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Des espaces accueillants pour les enfants peuvent être le remède aux craintes indicibles

Publié: 20 février 2014 10:33 CET

Nelly Muluka, FICR, et Emaddin Al Imam, Croissant-Rouge Soudanais

Quand un conflit éclate dans un pays, les impacts psychologiques sur les adultes et les enfants, peuvent durer des années, s’ils ne sont pas traités à temps.

Après la violence au Kordofan-Sud, au Soudan, de nombreuses familles ont été déplacées, y compris des enfants de tout âge. Le Croissant-Rouge Soudanais savait qu’il devait aider les jeunes à faire face à ce qu’ils ont vécu, et à travers son département ‘tracing’ (service de rétablissement des liens familiaux), il a engagé les enfants dans plusieurs activités de soutien psychosocial.

«Les enfants sont victimes de circonstances durant un conflit. Certains sont trop jeunes pour comprendre ce qui se passe, mais ils sont tous conscients que quelque chose ne va pas. Leurs craintes peuvent ne pas être audibles, mais à travers leurs actions, nous sommes en mesure d’identifier les enfants qui sont traumatisés» explique Emaddin Al Imam, un agent de terrain du département ‘tracing’ au CRS.

«Après la violence au Kordofan-Sud, nous avons initié plusieurs activités liées à la protection de l’enfant pour créer un espace sécurisé qui permet aux enfants de venir parler des traumatismes qu’ils ont vécus. Cela a été réalisé à travers des activités récréatives, d’éducation et de sensibilisation. Nous avons aussi travaillé pour identifier et traîter les cas de mineurs séparés et non accompagnés, pour les aider à se réunir avec leurs familles ou trouver des solutions alternatives quand la réunification n’était pas possible» poursuit Al Imam.

Le personnel et les volontaires du CRS disent qu’ils ont vu des enfants destabilisés, tandis que d’autres présentent une peur extrême.

«Grâce à l’éducation et aux loisirs, nous sommes en mesure d’identifier les peurs et les traumatismes des enfants, ce qui nous permet de les gérer avec professionnalisme» explique Al Iman, ajoutant que si l’on demande aux enfants de déssiner ou de de faire quelque chose, certains dessinent souvent  des images d’armes et de balles; des choses liées à la violence. «Ils font la même chose pendant les jeux, avec des enfants qui deviennent trop recroquevillés sur eux-mêmes, d’autres agressifs et utilisant la voix pour donner un echo à leurs peurs».

Umbala Mohammed Gumaa est mère d’un garçon et d’une fille, qui tous les deux ont pris part aux activités organisées pour les enfants.

«Nous avons été déplacés lors des violences. Quand nous sommes rentrés à Kadugli, le jardin d’enfants qui accueillait mes enfants avait été fermé. Les enseignants étaient contraints d’aller dans d’autres villages. Les enfants n’avaient pas d’école et restaient avec moi à la maison. C’est alors que j’ai réalisé qu’ils avaient été profondément traumatisés par le bruit des coups de feu et qu’ils ne pouvaient même plus soutenir le bruit d’un véhicule. Ils criaient et refusaient de sortir, de manger ou même de jouer pendant des jours» indique Gumaa.

Cependant, après avoir participé à des activités organisées dans l’espace dédié aux enfants, Gumaa dit qu’elle a remarqué un changement positif dans ses enfants dans un temps très court.

«Quand mes enfants ont commencé à assister aux sessions de l’espace dédié aux enfants, ils ont commencé à bien manger et sont devenus plus gais. Ils sont plus en confiance et racontent des histoires concernant leurs jeux, leurs rencontres avec les volontaires du Croissant-Rouge et leurs nouveaux amis. En général, ils sont plus relaxes».

Cependant, aider un jeune à surmonter son traumatisme, n’est pas toujours facile. «Selon l’ampleur du traumatisme que les enfants subissent, il faut du temps pour gagner leur confiance et même celle de leurs parents. Certains enfants ont besoin d’être référés à un spécialiste. En outre, il y a des moments pour gérer l'enfant, mais la mère peut être également traumatisée. S’ils n’ont pas été assistés avec émotion, cela risque d’altérer les progrès positifs chez les enfants ».

Dans l’ensemble, Al Imam est heureux de la réussite du projet, qui a été financé par l’UNICEF. Il dit qu’en dehors du fait qu’il est utile pour les enfants, les parents apprennent aussi des thémes liés à l’éducation de la santé et à l’hygiène.

«Rien ne nous procure de la joie que de voir les enfants recroquevillés sur eux-mêmes, courir, jouer, rire et être juste que - des enfants»




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