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"Quand je suis tombé malade, je savais que ce était différent de rhumes précédents, je ai eu dans le passé."

Publié: 24 mars 2015 9:56 CET

Komende Luyama est une communauté sise à une vingtaine de kilomètres de la ville de Kenema, à l’est de la Sierra Leone. Ebola y a fait irruption à la fin septembre 2014 quand une parente d’une famille locale souffrant de maux de ventre est venue pour se faire soigner. On pense que la transmission s’est opérée lors des visites d’autres membres de la communauté à la malade et de la toilette mortuaire effectuée par des proches après le décès. Au total, 42 habitants du village ont été infectés par Ebola, dont 13 ont survécu. La communauté toute entière a été mise en quarantaine pour trois mois, quarantaine qui n’a été levée que 21 jours après le dernier cas confirmé. Durant toute cette période, personne n’était autorisé à quitter son domicile et personne ne pouvait visiter la communauté ni la quitter.

Ma cousine, Jinna Amara, a été la première personne infectée par Ebola dans notre communauté. Elle était mariée et vivait à Kailahun, un autre district. Un jour, son mari nous a appelés pour nous informer qu’elle était souffrante. Il avait essayé de la soigner, mais sans succès. Nous avons alors décidé de nous cotiser pour la faire venir au village et la faire examiner par un guérisseur traditionnel. Je suis allé la chercher en moto et ai fait tout le trajet assis derrière elle. Le troisième jour après son arrivée, ma cousine est décédée. Nous avons alerté l’équipe gouvernementale en charge des inhumations et ils ont fait un frottis. Trois jours plus tard, on nous a confirmé qu’il s’agissait bien d’un cas d’Ebola.

Quand j’ai commencé à me sentir malade, j’ai tout de suite su que c’était différent des maladies que j’avais connues par le passé. Les équipes d’intervention anti-Ebola étaient présentes à ce moment-là, de même que les militaires. Nous étions en quarantaine et avions interdiction de quitter nos foyers. Ils nous demandaient chaque matin comment nous avions passé la nuit et nous posaient toutes sortes de question, et je leur ai donc dit que je ne me sentais pas bien. Ils ont fait venir un véhicule et, dans les deux heures, on m’évacuait à l’Hôpital général de Kenema, où une analyse sanguine s’est révélée positive à Ebola. Toutes les personnes qui montraient des symptômes de la maladie étaient transférées au centre de traitement de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). J’y ai séjourné en même temps que ma mère, mais j’étais si malade que je n’ai pas eu connaissance qu’elle avait succombé à la maladie.

Quand j’ai été jugé guéri, on m’a donné de la nourriture et d’autres produits de première nécessité, mais ces secours sont à présent épuisés. Bien que notre communauté soit à présent délivrée d’Ebola, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Nos cultures ont durement souffert, car nous ne pouvions pas aller travailler aux champs. Tous nos efforts ont été réduits à néant. Nous souffrons aussi de légers maux de tête et de faiblesse, car nous manquons de nourriture. Nous avons besoin de manger pour pouvoir reprendre le travail. De plus, les équipes de désinfection sont passées et ont détruit les possessions de beaucoup d’entre nous pour éviter la contamination, y compris les lits, les sièges et la vaisselle.

Lorsque le diagnostic d’Ebola a été confirmé, j’ai eu deux pensées. La première a été que je n’y survivrais pas. Ensuite, quand j’ai su qu’on allait me soigner, j’ai repris espoir. J’ai pensé que, finalement, j’allais m’en tirer.

A présent, il y a beaucoup d’orphelins dans le village [35 selon le représentant de la cellule de crise locale]. Sur 42 personnes infectées, 13 seulement ont survécu. Je veux lancer un appel en faveur des orphelins. Nous manquons cruellement de nourriture. Une organisation non gouvernementale nous a procuré des secours, mais octobre était l’époque de la maturation du riz et, à cause de la quarantaine, personne n’a pu aller aux champs pour empêcher les oiseaux et autres prédateurs de détruire nos récoltes. Il y a eu quelques livraisons de vivres pendant la quarantaine grâce à nos responsables politiques, mais plus rien depuis. Nous sommes très inquiets pour l’avenir. 

 




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