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Gethro Philbert : “Je ne trouvais nulle part du travail jusqu’à ce que la Croix-Rouge commence à bâtir des abris"

Publié: 13 janvier 2011 10:30 CET

Gennike Mayers

Gethro Philbert, 26 ans, fait partie des dizaines de personnes employées par la Croix-Rouge sur son site de construction d’abris de transition dans le secteur de La Piste, à Port-au-Prince. Ce qui le distingue de ses compagnons, c’est le sourire radieux qui illumine en permanence son visage. Mais ce sont aussi les béquilles dont il est équipé pour compenser l’absence d’une jambe.

“Je l’ai perdue lors du tremblement de terre”, explique-t-il avec le concours d’un interprète en langage des signes – car Philbert est muet de naissance.

12 janvier
Avant la catastrophe, le jeune homme enseignait à Saint-Vincent, une école primaire de la capitale fréquentée par des enfants handicapés. C’est là qu’il se trouvait au moment du séisme.

“J’étais dans une classe à l’étage quand j’ai senti le bâtiment trembler. Comme les murs commençaient à se disloquer, j’ai dit à mes élèves de se précipiter dehors.”

Certains étaient en chaise roulante et Philbert a fait de son mieux pour les aider.

“Deux ont péri et la plupart des autres ont été blessés. Quant à moi, je me suis brisé une cheville dans ma chute.”

Philbert a passé la nuit suivante dans de terribles souffrances, incapable de bouger. Le lendemain, les secours sont arrivés et il a été conduit à l’hôpital où on lui a administré un analgésique. Mais, faute de soins rapides et appropriés, l’infection s’est bientôt déclarée et s’est propagée de la cheville jusqu’au genou.

Son employeur a pu le transférer dans un hôpital de Saint-Domingue, en République dominicaine, où il a été opéré le 16 janvier. A ce moment-là, hélas, il était trop tard pour espérer sauver sa jambe et les médecins ont dû se résoudre à l’amputer.

Avant la tragédie, Philbert était un membre actif de la communauté très soudée des sourds-muets de Port-au-Prince. Une fois remis de son opération, il a décidé de rejoindre ses nombreux amis qui s’étaient regroupés dans un petit campement aux abords de La Piste, une des plus importantes concentrations de sinistrés de la capitale. Des ONG avaient fourni le terrain et les équipements de base – notamment des tentes – et assuraient des distributions de nourriture et d’eau. La Croix-Rouge, pour sa part, avait aménagé des latrines.

Toutefois, comme les mois passaient, la communauté s’est retrouvée de plus en plus négligée, jusqu’à ce que la Croix-Rouge entreprenne, en juin 2010, de construire des abris de transition sur un site adjacent. Philbert, sans emploi depuis la catastrophe comme des centaines de milliers de ses compatriotes, a eu la chance de se faire embaucher comme charpentier.

“Je ne trouvais nulle part du travail jusqu’à ce que la Croix-Rouge commence à bâtir des abris”, raconte-t-il. A présent, Philbert travaille au sein d’une équipe de quatre employés supervisés par un chef. Tous souffrent d’infirmités au niveau de la parole ou de l’audition. “Nous formons une bonne équipe”, poursuit Philbert. “Chacun sait ce qu’il a à faire et nous apprécions beaucoup notre travail.”

Le salaire se monte à environ 450 dollars haïtiens (USD 64) par semaine. “Ce n’est pas lourd, mais cela permet de payer les frais de scolarité de mes frères et soeurs.”

La Croix-Rouge va aménager 350 abris de transition à La Piste. Les premiers seront réservés à des gens comme Philbert, membres de la communauté des sourds-muets




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