeux des villageois, c’est ce qui explique pourquoi les gens ne reviennent jamais du centre d’isolement.

« Si les gens croient à l’existence d’Ebola, nous pouvons contrôler la maladie. En général, les gens sont des analphabètes et ne croient que ce qu’ils voient », explique Konneh.

Pour ceux qui croient à l’existence du virus Ebola, ils pensent qu’il est mortel et, par conséquent, ne voient pas la raison de se rendre aux structures de soins de santé quand ils ont des symptômes. Cependant, à ce jour, une dizaine de personnes ont survécu de la maladie d’Ebola ; elles sont sorties de l’hôpital de Kenema et ont pu rentrer à la maison pour retrouver leurs familles. « Un renforcement de la sensibilisation des communautés est nécessaire pour dissiper les histoires et les croyances erronées», souligne McClelland. «La lutte contre la stigmatisation, le changement de comportements et la recherche de soins à l’hôpital dès que possible sont les éléments clés de la lutte contre le virus Ebola ».

Agé de 21 ans, Konneh n’est pas étranger aux décès. Il a rejoint la Croix-Rouge de Sierra Leone il y a quatre ans. Son père, un imam régional qui a joué un rôle important dans son village, a été capturé et tué au cours d’une période de conflit, ainsi que son grand-père. «La Croix-Rouge est venue dans mon village et a pris soin de nous. Quand ils nous ont demandé qui voulait être volontaire, j’ai dit oui ». Aujourd’hui, c’est à son tour d’aider les autres.

La FICR a débloqué un montant de 227,336 francs suisses de son Fonds d’urgence de réponse en cas de catastrophe pour soutenir la Croix-Rouge de Sierra Leone à répondre à l’épidémie d’Ebola. Les activités se concentrent en grande partie sur l’éducation des communautés sur la façon dont elles peuvent se protéger afin de prévenir la propagation de la maladie à virus Ebola. Des opérations d’urgence similaires ont été lancées en Guinée et au Libéria. Des opérations de préparation sont en cours en Côte d'Ivoire, au Mali et au Sénégal pour prévenir la propagation du virus.

 




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